Le Blogue

Blogue numéro 17, le 25 avril 2018

Mon premier article pour l’infolettre
Move50+, mon objectif, vieillir en forme.
Un projet propulsé par Sercovie
LES RÉSISTANCES AUX CHANGEMENTS

L’être humain est une créature complexe et son corps une machine au potentiel immense. Bien se nourrir, bouger, se reposer, dormir est essentiels à l’équilibre de l’humain. Mais encore! Ce beau discours est de la rhétorique et résonne à nos oreilles comme une vieille publicité qu’on entend à la télé sans vraiment l’écouter.

LA FACE CACHÉE DE NOS RÉSISTANCES AUX CHANGEMENTS

Nous écoutons davantage nos petites voix assassines qui tentent de nous dissuader de passer à l’action que le discours sur la santé et le bien-être physique. Le rapport à l’exercice et au sport selon moi se rapproche beaucoup du rapport que nous entretenons avec le vêtement. Pourquoi? Parce que ce que nous sommes intrinsèquement se reflète dans plusieurs domaines de notre vie.

Je m’explique. Les peurs (du ridicule, de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir, de moins bien performer que les autres), les fausses croyances (je n’ai pas de talent pour le sport, mon âge, mon poids, il est trop tard pour commencer, je ne trouve pas de vêtements qui me conviennent) et en tête de liste, l’importance accordée au regard de l’autre (que trop souvent nous refusons d’admettre et pourtant qui affecte nos décisions). Tous ces facteurs peuvent ralentir nos élans vers l’exploration d’un style vestimentaire comme ils peuvent aussi retarder notre décision de s’inscrire à un groupe pratiquant un exercice physique.

Conséquences : nous nous imposons alors des interdits, notre gendarme intérieur nous éloigne de notre bien-être physique et ces résistances sont une entrave à une vie épanouie.

L’ÂGE

J’ai 67 ans, toutes mes dents. Dans le cadre de mon travail, j’ai beaucoup réfléchi à l’impact de l’âge dans ma vie et dans celle des gens de ma génération. La documentation sur « prendre de l’âge », vieillir, avancer en âge, est abondante, mais comment tout cela se manifeste-t-il de l’intérieur? Je n’ai pas vu mon corps vieillir, trop occupé que j’étais. Et vlan! Comme par enchantement, un jour, je suis chauve, bedonnant et grisonnant. Je n’ai jamais pratiqué un sport assidûment ou si peu. Je déteste la plupart des sports. Pourquoi aurais-je fait de l’exercice? Hyperactif, système digestif à son meilleur, mince comme un fil jusqu’à l’âge de 55 ans, pourquoi m’embarrasser de cette humiliation d’aller transpirer en public et de faire le cancre avec mon manque de flexibilité et de dextérité? Et tout à changer, vous imaginez la suite.

BIEN DANS SON CORPS, BIEN DANS SON ÂGE

J’entends souvent dans mes ateliers l’importance du confort dans le choix d’un vêtement. Je pense que le sens du confort doit être élargi. Confortable dans son corps, dans son âge, dans ses décisions, dans sa tête.

Pour concilier mon corps et mon âge, j’ai dû, comme beaucoup d’entre vous, faire des deuils et me redéfinir. Se définir n’est pas banal, mais se redéfinir ne l’est pas moins. La coquetterie, la séduction, le charme, la sexualité ne disparaissent pas avec l’âge. Ils s’expriment et se vivent autrement.

CE QUE MON CORPS M’ENSEIGNE

Mon corps m’a enseigné la tolérance à mon égard, il a su mettre un frein à mes mauvaises habitudes sans quoi….

Grâce à mon corps, j’ai compris que mes hésitations, mes doutes, mes retenues face à l’exercice physique ne me mèneraient nulle part et qu’être volontaire et consentant à un meilleur régime de vie serait bénéfique non seulement pour ma personne, mais aussi pour ceux qui m’entourent.

Mon corps m’a enseigné que je ne suis pas qu’un ventre, une calvitie, des rides, un âge. Je n’ai pas moins de valeur à cause de mes modifications physiques, j’ai plus conscience des forces qui m’habitent.

Mais ces forces, pour les apprécier et en jouir, doivent être oxygénées sans quoi elles risquent de s’atténuer sans l’aide d’un corps en santé. Ainsi fonctionnent les vases communicants dans une forme de logique bien orchestrée jusqu’à ce qu’un écueil entrave le mouvement. Et ce mouvement bien souvent est ralenti par nos résistances à aller de l’avant.


Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 16, le 17 avril 2018

LE RETOUR DU BALANCIER

mensonge_homme_topJe m’intéresse aux habitudes et aux comportements vestimentaires de mes concitoyens et pour simplifier cette compréhension de la dynamique parfois tordue que nous entretenons avec le vêtement, je me plais à comparer nos croyances vestimentaires aux mythes que nous entretenons dans d’autres disciplines. Je crois profondément qu’une façon de faire, de penser, un lien, existe dans plusieurs secteurs de nos vies et que nous reproduisons inconsciemment des modèles, des patterns, dans certains de ces domaines.J’utilise parfois la métaphore et je fais des analogies entre le vêtement et la musique, le vêtement et l’écriture, le lien entre le garde-manger et la garde-robe, la façon de conduire et la façon de magasiner. Mes approches ne sont nullement scientifiques, mais elles permettent à celles et ceux qui participent à mes ateliers de comprendre que leur apparence vestimentaire est en grande partie dictée par leur environnement humain, social, professionnel et que trop souvent ils succombent à des ouï-dire, de la mauvaise information, des pressions non fondées et s’enlisent dans le «puisque tout le monde le dit et le fait» basé sur de l’air.Mon discours n’a jamais été de dénoncer les faiseurs d’image, les dizaines de stylistes qui jalonnent le Québec, les magazines de mode, les coachs de toutes sortes et les médias qui offrent encore et toujours des recettes de mieux-être. Mon cheval de bataille est d’amener les gens à comprendre leur rapport à l’habillement et les inciter à se faire confiance, oser, et mettre de côté leurs phobies vestimentaires et soigner la trop grande place que prend le regard de l’autre sur leurs choix.Suis-je un vête-mentor ou un vête-menteur? Cette question m’a longtemps interpelé. Mais en observant autour de moi, je vois que d’autres se sont penchés sur la même dynamique, mais dans leur secteur d’activités.ALIMENTATIONPar exemple, Bernard Lavallée, le nutritionniste urbain. «N’AVALEZ PAS TOUT CE QU’ON VOUS DIT, Superaliments, détox, calories et autres pièges alimentaires, aux éditions La Presse, écrit ceci : «On se pose des milliers de questions sur le contenu de nos assiettes, on veut bien manger (même si l’on a chacun notre idée de ce que ça signifie), on entretient des craintes concernant les aliments produits de façon industrielle et on s’interroge beaucoup sur l’impact de nos choix alimentaires. Bref, on est perdus.»Ne trouvez-vous pas que cela se rapproche de notre relation aux vêtements si je reprends quelques-uns de ses passages? On veut bien manger (s’habiller), les aliments produits de façon industrielle (fast fashion/mal mode), l’impact de nos choix alimentaires (vestimentaires).POLITIQUEMichel C. Auger, animateur et analyste politique, «25 MYTHES À DÉBOULONNER EN POLITIQUE QUÉBÉCOISE.» Pour en finir avec les idées reçues, les éditions La Presse, se prononce sur les mythes :

«Mais la force des mythes est telle que même quand on présente des faits, bien des gens qui les croient préfèrent se réfugier derrière des anecdotes plutôt que de changer d’avis. »

Ce discours s’applique à la mode. Les idées préconçues concernant le milieu de la mode sont tenaces. Une jungle, de l’artificiel, peut-on entendre. Pourtant, cette situation se retrouve dans les bureaux d’architectes, dans les grandes entreprises financières et même entre enseignants dans les collèges.

SCIENCE

Olivier Bernard, Le Pharmachien, qui souhaite que les gens développent le sens critique écrit ceci sur le web : «Je suis à la fois fasciné et exaspéré par les mythes scientifiques et médicaux.»

«Je ne donne aucun conseil pharmaceutique ou médical.»

J’ai aussi cette attitude avec mes participants. Je questionne, mais ne fais pas dans le truc ni dans la technique. Je cherche à comprendre l’origine de leurs comportements et à quel point leurs fausses perceptions les amènent sur de mauvaises pistes.

