Une fois n’est pas costume

Ma marraine, qualifiée de vieille fille à l’époque parce que toujours sans mari à l’âge de 27 ans, me transférait son trop plein d’amour maternel et toutes les occasions étaient bonnes pour me manifester son affection. L’Halloween ne faisait pas exception. Quel beau petit lapin je faisais! Ignorait-elle que la communauté lapinière est le symbole de la promiscuité? Peu importe. Je me souviens surtout à quel point j’étais agité et que ma mère devait assister ma tante pour m’enfiler le costume. Menu et frêle du haut de mes sept ans, elles devaient bourrer mon personnage animalier de guenilles pour créer l’impression d’un beau gros lapin dodu au ventre rond. Souvenirs, souvenirs. Quel beau gros lapin je ferais aujourd’hui sans l’aide de bourrure!
Dans mon village barricadé dans les montagnes, peu d’éclairage et de pollution lumineuse. Seulement le vent qui pousse les feuilles mortes au sol et des monstres, beaucoup de fantômes, des sorcières, quelques cow-boys et des princesses couronnées qui quêtent des friandises dans les deux seules rues du bled. Costumes de fortune et accoutrements fabriqués par des mères au foyer aux multiples talents de styliste, couturière et costumière. Nos références étaient limitées, la télé en noir et blanc nous offrait deux ou trois postes, le journal régional couvrait les drames locaux et le catalogue Sears était la base de nos fantasmes. Pas de Ben Laden, de Spiderman ou de Mickael Jackson. Pas de concours du plus beau costume, pas de lames de rasoir dans les pommes, pas de caméras numériques, de vidéos ou de cellulaires pour les souvenirs. Que des adultes qui jouent leur ombre et des enfants qui s’éclatent, se transforment.
Les personnages de circonstance prenaient donc leur inspiration essentiellement dans la comédie humaine. Des avaricieux déguisés en big shot, des homophobes travestis en femme, des magouilleurs en curés et des pédophiles en matou  ronronnant. Était-ce la chance d’être quelqu’un d’autre ou l’occasion rêvée d’être soi-même? Une façon d’habiter nos héros ou d’affronter nos démons? Si l’habit ne faisait pas le moine, du moins l’occasion faisait le larron. Show time!
Ma citrouille en plastique à la main, le petit lapin que j’incarne se lance dans la nuit noire, encadré par Zoro, mon frère aîné et Calamity Jane, ma sœur cadette. Un scoop, la bonne femme Grelot donne des biscuits faits maison. Il y a une file d’attente. Plus sympathique que le vieux Thomson qui distribue aux figurants de la soirée les croquettes de son chien. Le même maudit chien qui a arraché ma belle queue de lapin. Entre les deux pourvoyeurs de bonbons, Joe Leblanc, qu’on aperçoit à sa fenêtre de côté malgré les lumières éteintes, feint d’être absent de la maison. Il regarde passer la parade sans s’impliquer. Scénario qu’il reproduit dans les autres domaines de sa vie.

Cette année, serez-vous halloyin ou halloyang?


Le SAC

Le thème est récurent et la situation est stagnante. La qualité du SAC (service à la clientèle) est au point mort depuis au moins une décennie à Montréal. Entre « extraordinaire » équivalant à un 10, et « exécrable » valant un beau 0, quelle note donnez-vous à vos expériences de shopping? Je me suis penché sur le sujet.
La plupart des propriétaires de boutiques me jurent avoir donné la meilleure formation de vente à leur personnel. Le conseiller en vente ou l’associé, lui, précise ne pas pouvoir appliquer pleinement ses notions de service. Selon les vendeurs, la pression des gérants pour qui atteindre les objectifs financiers est plus important que de faire plaisir à tout un chacun, transformerait l’art de la vente en duel. Finalement, le consommateur pour qui le temps de magasinage est calculé, est pris en otage entre les deux et ne demande qu’à dépenser son argent dans un climat de paix et de confiance.
Au champ droit, le client; au champ gauche, le vendeur. Lequel des deux marquera le plus de points? Faites vos jeux.

CLIENT : « Les vendeurs sont indifférents, distants, ne s’intéressent pas aux clients, connaissent mal leur marchandise. »
VENDEUR : « Trop près du client, on l’énerve ; trop loin, on le néglige. Il désire qu’on s’en occupe, juste assez, pas trop. Il faut respecter sa bulle, le laisser aller, le saluer mais ne pas trop lui parler. Quand il est prêt, on doit rebondir comme des kangourous pour le servir. »

CLIENT: « Les besoins des consommateurs sont mal évalués. »
VENDEUR: « Les clients ont la mèche courte, sont impatients, stressés, parfois impolis et ne savent pas ce qu’ils veulent».

CLIENT : « Leur phrasé est affligeant, leurs arguments éculés et leur culture générale déficiente. Le tutoiement est déplacé et irritant.»
VENDEUR : « Franchement ! What the fuck… !»

CONSTATS
1. Le client n’est pas un concept. C’est une masse d’émotions et de sentiments qui donne l’impression qu’il sait où il va alors qu’il est plutôt porté par son impulsion et sa passion, convaincu qu’il baigne dans le rationnel.
2. Certains vendeurs ne considèrent pas la vente comme une carrière. Ils le font « en attendant ». Il applique dans ce travail les principes même de la société actuelle : instantanéité, rapidité, moi d’abord.
3. Nous avons une mauvaise perception du service et avons tendance à ne retenir que les mauvaises rencontres. Toute une génération de vendeurs est professionnelle, passionnée et amusante et pour une expérience magasinage sans pareille, demandez à une styliste de vous accompagner.

Bon shopping !