AUTHENTILASTICITÉ

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L’authenticité coule dans nos veines de Québécois et fait partie de nos cordes sensibles. Ne sommes-nous pas des vrais, des purs, des gens fiers de leur patrie?

Qui ne souhaite pas être reconnu comme étant authentique? Personne. Aussi bien demandé : qui ne veut pas être aimé? Ou encore : qui veut sonner faux? Être authentique c’est être vrai, naturel, sincère, soi-même. Amen!
L’authenticité est tentaculaire et s’accorde à la plupart de nos actions : être authentique dans l’art de la séduction, en amour, en société, en amitié et au travail.
Mais voilà que l’authenticité, en plus d’être une valeur québécoise bien installée, s’inscrit maintenant dans les tendances sociales de l’heure. À preuve, ces quelques exemples que j’ai dénichés sur le web :

• Mieux être : Développer son authenticité, Emilie Paquin.
• L’effet a : Êtes-vous vraiment authentique au travail?
2 décembre 2015, Caroline R. Paquette
• La Presse.ca : Accessoires en 2018: cocooning et authenticité
Côté déco en 2018, on poursuit sur la lancée du cocooning, mais on recherche aussi de l’authenticité, notamment avec tout ce qui est local et fait main, Sophie Ouimet, le 03 janvier 2018
• Le Journal de Montréal, 10 vedettes qui nous prouvent que l’authenticité est tendance en 2018, Le sac de chips Billie Jean :Jasmine Legendre, 22 janvier 2018

TENDANCE

L’authenticité se consomme donc maintenant au même titre que tout autre produit « à la mode et répond à certains principes plus ou moins tacites. Par exemple :

1. TOUTE CHOSE ATTIRE SON CONTRAIRE
L’authenticité correspondrait donc au retour du balancier après tant d’années où la performance était à l’honneur et la beauté et la minceur une religion. Être authentique signifie le droit à être ordinaire, quelconque, imparfait. Baisser les bras sans pour autant être «looser», être reconnu pour autre chose que ses réalisations professionnelles et être apprécié pour ses atouts autres que physiques. Arrêter de déployer autant d’efforts pour être ze best et cesser de compétitionner sur tout et contre tout, dont soi-même.
L’authenticité correspond en quelque sorte aux nouvelles valeurs sociales. À une certaine époque, ces valeurs étaient davantage axées sur le statut social, la profession, les revenus, les possessions. Aujourd’hui, au contraire, on valorise l’intériorité, les états d’âme, la conscience sociale et la solidarité. Il n’est donc pas surprenant que parmi les mots les plus utilisés par mes participant(e)s en atelier pour se définir, on retrouve ceux correspondant aux codes d’aujourd’hui: décontracté, authenticité, naturel et crédibilité.

2. TOUTE MODE MEURT DANS L’EXCÈS .
Comment oublier la période hippie avec ses accoutrements ou encore les années 1980 où les épaulettes surdimensionnées frôlaient le ridicule. Chaque époque laisse sa trace, pas toujours pour les bonnes raisons. Et l’authenticité en fait de même.
La mascarade de la famille Trudeau en visite en Inde est un exemple fort éloquent de ce dérapage et de cet abus d’un phénomène social étiré jusqu’au grotesque. L’élastique a atteint sa charge maximale.
Sophie Grégoire et sa marmaille donnent l’impression de jouer le rôle de la Vierge Marie qui apparaît à trois enfants à Fatima au Portugal ou encore à Bernadette Soubirous à Lourdes alors que son époux sonne faux et en joue de sa crédibilité à «beurrer» trop épais. Justin sans le savoir a enfoncé le clou de l’authenticité.
Ces mascarades pour bien paraître dénaturent ce terme en lui enlevant sa valeur initiale c’est-à-dire faire et être vrai. Il faut donc établir la différence entre ceux qui assument et ceux qui la jouent.

L’AUTHENTILASTICITÉ
L’authenticité a le dos large. Le terme est maintenant utilisé à outrance et il se consomme à toutes les sauces. Voilà où le bât blesse. Quand «authenticité» rime avec élasticité, j’appelle cela «l’authentilasticité».
Ce débordement «d’être authentique» se retrouve partout, entre autres dans le milieu du travail où les fautes de goût et les dérives vestimentaires se justifient sous prétexte d’authenticité et «d’être soi-même». L’interprétation qu’en font certains travailleurs dépasse l’entendement et plusieurs employeurs hésitent à intervenir, jouant malheureusement de leur image en laissant le «n’importe quoi vestimentaire» s’installer dans leurs entreprises.
Être et faire authentique est bien vu. Pour certains, cela correspond à jouer le rôle de la personne zen, qui contrôle son stress, qui «se choisit». Un laissez-passer direct vers l’ego spirituel. Une forme de snobisme du «Moi j’ai tout compris» à l’égard de ceux qui ne pratiquent pas encore la relaxation, le végétarisme, qui utilisent leur voiture plutôt que les transports en commun, ces pollueurs qui osent se parader avec un sac en plastique à la main, la plèbe quoi !
L’authenticité devrait aller de soi. S’il faut la mentionner, l’étaler, insister, la «tendancer, alors là on manque de sincérité. Il y a des limites à broyer du blanc.

HABILLER LA SINCÉRITÉ
Notre rapport à l’habillement est teinté encore aujourd’hui par cette obsession de faire authentique qui risque de nous piéger. En son nom, il est possible qu’on limite nos élans vestimentaires ou, à l’inverse, qu’on en abuse afin de se soustraire un peu trop des codes ambiants.
L’authenticité peut être un faux fuyant, un fourre-tout dans lequel on jette nos impuissances face à l’image, une façon de se mentir dans son rapport au vêtement et de se conforter dans ses habitudes et ses comportements vestimentaires.
Être vrai n’est pas un déguisement, un costume de théâtre ou de politicien, mais un état d’esprit qui se conjugue avec honnêteté et sincérité.

*Credit photo: La Presse

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