SANTÉ

Alain Vadeboncoeur, (urgentologue), DÉSORDONNANCES, CONSEILS PLUS OU MOINS PRATIQUES POUR SURVIVRE EN SANTÉ. La vérité sur la médecine, Lux Éditeur, 2017

«Nous voulons tous vivre longtemps et en santé. Chaque jour, des experts réels ou autoproclamés, nous prescrivent une nouvelle recette pour y parvenir. Mais comment les croire alors que leurs recommandations ne cessent de changer?»

Cela ressemble étrangement à tous ces oracles des tendances de la mode qui nous présentent un show de promotion extravagant comme si c’était la découverte d’un vaccin contre le cancer. On se calme.

J’apporte cependant un bémol à ces comparaisons que je fais avec d’autres milieux de travail. Ce que vous mettez dans votre assiette ou dans votre pharmacie attire moins de regards et de commentaires que votre style vestimentaire. Aussi, le vêtement est un puissant communicateur qui jase à votre insu de votre personnalité et révèle vos secrets, ce qui peut créer plus de malaises et d’inconfort que les aliments que vous consommez seuls à la maison ou de la pilule bleue qui agrémente vos soirées d’hiver.

Mon travail consiste à décortiquer tout cela pour le rendre limpide et permettre une percée dans la compréhension de votre approche vestimentaire.

Et vous, quelle habitude répétez-vous tant avec vos vêtements que dans un autre domaine?

ww.lucbreton.com

*Crédit photo : «Seigneur délivre-nous du mensonge de Dominique Dumond», Top chrétien


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 15, le 10 avril 2018
HABITEZ-VOUS LA PLANÈTE DU LISSE?
LisseLes préjugés, la discrimination et l’intimidation ont fait couler beaucoup d’encre et de larmes ces dernières années. Je me suis même demandé si mon implication dans le bien-être des gens concernant l’image corporelle n’avait pas altéré ma vision des choses et qu’en fin de compte, le discours sur le phénomène ne s’était pas trop emballé.Mais après la lecture du dernier bouquin de Jean-François Amadieu, LA SOCIÉTÉ DU PARAÎTRE, Les beaux, les jeunes…et les autres, je me suis ravisé. Recherches et statistiques à l’appui, l’auteur fait le bilan des discriminations associées à un handicap, à l’état de santé, à la silhouette, à la taille, à l’âge et à la couleur. Toutes se traduisent sous forme d’injustices au quotidien.La prime à la beauté, à la jeunesse, à la bonne santé, à l’érotique, au maquillage et autre, influence les choix des recruteurs, les relations de travail et évidemment les relations interpersonnelles.Le phénomène narcissique est amplifié par l’utilisation des réseaux sociaux et s’est infiltré dans presque tous les aspects de nos vies. Être beau, mince, performant, sportif; avoir de beaux vêtements, une belle poitrine, des traits parfaits, du beau, du beau, que du beau. Les produits de beauté ont fait place aux applications d’embellissement des photos. Si vous n’êtes pas beaux, point de salut. Il est préférable d’habiter la planète du lisse, une peau lisse, une pensée lisse et un comportement lisse. À titre d’exemple, selon l’auteur, une belle poitrine plutôt qu’une belle personnalité serait le nouveau fantasme des hommes.LES DOMMAGES COLLATÉRAUXJe m’intéresse aux dommages collatéraux de ces images qui empoisonnent la société. Les effets dévastateurs sont insidieux et s’infiltrent dans nos derniers retranchements. On rame à contre sens. L’image corporelle est un château de cartes.À titre d’exemple, Amadieu, qui est impliqué dans l’Observatoire des discriminations, université de Paris-l-Panthéon-Sorbonne, affirme que les utilisateurs de Facebook sont plus insatisfaits de leur corps et ont plus de désordres alimentaires que ceux qui ne sont pas sur ce réseau social….ils sont aussi plus préoccupés par leur silhouette et veulent, plus que les autres, être minces…Non seulement on est obsédé par son apparence, mais les images des autres rendent jaloux.…aux États-Unis, une femme qui pèse trente kilos de plus qu’une autre gagne 9% de moins, ce qui correspond à une année et demie d’études ou bien à deux années d’expérience professionnelle. Les hommes ne sont pas épargnés par les méfaits des apparences : «…les jeunes hommes aimeraient avoir 13 kilos de muscles supplémentaires et sont convaincus que les femmes apprécient les hommes plus musqués qu’eux.»«Nul n’échappe désormais à sa responsabilité face à l’image qu’il donne aux autres, il vaut ce que vaut son image». David LeBreton, Éthique de la mode féminine.
Et c’est là que le bât blesse. Non seulement sommes-nous assaillis par ces «winners» qui font partie du groupe sélect des beaux, jeunes et minces mais selon Danielle Bourque, auteure de À 10 kilos du bonheur, que j’ai consultée avant d’écrire mon blogue, « On ne peut plus nommer que cela est dur. On est censé être au-dessus de tout cela.»Marie-Claude Élie-Morin dans son bouquin LA DICTATURE DU BONHEUR, corrobore ces dires. «Le bonheur est devenu un impératif, au même titre que la minceur et le succès professionnel. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances : on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et «positive », parfois au mépris de la réalité.»Résultat : la culpabilité d’avoir failli à la tâche, de ne pas avoir réussi à mâter le corps, crée un sentiment d’échec, de dépréciation de soi. La comparaison aux images sans défaut qui nous sont offertes et qu’on envie donne l’impression d’avoir perdu le contrôle de sa vie et crée même l’humiliation. On ose se demander ensuite pourquoi tant des gens acceptent mal de vieillir, que d’autres obsèdent maladivement sur leur poids, que la demande pour des chirurgies esthétiques ne cesse d’augmenter, que l’estime et la confiance en soi sont en voie de devenir une industrie?Suite à mon blogue sur le phénomène Safia Nolin publié le 2 novembre 2016, quelqu’un m’avait  acheminé ce message : «Quel perte de temps…il y a tellement de choses dont on devrait s’indigner……..la pauvreté…..la violence…l’état de notre planète…….et Safia fait la manchette….??? est-ce que c’est juste moi ou……»Ce à quoi j’avais répondu : «Ce que vous affirmez est bien mal comprendre la détresse qui habite beaucoup de gens face à leur image visuelle et corporelle. Justement, à force de se faire répéter qu’il y a pire que cela dans la vie, les gens se réfugient dans le silence croyant qu’ils sont “anormaux” à cause de leurs inquiétudes. Si on pouvait parler librement de notre mal-être relié à l’image sans se faire rabrouer ou pire encore toujours ressasser la même vieille rhétorique de l’être et le paraître. Cela aussi m’indigne et je ne suis pas pour autant insensible à la pauvreté et la misère dans le monde. Souffrir dans son image est aussi une forme de souffrance ainsi que la pauvreté de l’âme. Mais je comprends que le dossier Safia prend beaucoup de place».Ne jamais oublier cette question, tirée de la Psychanalyse jungienne, «Qui es-tu quand personne ne te regarde? »LA RÉSISTANCE S’ORGANISEMichèle Marin, Styliste pour femmes et formatrice, dessert une clientèle féminine dans la soixantaine et constate un changement dans la relation au corps et au vêtement chez sa clientèle. « Les femmes ont changé leur façon de voir. La mentalité a évolué parce qu’on propose d’autres modèles qui leur plaisent. Elles ne veulent plus de ces modèles stéréotypés.» Mon style peut-être charmant même si je ne suis pas la beauté de l’heure, affirment ses clientes.Mon atelier «Je vêts bien» s’inscrit dans cette démarche de comprendre le lien que nous entretenons entre notre corps, notre vêtement et notre bien-être.Lisse 2«Il était inévitable que le culte de la beauté, de la minceur ou de la jeunesse finisse par provoquer des refus et des réactions dans l’opinion publique» Jean-François Amadieu. 

Blogue paru dans le Huffington Post Québec en janvier 2017

Crédits photos:
Le visage fissuré: Divine Elements; Dream, Believe, Love, Create. Big Dreams!

