Je me quitte

À chaque année, la semaine précédant l’Action de grâce, je me consacre à mon rituel d’automne. La mise au point de ma vieille Karman cabriolet 1992, l’entreposage des bébelles de jardin, le bois de chauffage à corder et l’inventaire des balais à neige et des pelles.
Mais cette saison-ci, j’innove. Je fais peau neuve. Comme la couleuvre maudite qui niche sous mon patio. Je mue.
Oui, c’est décidé, je me quitte. Je bats en retraite devant mes exigences démesurées. Je donne congé au regard sévère que je porte sur mon corps et sur mon look. À qui prend la mer sans destination, les vents sont rarement favorables. Je sais. Mais puisque petite pluie abat grand vent, je suis confiant. De toute manière, là où je vais, les vents sont tempérés.
Je file vers la terre des petits bedons, des crânes ronds et dégarnis, des seins tombants, des taches brunes et des poils envahissants.
Faire ou ne pas faire son âge, quel étrange concept.
Tels les arbres feuillus bientôt dénudés qui feront face aux grands froids de l’hiver je m’inscris en faux contre la dérive du jeunisme.
Faire jeune est un bon compliment à recevoir, certes. Mais encore?
Plutôt que de repousser la vieillesse, devrait-on valoriser l’âge, les âges? Je rêve? Bien sûr, le rêve garde jeune!
Qu’ont en commun les hipsters, les grups, les groopies et les adulescents? L’obsession de faire jeune, dynamique et de leur temps. Ils ont entre 25 et 40 ans. Leur arme? Le look, entre ado et tangy, cool et nonchalant, décontracte et équitable.
Effectivement, pour se requinquer, rien de mieux qu’un bon choix vestimentaire. L’effet placebo du vêtement est démontrable.
Oui mais! Me diront les membres de la FADOQ.
Le secret? Oser, s’enlever de son propre chemin, risquer.
Puisqu’il n’y a pas de modèle fédérateur du look du citoyen vieillissant, soyons créatifs, inventifs.
L’humour, la joie de vivre et l’entrain sont sinon amplifiés par le vêtement du moins supportés par un style efficace, un look révélateur.
Si ce n’est pas dernier cri c’est du moins mon dernier cri.