Le burger: The Disease called «Perfection». Single dad laughing

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Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 14, le 3 avril 2018

Slow food, slow mood, slow mode

Le Slow wear nous démontre bien ce phénomène. Précédé par le Slow life et le Slow food des années ’90, ce courant s’installe plus solidement avec  le concept du Slow design en 2004,  popularisé par Alastair Fuad-Luke. Quant à lui, le sociologue italien Carlo Petrini utilise plutôt le terme « Malfringue » qui s’inscrit dans la ligne de pensée de la malbouffe.
Slow wear, slow mode, slow fashion, tous ces termes nous renvoient à une mode éthique, c’est-à-dire connaître la provenance des vêtements, l’impact écologique et économique de nos habitudes reliées aux fringues. Le Slow fashion n’est pas tant de consommer moins que de consommer mieux en opposition au Fast fashion où les styles en magasin sont renouvelés à toutes les deux à six semaines. Notre univers personnel gravite autour de la consommation et de la surconsommation qui alimentent à leur tour la compulsion et  nourrissent l’impulsion. « L’hyperconsommation », terme utilisé par Gilles Lipovetsky dans son livre  Le bonheur paradoxal se définit comme la consommation basée sur l’insatisfaction permanente. La consommation, spécialement celle de produits éphémères comme la mode ne fait-elle pas office de calmant, particulièrement en cette période de crise?

L’intention est louable et on applaudit pareille initiative du Slow mais tout phénomène social émergent connaît des ratés et comme Analyste en comportements vestimentaires je suis préoccupé par les dérives possibles. Après les dictats du clergé dans les années 50, les dictats des tendances de la mode où les créateurs étaient vus comme des décideurs absolus dans les années ‘80, la pression et les dictats sociaux d’être les meilleurs en tout en 90, serons-nous maintenant sous la loupe des écolos? Les égos écolos remplaceront-ils les égos spirituels des zens, les égos culturels des intellos et les égos matériels de la finance? Remettrons-nous la mode au banc des accusés encore une fois?

« La slow fashion milite pour un retour aux vraies valeurs. L’essentiel, le vêtement utile. » Christel Carlotti, IFM. Quelles sont donc ces vraies valeurs?  Quelle définition donnons-nous à un vêtement utile? Cette école de pensée préconise aussi le retour du basique. Alors qu’on commence à peine à sortir de notre mentalité judéo-chrétienne où se trouver beau et élégant n’est plus signe de vanité et de prétention et que le style personnel fait son coming out, voilà que s’ajoute une nouvelle donne.

Les effets de ce courant seront bénéfiques ou pervers. Développer la conscience de la planète est primordial certes,  mais comment appliquerons-nous concrètement ces concepts dans une démarche stylistique ? Où logeront la coquetterie, la personnalité, l’identité et la profession de chacun? On ne peut se vêtir que de basiques, pas plus qu’on ne peut se décorer que d’accessoires ou ne porter que des vêtements « trendy ». L’équilibre suppose la balance de tous ces éléments.
L’éducation vestimentaire et la relation corps/vêture/conscience sont elles aussi embryonnaires chez nous. Leurs balbutiements s’harmoniseront-ils  à ceux des Slow? Évitons de développer le bien-être d’un côté et la culpabilité de l’autre.
Lentement mais surement!

Publié le 25 janvier 2010

Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 13, le 27 mars 2018

QUI FAIT LA PREMIÈRE PARTIE DE VOTRE SPECTACLE?
Ou comment vos atouts donnent vie à votre vêtement.

Scène- Twitter

Les artistes invités à faire la première partie d’un spectacle sont habituellement moins connus du public. S’associer à un grand nom du showbiz leur procure visibilité et expérience même si dans les faits leur mandat est de réchauffer la salle, mettre la table pour que l’énergie atteigne son summum quand la grande star ou le band de renom apparaîtra sur scène.

Certaines de nos caractéristiques personnelles jouent aussi ce rôle. On a tendance à diminuer leur importance et surtout la place qu’elles occupent dans notre apparence vestimentaire.

La question : «De quoi ai-je l’air?» est incomplète. Il faudrait ajouter ceci : «De quoi ai-je l’air avec ma tenue combinée à mes atouts?» Les  deux contribuent à notre mise en scène et donnent vie aux personnages que nous souhaitons jouer au bureau, dans notre vie sociale, dans les rituels de séduction, en voyage, partout. S’habiller c’est communiquer et cette communication vestimentaire est incomplète sans le support de nos atouts.

LES YEUX DE SYLVANA

J’ai commencé à enseigner dans un collège de mode en 1984. On m’avait alors assigné les cours du soir s’adressant aux adultes. À cette époque, pas de téléphone intelligent, pas de tablette ni d’ordi, le paradis. Que des gens attentifs concentrés sur la prise de notes. Pourtant, sans crier gare, les yeux de Sylvana, assise dans la première rangée de ma classe, m’ont bouleversé. À ce point subjugué et intimidé par ses yeux bleus ourlés de noir, un bleu si magnifique, irréel, jamais vu, j’ai senti que quelque chose m’échappait et que j’en perdais mes moyens.

Ce n’est qu’après coup que j’ai réalisé aussi que Sylvana avait un style vestimentaire singulier qui prenait tout son sens dans l’impact de son regard. La combinaison des deux forces était gagnante : l’œil pour la «réchauffer la salle» et le vêtement pour le spectacle.

LES BOUCLES D’HÉLÈNE

Hélène a mis du temps à aimer sa chevelure. L’expression «frisée comme un mouton» à l’école la blessait et ne faisait qu’amplifier sa gêne d’onduler avec autant de désinvolture. À l’adolescence, sa sœur et elle «défrisaient» les boucles rebelles avec le fer à repasser de leur mère, le cheveu bien couché sur la planche à repassage. Question de mode ou légendes urbaines, le cheveu raide attirait plus les garçons semble-t-il.

Comble de malheur, dans la trentaine son abondante chevelure d’un brun foncé, presque noir, s’est vue envahir par l’ennemi, le cheveu blanc. Le phénomène «going gray» n’existant pas alors, toute femme soucieuse de son apparence se devait de fuir et camoufler ce symbole de vieillissement précoce. Après maintes et maintes tentatives de coloration, Hélène a abdiqué. Aujourd’hui, ses boucles blanches et grises font l’envie de bien des femmes pour qui «faire naturelle» passe par le bouclé associé à une forme de liberté, d’indépendance face aux diktats non seulement de la mode, mais de la société. La coquetterie du « petit mouton » s’appuie maintenant sur un atout qui fait tourner les têtes. Sa crinière balaie les fausses perceptions qu’elle a si longtemps entretenues. Une première partie de spectacle qui occulte quasiment la vedette en titre.

«IL FAUT ÊTRE DEUX POUR DANSER LE TANGO»

Le vêtement a besoin de notre aide parfois pour remplir ses fonctions. Si notre parure n’est pas habitée, investie par notre personnalité et nos atouts, elle n’est rien d’autre qu’un quelconque tissu présenté sur une charpente humaine dévitalisée, peu importe sa valeur marchande. Comme disent si bien les femmes : « Cela fait toute la différence entre une bonne journée et un bad hair day.»

RECONNAÎTRE SES ATOUTS

J’aborde souvent le fait que reconnaître ses atouts est difficile. Nommer ses qualités, ses forces, ses pouvoirs est embêtant, voire intimidant. S’autoévaluer demande de l’humilité, mais attention à la fausse modestie qui elle, peut nous empêcher de nous révéler sous notre meilleur jour.

MAUVAISES PERCEPTIONS

Un des effets pervers de l’autoévaluation est la perception erronée de soi, une lecture incomplète, fausse même, de qui nous sommes, de ce que nous dégageons.

Dans mes ateliers je vois des femmes qui s’empêchent de chausser des sandales l’été prétextant que leurs affreux pieds ne doivent pas être révélés au grand jour. J’entends des femmes dans la jeune trentaine préoccupées de façon obsessive par leurs oreilles d’éléphant et qui se privent d’un style capillaire parce que ces «portes de grange» se dissimulent mieux sous une longue chevelure.

Un atout est une marque de commerce, une caractéristique qui nous différencient des autres. On peut tous se vêtir de la même façon, mais l’atout reflètera notre vraie nature.

LE NON-ATOUT, UN ATOUT?

Pourquoi un rire cristallin, un nez cabossé ou une mandibule accentuée ne serviraient pas de tremplin à notre tenue vestimentaire? Tant d’années à se diminuer, à s’inquiéter de sa différence alors que ces traits s’avèrent être des  trésors cachés.

Reconnaître ses atouts ne laisse nullement supposer que certains aspects de notre être ou de notre corps sont plus difficiles à accepter que d’autres mais on doit se questionner sur la place qu’ils occupent dans notre auto-évaluation et qu’ils ne font pas ombrage à ce qui nous met en valeur.

Joyeuses Pâques aux canards boiteux, aux chauves, aux petites tailles, aux genoux osseux, aux épaules en bouteille, aux bouches croches, aux doigts trop gros, aux sourcils épais, aux oreilles poilus. Amen!

Rideau de scène
Crédits photo: @l’arrière-scène-Twitter
& Appel de Boulieu, scène nationale d’Annecy-Les trois coups

Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 12, le 20 mars 2018

DES LETTRES ET DES LÉGUMES

silhouette sistacafe.comMalgré la neige qui tombe abondamment depuis quelques jours, je suis en mode printemps. Fou de joie, j’ai reçu mes semis dans ma boîte aux lettres ce matin et un espace pour les mettre en terre est prévu dans la maison, côté soleil. Comme chaque année les deux chiens et le chat se mêleront à l’opération d’empotage, la terre se répandra partout, ils pataugeront dans le surplus d’eau d’arrosage et ensuite ce sera le grand ménage.

Cette opération m’amuse aussi parce que chaque année, immanquablement, je pense à mes légumes qui pousseront et qui deviendront des symboles de silhouette humaine. Êtes-vous faites comme un céleri, une courge, une tomate ou encore un concombre? D’autres oracles du stylisme opteront pour des lettres pour imager votre gabarit. Cette façon de faire remonte à un certain temps même si on essaie de nous faire croire que c’est nouveau et que c’est «la plus belle invention depuis le pain tranché » (feu Jean Lapierre). Pendant que les enfants s’instruisent en mangeant leurs céréales Alphabet, maman panique dans son placard en se demandant si elle est un X, un H ou un gros 0 et se questionne même à savoir si elle peut mélanger les lettres. Il faut éviter les fautes d’orthographe et les fautes de goût.

Les plus zen trouveront réponse dans des symboles associés à la vie. Par exemple l’Eau où votre morphologie correspond à une goutte d’eau, le Bois associé au rectangle, le Feu à un triangle inversé, la Terre au rond et au carré alors que le Fer est représenté par deux ronds superposés formant un 8.

Connaître les bases du style vestimentaire et de l’harmonie des formes et des couleurs est un outil de base indispensable quand on entreprend une démarche vestimentaire. En plus, comprendre les principes de la morphologie aide à

résoudre certains questionnements. Tout cela est de la mécanique, de la mathématique et s’explique techniquement. Notre corps est une charpente architecturale qu’on doit protéger, habiller, parer. Il se compare à un pont : on en découvre des majestueux, des romantiques, des spectaculaires, des immensément longs, des atypiques, des tout petits qui enjambent un ruisseau, etc. Ma mère qui surveillait ma posture me faisait inlassablement cette mise en garde : «Si tu marches le dos rond, les Anglais vont croire que c’est un pont et marcheront dessus».

Voilà qui aide la compréhension de notre gabarit. Mais encore? Une fois établi que votre corps se rapproche d’un trou de beigne, d’un tournevis ou d’une poignée de porte, qu’en est-il de votre estime? Devant le miroir, le matin, cesserez-vous de vous juger moche, grosse, sans allure, hideuse, sachant enfin que vous ressemblez à une lettre, un légume ou une planche de bois sans noeud? Si peu!

LES DOMMAGES COLLATÉRAUX

« Dans les sociétés d’autrefois, les tenues disaient tout ce qu’il y avait à savoir. Aujourd’hui, nous existons par nous-mêmes et non plus par l’uniforme ou le code vestimentaire que nous impose notre position sociale. Cette liberté entraîne une importance accrue de l’aspect physique : nous sommes dévoilés ou jaugés là où nous pouvions avant, nous abriter derrière les conventions, le rang, la caste ou un statut social bien établi. Le culte du corps, le « corporéisme », traduit cette dérive. » Jean-François Amadieu

Les effets dévastateurs causés par la mauvaise perception de notre corps sont insidieux et s’infiltrent à nouveau dans nos derniers retranchements. On rame à contre sens. L’image corporelle est un château de cartes.

La femme davantage que l’homme est constamment en observation : au bureau, à l’épicerie, en voiture, dans son quartier. Cette forme d’oppression, d’apartheid,

devient presque une seconde nature. Doser féminité, maternité, esthétisme, modernité, sociabilité et satisfaction de son image relève de l’acrobatie. Le spectre de faire « pitoune » ou nymphette d’un côté, et « matante » et quétaine de l’autre, a de quoi insécuriser toute femme en quête d’une image équilibrée.

Le jeu des associations (fruits, lettres, métaux) nous réconforte parce qu’il met en image des sensations que souvent nous ne pouvons exprimer avec des mots. Nous serions-nous inspirés une fois de plus de la vie animale pour comprendre l’humanité : un chien saucisse, un poisson-chat, un requin marteau, un singe-araignée, faites votre choix?

*Crédits photo: sistacafe.com


Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 11, le 13 mars 2018

NE TOUCHEZ PAS À MA TORTUE

OU

QUAND LA PERSONNALITÉ TRANSCENDE LE CORPS

TortuesPour moi, le vêtement au sens large du terme inclut tous les éléments en sa périphérie: accessoires, looks, styles, magasinage, garde-robe, sentiments, émotions et non le moindre, le corps grâce auquel le vêtement et sa suite s’animent. Causer de l’aspect humain du vêtement est ma passion au point où j’en ai fait mon gagne-pain.

À titre d’exemple, « de quelle façon habitez-vous votre vêtement?» est une des questions les plus embêtantes posées dans mes ateliers. Les réponses sont multiples : on peut habiter son vêtement avec désinvolture, conviction, hésitation, doute, fierté, peu importe, mais il faut se rappeler que très souvent nos personnages prennent vie grâce à la participation du corps.

Mais voilà que le corps entièrement ou partiellement dénudé exige une lecture différente de celle d’un corps couvert de tissus, de couleurs, de breloques et autres apparats. Le corps parle, s’est connu, même sans vêtement pour l’appuyer, et ce, à tout âge.
À LA PLAGE

« La beauté sur la plage mêle plaisir, désir et esthétique. Elle s’éprouve dans les différents regards (concupiscents, envieux, indulgents, réprobateurs…) que suscite le corps». Francis Hofstein, L’AMOUR DU CORPS ».

Sur la plage à Ixtapa le mois dernier, j’ai vécu la situation inverse. Je vous explique : en marchant le long de la mer, j’aperçois un attroupement de

vacanciers qui se penchent au-dessus d’un trou creusé dans le sable par un membre du personnel d’un hôtel. Des tortues naissantes se fraient un chemin vers la mer. On ne les compte plus, 5, 10, 20, 40. La clientèle, plutôt âgée, donne l’impression d’un CHSLD on the beach.

Des gamins et des gamines de 60 à 85 ans à la peau cuivrée, burinée ou carrément brûlée par le soleil se mettent en mode « on sauve la planète, tortues en danger». Plus qu’un malaise, une crise humanitaire. La croisière ne s’amuse plus. Finis les discussions de surface sur tout et rien avec des amis de passage rencontrés dans un resto de l’hôtel. En français, en anglais, en espagnol, en serbo-croate et en gémissements, les chairs cramées s’empressent et s’énervent autour des créatures.

Et du coup, momentanément, les complexes physiques n’existent plus : varices, arthrite, cellulite, bedaine, seins pendants, dos courbés, trop affairés qu’ils sont à sauver l’espèce, les vacanciers focalisent sur autre chose, un événement polarisant.

«Même chevelure qui grisonne, même silhouette qui épaissit, même peau qui se ride, mêmes cuisses qui moutonnent. Et même ambivalence, exacerbée par la proximité de l’image d’autrefois avec le corps d’aujourd’hui…» Francis Hofstein, L’AMOUR DU CORPS ».

Des corps graciles, des silhouettes voûtées, des pas allègres, un monsieur pataud, une dame voluptueuse. Les marcheurs oublient leur routine matinale et se joignent par curiosité à l’essaim de têtes blanches rassemblé devant la terrasse de l’hôtel. La foule est galvanisée et voilà que la nature humaine reprend ses droits. Sauver les tortues devient une affaire personnelle et la personnalité de chacun transcende son image corporelle. On s’active rondement à cueillir les nouveaux nés dans les mains pour les mener à la mer évitant ainsi

les prédateurs. Tous ont une opinion sur la stratégie à adopter pour la survie des bébés tortues.

Une dame toute menue susurre à l’oreille imaginaire d’une tortue qui sèche à vue d’œil sous ce brûlant soleil. Un gringalet au regard médusé du chevreuil paniqué devant les phares d’une voiture ne sait trop quoi faire, une Allemande qu’une vague effleure à la cheville sursaute, se sauve en courant, écrasant au passage deux réchappées. Courte vie comme certaines tendances de la mode, aussitôt lancées, aussitôt périmées.

Un Américain du Texas, adepte de la méritocratie, s’oppose à l’aide qu’on apporte aux petites bêtes. La survie se mérite. Une Québécoise dans un anglais laborieux abonde dans son sens. Sa théorie judéo-chrétienne est claire, il faut souffrir pour réussir. Les tortues doivent se rendre seules à la mer, c’est inscrit dans leur ADN, sinon cela est contre nature.

Un gérant d’estrade prend la situation en main et malgré ses 30 kilos en trop cueille avec une rapidité déconcertante sept tortues d’un coup de main dont celle de madame Simoneau de Jonquière qui réagit d’un ton sec et convaincant: « Touches pas à mes tortues toé là». Blanc de colère mais foncé de peau, un Belge prêt à arracher la jugulaire de tout le monde s’insurge contre ce sauvetage improvisé. Un ado mexicain, à l’attitude débonnaire, le seul parmi le troupeau d’adultes à l’enthousiasme exagéré, reste coït devant cette tour de Babel.

Depositphotos

À peine 40 minutes se sont écoulées depuis mon arrêt au CHSLD on the beach et en si peu de temps l’humanité s’est manifestée sous tous ses travers. Les tortues sauvées, les touristes reprennent leurs malaises physiques, la gêne de leur corps et regardent à l’oblique ceux et celles qu’ils croisent sur leur route en portant jugements et commentaires. Comment une jeune tortue permet à quelqu’un de mettre en veille son image corporelle le temps d’un sauvetage.

*Crédits photo: Depositphotos


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 10, le 6 mars 2018

AUTHENTILASTICITÉ

masques

L’authenticité coule dans nos veines de Québécois et fait partie de nos cordes sensibles. Ne sommes-nous pas des vrais, des purs, des gens fiers de leur patrie?
Qui ne souhaite pas être reconnu comme étant authentique? Personne. Aussi bien demandé : qui ne veut pas être aimé? Ou encore : qui veut sonner faux? Être authentique c’est être vrai, naturel, sincère, soi-même. Amen!
L’authenticité est tentaculaire et s’accorde à la plupart de nos actions : être authentique dans l’art de la séduction, en amour, en société, en amitié et au travail.
Mais voilà que l’authenticité, en plus d’être une valeur québécoise bien installée, s’inscrit maintenant dans les tendances sociales de l’heure. À preuve, ces quelques exemples que j’ai dénichés sur le web :

• Mieux être : Développer son authenticité, Emilie Paquin.
• L’effet a : Êtes-vous vraiment authentique au travail?
2 décembre 2015, Caroline R. Paquette
• La Presse.ca : Accessoires en 2018: cocooning et authenticité
Côté déco en 2018, on poursuit sur la lancée du cocooning, mais on recherche aussi de l’authenticité, notamment avec tout ce qui est local et fait main, Sophie Ouimet, le 03 janvier 2018
• Le Journal de Montréal, 10 vedettes qui nous prouvent que l’authenticité est tendance en 2018, Le sac de chips Billie Jean :Jasmine Legendre, 22 janvier 2018

TENDANCE

L’authenticité se consomme donc maintenant au même titre que tout autre produit « à la mode et répond à certains principes plus ou moins tacites. Par exemple :

1. TOUTE CHOSE ATTIRE SON CONTRAIRE
L’authenticité correspondrait donc au retour du balancier après tant d’années où la performance était à l’honneur et la beauté et la minceur une religion. Être authentique signifie le droit à être ordinaire, quelconque, imparfait. Baisser les bras sans pour autant être «looser», être reconnu pour autre chose que ses réalisations professionnelles et être apprécié pour ses atouts autres que physiques. Arrêter de déployer autant d’efforts pour être ze best et cesser de compétitionner sur tout et contre tout, dont soi-même.
L’authenticité correspond en quelque sorte aux nouvelles valeurs sociales. À une certaine époque, ces valeurs étaient davantage axées sur le statut social, la profession, les revenus, les possessions. Aujourd’hui, au contraire, on valorise l’intériorité, les états d’âme, la conscience sociale et la solidarité. Il n’est donc pas surprenant que parmi les mots les plus utilisés par mes participant(e)s en atelier pour se définir, on retrouve ceux correspondant aux codes d’aujourd’hui: décontracté, authenticité, naturel et crédibilité.

2. TOUTE MODE MEURT DANS L’EXCÈS .
Comment oublier la période hippie avec ses accoutrements ou encore les années 1980 où les épaulettes surdimensionnées frôlaient le ridicule. Chaque époque laisse sa trace, pas toujours pour les bonnes raisons. Et l’authenticité en fait de même.
La mascarade de la famille Trudeau en visite en Inde est un exemple fort éloquent de ce dérapage et de cet abus d’un phénomène social étiré jusqu’au grotesque. L’élastique a atteint sa charge maximale.
Sophie Grégoire et sa marmaille donnent l’impression de jouer le rôle de la Vierge Marie qui apparaît à trois enfants à Fatima au Portugal ou encore à Bernadette Soubirous à Lourdes alors que son époux sonne faux et en joue de sa crédibilité à «beurrer» trop épais. Justin sans le savoir a enfoncé le clou de l’authenticité.
Ces mascarades pour bien paraître dénaturent ce terme en lui enlevant sa valeur initiale c’est-à-dire faire et être vrai. Il faut donc établir la différence entre ceux qui assument et ceux qui la jouent.

L’AUTHENTILASTICITÉ
L’authenticité a le dos large. Le terme est maintenant utilisé à outrance et il se consomme à toutes les sauces. Voilà où le bât blesse. Quand «authenticité» rime avec élasticité, j’appelle cela «l’authentilasticité».
Ce débordement «d’être authentique» se retrouve partout, entre autres dans le milieu du travail où les fautes de goût et les dérives vestimentaires se justifient sous prétexte d’authenticité et «d’être soi-même». L’interprétation qu’en font certains travailleurs dépasse l’entendement et plusieurs employeurs hésitent à intervenir, jouant malheureusement de leur image en laissant le «n’importe quoi vestimentaire» s’installer dans leurs entreprises.
Être et faire authentique est bien vu. Pour certains, cela correspond à jouer le rôle de la personne zen, qui contrôle son stress, qui «se choisit». Un laissez-passer direct vers l’ego spirituel. Une forme de snobisme du «Moi j’ai tout compris» à l’égard de ceux qui ne pratiquent pas encore la relaxation, le végétarisme, qui utilisent leur voiture plutôt que les transports en commun, ces pollueurs qui osent se parader avec un sac en plastique à la main, la plèbe quoi !
L’authenticité devrait aller de soi. S’il faut la mentionner, l’étaler, insister, la «tendancer, alors là on manque de sincérité. Il y a des limites à broyer du blanc.

HABILLER LA SINCÉRITÉ
Notre rapport à l’habillement est teinté encore aujourd’hui par cette obsession de faire authentique qui risque de nous piéger. En son nom, il est possible qu’on limite nos élans vestimentaires ou, à l’inverse, qu’on en abuse afin de se soustraire un peu trop des codes ambiants.
L’authenticité peut être un faux fuyant, un fourre-tout dans lequel on jette nos impuissances face à l’image, une façon de se mentir dans son rapport au vêtement et de se conforter dans ses habitudes et ses comportements vestimentaires.
Être vrai n’est pas un déguisement, un costume de théâtre ou de politicien, mais un état d’esprit qui se conjugue avec honnêteté et sincérité.

*Photo: Monsieur Mindfullness


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 9, le 27 février 2018

QC : LE QUÉTAINE ET LE COLON

BedaineTatou

Ma qualité de vie à la campagne est exceptionnelle, près du village, mais éloigné des gens, ma paix d’esprit est presque garantie. Trop parfois. Au printemps, la fébrilité des métropoles m’interpelle et me replonger dans la folie dans grands centres urbains me grise alors que les plages du sud en février répondent très bien aux demandes de mon corps, épuisé par l’hiver et son manque de lumière. J’ai remarqué dernièrement en me prélassant au Mexique que le style vestimentaire des hommes de mon âge en voyage s’était grandement amélioré. Plus de finesse, de couleurs, de motifs, de coupes au goût du jour. Un baume pour les yeux. Cela contraste avec la vieille garde, toujours présente dans le paysage visuel des voyageurs : le colon. On le retrouve partout, sur tous les continents, les pays, les villes et les villages, au bureau, dans nos familles. Il habite Westmount, Weedon, St-Hyacinthe, Cap aux Chnolles.

LE COLON
Le colon dérange par sa façon d’être, ses manières de chien non castré qui lève la patte et qui pisse sur tout. Il s’impose avec l’assurance du vainqueur, du dominant. Il parle des deux côtés de la bouche. C’est un personnage obtus qui a une attitude de sectaire et qui donne tout son sens à la culture du vide. C’est un roteux de service, rustre, qui fait fi de la présence des autres.

LE QUÉTAINE
Les idées voyagent et les goûts douteux aussi. Le quétaine survit aux propositions des gourous du style et aux recommandations des magazines de mode. L’ère du temps semble lui avoir échappé. Le quétaine vit dans un monde et une mode parallèles. Il y a une trentaine d’années, j’avais remarqué qu’il existait une forme de quétainisme régional. Le quétaine de Sherbrooke par exemple se différenciait du quétaine de Val d’Or. On reconnaissait la signature des différents villages gaulois alors qu’aujourd’hui, peut-être à cause de l’uniformisation des mêmes magasins dans toutes les villes, les quétaines forment une famille plus unie, un quétainisme national. Peut-être verra-t-on un nouveau parti politique aux prochaines élections : Le PNQ, le Parti national des Quétaines.

QC : LE QUÉTAINE ET LE COLON

Il ne faut pas confondre le colon et le quétaine même s’ils ont ceci en commun : l’absence d’antennes.
Le colon ne réalise pas que son propos est déplacé ou inintéressant et qu’on s’en torche des blasphèmes qu’il mitraille sans arrêt. Ses mots et ses sujets de discussion sont sans filtre, le king des inepties. Son timbre de voix résonne comme une classe d’élèves à la récréation.
Le quétaine lui, est en décalage non pas dans son attitude, mais dans sa présentation visuelle. Il mélange les éléments stylistiques comme le ferait un chef cuisinier avec les épices et les arômes. Il ne comprend pas le principe du moléculaire et la chimie des aliments. Croyant qu’il passera inaperçu, il revêtira une pièce datant de l’ère des dinosaures et ratera son coup. Tous les regards se retourneront vers lui.

Le quétaine n’est pas conscient de son impact. Le colon, oui.
Le quétaine confond fiançailles et funérailles dans son habillement.
Le colon confond brasserie et sacristie dans son comportement.
Dans les deux cas, on a un problème d’ajustement, de bon sens, de flair et un drapeau rouge qui s’agite n’a aucune signification pour eux.

Madame colonne, privilégie la quantité à la qualité comme cette eau de colonne achetée aux puces de Fort Lauderdale qui a séjourné de longues journées au soleil alors que Monsieur Colon, sans manière, remplira trois assiettes de tout ce qui lui tombe sous la main dans le «tout compris».
Madame quétaine abusera de l’autobrozant qui, sous l’effet du soleil, donnera l’impression d’une merguez oubliée sur la BBQ alors que son conjoint paradera dans la salle à manger en «speedo de plongeur olympique», sans chemise ni t-shirt en frottant sa bedaine à celle de Monsieur Colon, croisé au bar.

Tout cela est subjectif et basé sur mes observations et la lecture que j’en fais. Qui oserait s’afficher spécialiste de l’ADN du colon et du quétaine en cette période de rectitude et de commentaires assassins sur les réseaux sociaux? Faudrait être suicidaire. Mieux vaut prendre la voie de l’humour pour en discuter puisqu’au Québec l’humour a tous les droits et jouit de sa la liberté d’expression.

LE COLON ET LE QUÉTAINE ORDINAIRES
Je suis à mes heures un colon et un quétaine ordinaire comme ces Japonais retraités en voyage qui jouent du coude et se faufilent rudement pour les meilleures places dans les bus ou cette Française qui essaie de couper la file à l’aéroport feignant d’être lunatique et qui s’offusque quand on la ramène à l’ordre. N’est pas en reste cette Québécoise dans un «tout compris» qui se lève à 5h30 le matin pour aller déposer les 6 serviettes de plage de son groupe sur les chaises devant la piscine et qui retourne se coucher, toute fière de sa crosse.

Qui n’a pas dans sa «play list» de musique des chansons dites quétaines qu’on cache à nos amis par peur de «rechute culturelle»? Qui se dépêche à lire son horoscope le matin de peur d’être pris en flagrant délit de superficialité ou qui consulte la section nécrologie du journal du mercredi comme si c’était la première fois tout en espérant y reconnaître une connaissance? Le colon peut-être chroniqueur à TVA et la quétaine être miss météo à Radio-Canada. Les profils changent, mais les habitudes persistent. Les codes d’un groupe se frottent, violemment parfois, aux règles d’un autre, ce qui fait de nous le colon ou le quétaine de quelqu’un.

*Photos: ufunk et dirtymonkey


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 8, le 30 janvier 2018

QUAND LE VÊTEMENT APPELLE LES ÉMOTIONS

ValiseOn s’était bien juré qu’on passerait l’hiver au Québec, mais à l’instar des politiciens, on ne tiendra pas notre promesse. Les comportements atypiques du climat ont eu raison de notre bonne volonté. Bizarrement, nous n’avions pas entreposé nos vêtements d’été au sous-sol pour la saison froide. Ô subconscient quand tu nous mènes.
Aussitôt le forfait de voyage acheté, aussitôt à quatre pattes dans la penderie pour sélectionner mes tenues de plage. Et là est monté un sentiment d’allégresse, ou était-ce une émotion?
Je ne saisis pas toujours si je suis dans l’émotion ou le sentiment. J’aime bien cet extrait de Claude Boutin dans son livre J’achète (trop) et j’aime ça qui met en lumière la différence entre les deux: «L’émotion est une vague, le sentiment est le puissant courant marin qui la provoque… Le sentiment est discret, l’émotion est tapageuse».
Émotions et sentiments peuvent se chevaucher lors d’une virée magasinage, chez le coiffeur qui nous présente une nouvelle tête, en essayant de nouvelles montures de lunettes chez l’opticien, en dénichant la pièce de vêtement rêvée, en montant sur le pèse-personne, en enfilant nos vêtements mous après une journée de travail.

Le vêtement peut nous connecter à des émotions et des sentiments comme le font la musique, le chocolat, le cinéma. Il faut d’abord reconnaître ses pouvoirs et ses effets sur nos humeurs et l’ensemble de nos vies. «Le vêtement fixe une émotion, un pouvoir…» (Rien à me mettre, le vêtement, plaisir et supplice).

Notre penderie est une caisse de résonnance, un passage qui conduit au plus intime de soi. Seuls, en sous-vêtements, devant nos vêtements suspendus, pliés avec précision ou entremêlés dans un fouillis, nous devons choisir une tenue pour la journée ou pour un évènement précis. Et là s’entame un dialogue avec soi-même et une discussion silencieuse avec la bête à dompter. Cauchemar du placard ou agrément du vêtement. «Qu’est-ce que je mets? ».

Si mes chiens décodent que mon parka noir donne le signal qu’on va marcher dans la forêt et que le manteau rouge signifie « une ballade en voiture les amis», l’humain ressent à travers ses fringues, je pense, des vibrations, une forme de liaison spontanée et inconsciente. «Sur nous le vêtement se colore, à nos yeux, de nos humeurs, tristesse, fatigue ou joie.» «…on peut avoir l’illusion en changeant de tenue, de changer d’humeur, de se débarrasser d’une identité trop lourde à porter.» Déshabillez-moi, psychologie des comportements vestimentaires.

«…on ne se revêt pas de tissus et d’étoffes, mais de sentiments et d’émotions», Marie-Louise Pierson, L’Image de Soi.
Le vêtement établi le lien entre notre image réelle et notre image idéalisée, voire fantasmée et cela provoque des remous qu’on appelle émotions, sentiments, sensations, ressenti, peu importe. Nos vêtements nous murmurent des mots doux ou nous renvoient l’image d’une épave devant le miroir. Certains matins, ils nous apportent l’extase et d’autres ils sont d’un ennui mortifère. Parfois, l’audace est au rendez-vous et d’autres fois nous voilà pudiques de l’épaule ou du cou, pris d’une soudaine réserve.
«Si j’enfile telle ou telle fringue, j’imagine tout de suite quel sentiment cela va me procurer», Rien à me mettre. Et cette sensation peut-être de se sentir beau, bien, aimé, digne, à la hauteur, jovial, aguichant, sensuel, préoccupé, impassible, amorphe, prisonnier de sa carapace. Un magma de doutes, d’interrogations, de hauts et de bas. Pour certains, le vêtement est un «médicament de l’âme» alors que pour d’autres il n’est rien de plus qu’un mal nécessaire.
Chose certaine, notre tenue doit s’arrimer à notre senti, cette image sensorielle qui nous porte comme une Shéréazade élégante, un personnage à l’image guillerette ou encore comme un être flegmatique et de glace qui ne souhaite pas s’embarrasser d’émotions, faute de quoi la journée durant nous serons écartelés entre deux images.

L’IMAGE SENSORIELLE
« Si notre humeur influence nos tenues, le tissu influence nos pensées. Quels qu’ils soient, les vêtements éveillent en nous des comportements qui sommeillent. Si je porte du fluide et du flou, cela va réveiller en moi la souplesse, la légèreté. Si j’enfile un vêtement sévère, c’est ma rigidité qui s’éveille alors. Le vêtement fait vivre tour à tour des parties de nous-mêmes ». Aline Dagut, École parisienne de la Gestalt.

P.S. J’ai suivi le stage «Être et paraître» dirigé par Aline Dagut à l’École parisienne de la Gestalt, à Paris, en mai 2006 (ce stage a fait l’objet d’un article de Laurence Lemoine dans la revue « Psychologies », septembre 2006, sous le titre « J’ai appris à aimer mon image »).

Crédit photo : Archzine


Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 7, le 23 janvier 2018

Marraine

COMPRENDRE LE VÊTEMENT PAR L’ÉCRITURE

À Marbleton, village dans les Cantons de l’est où j’ai grandi, la dictée à l’école primaire était une activité quotidienne inscrite au cursus du programme scolaire. J’adorais cette partie de la journée où l’enseignante dictait son texte devant un groupe d’enfants attentifs à toutes les subtilités de la langue française. Certaines religieuses le faisaient avec rigueur, empruntant un ton militaire alors que d’autres prenaient la voie du jeu, chantant le texte à écrire, actant les personnages et les situations pour la dictée.
Trois de mes tantes étaient «maîtresses d’école» et ma mère ne pouvait vivre sans son dictionnaire. Écrire sans fautes était un mode de vie dans notre maisonnée.
J’ai gardé cette habitude de toujours vérifier mes textes avant de les acheminer via les messages électroniques et les réseaux sociaux. D’abord par politesse pour ceux et celles qui les lisent et aussi par professionnalisme.

VÊTURE ET ÉCRITURE
Pour expliquer la relation que nous entretenons avec le vêtement, j’utilise différentes méthodes. Entre autres je m’amuse à faire l’analogie avec d’autres activités de notre quotidien. Par exemple, je compare les comportements vestimentaires aux comportements épistolaires. Cette comparaison est de l’exploration au grand dam des purs et durs de l’écriture et de certains intellos qui voient dans cette manœuvre un sacrilège et qui ont un mépris pour la mode, le vêtement et les apparences. Ces histoires de vêtement sont trop «people» pour eux. N’y a-t-il pas un fil conducteur dans nos vies? Pourquoi nos comportements vestimentaires seraient-ils diamétralement opposé à l’ensemble de nos autres comportements?

Dans notre culture québécoise, on a ignoré l’éducation vestimentaire et la dynamique sociale de l’apparence de sorte que tout au long de notre vie on se questionnera sur notre image et on craindra «d’avoir l’air de». Je persiste et signe : de la naissance à la mort nous porterons des vêtements et jamais personne tout au long de notre parcours ne nous guidera et surtout ne nous expliquera nos mécanismes reliés à notre image.

ANALOGIE
Il vous est déjà arrivé de relire cent fois une phrase dans un livre sans réussir à en comprendre le sens? On peut aussi se questionner sur la coordination des vêtements de quelqu’un et tenter de faire une lecture de son look.
«Les composantes du vêtement se comparent à la communication verbale:
1. le vêtement forme les mots
2. la garde-robe, le vocabulaire
3. la tenue, la phrase
4. l’agencement, la grammaire» Inconnu

«Un texte bien écrit, structuré, agréable à lire pour le correcteur, incite celui-ci à donner une meilleure note parce la compréhension du texte est plus facile et que le message est clair. Le sens est aussi important que la forme. On n’a pas à se demander ce que l’étudiant à bien voulu dire» Élaine Richer, conseillère pédagogique en français.

Même approche avec le vêtement. Une tenue cohérente en fonction de sa physionomie, des événements, des gens à rencontrer et de son rôle à jouer facilitera l’intégration de la personne.

FIGURE DE STYLE
Dans les cours de français, j’affectionnais particulièrement les leçons sur les figures de style. Comment oublier le fameux verbe «serpenter» sur utilisé par les élèves en quête de créativité (Le ruisseau qui serpente la vallée…).
En terme d’apparence vestimentaire, un style «C’est l’écriture vestimentaire. Pas forcément la joliesse ou la distinction. Plutôt une sorte d’assurance indiscutable dans la tenue.» Catherine Schvvaab, Fashion, mode d’emploi.

ORTHOGRAPHE
Autres temps autres mœurs. La nouvelle orthographe proposée ces dernières années est déroutante pour ceux et celles formés à la vieille école tout comme les composantes actuelles du style vestimentaire le sont pour ceux habitués aux règles de l’élégance. On ne parle plus de mode mais de style personnalisé, de branding personnel. «Écrire comme personne avec les mots de tout le monde » Colette. (Tiré de «Les écureuils de Central sont tristes le lundi», Katherine Pancol.

VOCABULAIRE, SYNTAXE ET COMMUNICATION
Le pourcentage est élevé au Québec concernant le nombre de gens au vocabulaire limité et à la compréhension d’un texte plutôt laborieuse. Selon Le Journal de Montréal du 3 octobre 2016, «Pas moins de 53 % des Québécois de 16 à 65 ans sont considérés comme des analphabètes fonctionnels.»
Il n’y a pas d’études semblables à ma connaissance sur le pourcentage de gens pour qui la mécanique de se vêtir avec logique est une énigme.

Certains ont de la difficulté à s’exprimer devant un groupe, par timidité ou peur du ridicule, d’autres n’ont pas le capital «style» aiguisé et portent n’importe quoi, n’importe où, et le «one size fit all» est leur devise.
«…qui fait qu’un costume a un sens comme une phrase, enfin la garde-robe, par laquelle quelqu’un se révèle lentement à son entourage, devient le discours articulé et nuancé tenu à autrui.» Marc-Alain Descamps, Psychosociologie de la mode.

S’il existe une intelligence émotive, une intelligence sociale, une intelligence sexuelle, etc., pourquoi douter qu’une intelligence vestimentaire soit possible? Idem pour le quotient vestimentaire.
Se vêtir en se basant sur son instinct et son intuition est aussi valide que d’écrire et communiquer avec la même intelligence.

«Il n’y a que sept notes dans une gamme, mais tant de mélodies possibles; il n’y a que vingt-six lettres dans l’alphabet mais tant de langages possibles.» Marie-Louise Pierson, L’Image de Soi.

*Photo de ma marraine Jeanne Monfette avec ses élèves à Sherbrooke en juin 1969


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 6, le 16 janvier 2018

MA VIE EN 67 TEMPS

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Luc B 3

Le souffle court de la chatte qui dort et qui ronfle tout doucement en face de mon bureau est synchronisé au clic…clic….clic…. à peine perceptible mais constant et régulier de l’horloge. J’écoute le temps. Cela me détend (dé-temps). J’ai plutôt l’habitude de chercher du temps, manquer de temps, le prévoir, l’organiser, le fractionner et j’oublie d’en profiter, trop souvent.
Chaque année, à ma période anniversaire, j’écris d’instinct sur l’âge, mon âge, qui, complice du temps qui passe, suit son cours.
Combien de chanteurs, compositeurs et écrivains ont fait l’éloge du temps ou de ses frasques. Des chercheurs de tout ordre se sont intéressés à l’âge : prendre de l’âge, le vieillissement, ses impacts sur la société, l’économie (ça coute cher des vieux), la politique. D’autres se penchent sur leur sexualité, leur santé et leurs activités.

Cette année je n’ai pas le goût d’élaborer sur le jeunisme et l’âgisme. Je suis en plein dedans, je le vis, je le lis et je l’écris régulièrement. Oui, je sais, il y a de la discrimination reliée à l’embauche à cause de l’âge. Oui, les milléniaux, les X et les Y ont hâte qu’on décrisse. Oui les préjugés sont tenaces : «tasse-toi mon oncle» faisant allusion du danger au volant des «vieillissants» alors que les études démontrent le contraire. Il existe peu d’applications pour les gens de mon âge sur les téléphones intelligents et les tablettes parce que les manufacturiers croient à tort qu’on est trop tata pour les comprendre et les utiliser alors que la majorité d’entre nous se débrouillent très bien.

«Ce qui est terrible en vieillissant, c’est qu’on reste jeune.» Oscar Wilde

«PLUS ON EST ÂGÉ, PLUS ON SE SENT PLUS JEUNE QUE SON ÂGE!
Si en moyenne les gens se sentent sept ans plus jeunes que leur âge réel, plus ils sont âgés, plus cette différence augmente.
• Entre 18 et 24 ans, on se sent 2 ans plus vieux que son âge (on veut devenir quelqu’un à part entière dans la société);
• Entre 25 et 34 ans, on se sent 1 an plus jeune, mais en moyenne à 27 ans, on se sent de son âge;
• Entre 35 et 44 ans, on se sent 5 ans plus jeune;
• On se sent 8 ans plus jeune entre 45 et 54 ans;
• Plus jeune de 11 ans entre 55 et 64 ans;
• Et de 14 ans chez les 65 ans et plus!»
LE BLOGUE DE CROP, Sur notre radar cette semaine, Alain Giguère, 18 décembre 2017

UN ENFANT DE 67 ans
On se voit et on se sent peut-être plus jeune mais une partie de nous l’est encore davantage. Cette partie de l’enfance qui nous a forgés et dont on garde au plus profond de nous les empreintes. Des souvenirs heureux qui se heurtent à des situations tristes qu’on préférerait ne jamais voir remonter à la surface. Ce sont parfois nos réactions d’enfant blessé qui s’expriment et non l’adulte sensé et raisonnable qui parle.
Un enfant de 67 ans assis dans une chaise haute, en culottes courtes, le visage dégoulinant de pouding au caramel et qui s’affirme solidement pour en obtenir davantage. Cette image m’habite quand j’analyse certains de mes comportements que je tente en vain de corriger.
Notre environnement humain est une grande garderie pour adultes et malgré nos enveloppes extérieures qui simulent l’équilibre, nos comportements infantiles témoignent des traces laissées par nos premières années de vie.
Dans mes ateliers, le thème des empreintes de l’enfance surprend immanquablement les participants. Rien de mieux pour comprendre nos comportements vestimentaires actuels que de revisiter nos origines. Certaines de nos habitudes face à notre apparence trouvent leur explication dans notre histoire.

ÂGE, CORPS ET VÊTEMENT
“C’est la première génération qui met encore des jeans passé 60 ans. La seule chose qui peut parler du vieillissement de cette génération, c’est donc leurs corps…ces babyboomers pour qui le temps…à retarder les signes du vieillissement grâce au mélange des genres, des habillements et des mœurs [qui] se trouvent à présent face à la réalité d’un corps qui malgré tout, change et s’use.” Françoise Simpère, propos recueillis par Renée Greusard, 3 octobre 2017

Accepte-t-on de vieillir? La réponse classique est «oui si» je suis en possession de mes moyens et en santé. Est-ce que j’aime voir mon corps nu qui vieillit? NON! Y a-t-il une date de péremption sur la féminité et la virilité? Non plus!
Alors? Je vieillis mais…je ne baisse pas la garde pour autant. Ma vitalité accompagne le temps qui m’est imparti sur la terre. Et Le vêtement participe à cette vitalité. La question n’est pas de faire jeune mais sentir qu’on est de son époque, refuser d’être étiqueté et s’affirmer comme membre de la collectivité.

Vendredi pour mon anniversaire, mes amis d’enfance m’accompagneront au restaurant pour célébrer nos 60 ans d’amitié. Amitié, sincérité, sensibilité et vitalité, le plus précieux des cadeaux qu’un vieil enfant puisse recevoir.

«L’enfance appuie sur une touche du piano. Une note en sort dont la vibration fait la longueur de la vie, après quoi des déménageurs emportent le piano du cœur sous sa housse de sang rouge.» NOIRCLAIRE, Christian Bobin.


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 5, le 9 janvier 2018

SURVOL DE VOTRE PROFIL VESTIMENTAIRE EN 12 CLICS

clé front

Les gens n’aiment pas beaucoup se décrire. Dans mon atelier «Je vêts bien», cette étape est plutôt laborieuse. La plupart des participants se méconnaissent et les mots pour se définir leur échappent, surtout les mots positifs. Et oui, au Québec, on a encore tendance à se décrire par la négative. Aussi, on a cette difficulté à se proclamer comme étant «beaux», «excellents», «intelligents» voire «élégants» même, de peur d’être considéré prétentieux, vantard, grande gueule. Quoi qu’on en pense, nos vieilles racines judéo-chrétiennes nous collent encore à la peau et notre vocabulaire en témoigne.

Je vous propose donc un exercice simple qui vous permettra de mettre sur papier les traits qui vous caractérisent et qui vous aideront à comprendre votre relation au vêtement et à votre apparence vestimentaire, une fiche technique en quelque sorte.
Notre être est une mosaïque du passé et du présent, de nos sentiments et de nos émotions, de nos désirs et nos besoins, de nos peurs, nos joies, nos bons coups comme les plus terribles, de vérités et de faussetés.
Cet exercice se veut un premier jet, comme un texte qu’on écrit sans s’arrêter, sans se questionner pour ne pas perdre le filon suite à une idée qui a jailli et qu’on peaufinera plus tard. Autrement dit, oubliez la censure personnelle et la performance et écrivez à chaque étape le (s) mot(s) qui vous viennent en tête. Plus vous répondrez spontanément, plus vous éviterez de vous saboter.
Avec le recul, plus tard, il vous sera possible de faire des liens entre votre relation au vêtement et les autres activités de votre vie. Ne vous arrêtez pas au fait qu’à l’occasion vos réponses peuvent semblées contradictoires. Ce chassé-croisé est propice à cela.
Je vous propose à titre d’exemple, quelques histoires abrégées entendues dans mes ateliers ou que des gens m’ont racontées. Mais avant de débuter l’exercice, certaines expressions méritent des explications vulgarisées (dans le contexte vêtement, apparence et image afin d’éviter un débat sur les jeux de mots…).

LA MARQUE DE COMMERCE : Éléments auxquels on m’associe. Par exemple, mes bracelets que je porte depuis ma tendre enfance et mes styles de lunettes qui changent régulièrement.
LE CONCEPT DE SOI : comment je me définis. Personnellement je me vois comme un grincheux sympathique, curieux et ambitieux.
LA CICATRICE : empreinte causée par des situations du passé concernant mon rapport au vêtement et aux apparences et qui aujourd’hui me coince.
LE PRÉJUGÉ À CORRIGER : idée préconçue que j’entretiens et qui me mène sur de fausses pistes.
LA PHOBIE VESTIMENTAIRE : vêtement ou accessoire qui me conviendrait très bien mais que je refuse de porter à cause de l’association que j’en fais.
RÉFÉRENCE PROFESSIONNELLE : modèle qui m’inspire dans le monde des affaires. Par exemple, Peter Simmons pour moi.
L’INFLUENCE VESTIMENTAIRE : modèle du milieu des arts, de la télévision, du web, etc. qui est une référence vestimentaire. Par exemple, Pierre Lapointe m’inspire.
Le SOSIE : quelqu’un qui correspond à mon enveloppe extérieure. Par exemple, les fois où on m’a comparé à Elvis Costello ne se comptent plus.
La CITATION PRÉFÉRÉE: une phrase qui me revient souvient en tête et qui exprime bien mon état d’être.
LE DÉFI : garder ma signature vestimentaire malgré le fait que j’avance en âge et conséquemment mon corps qui se modifie.
L’ACTION À PRENDRE : quel changement (raisonnable et réalisable) dois-je effectuer pour développer une relation harmonieuse avec mon image (visuelle, corporelle, sensorielle).

L’histoire de Gloria Rodrigue

Toute sa vie Gloria luttera pour être mince et se défaire de ses habitudes alimentaires. «Des enfants dodus sont des enfants qu’on a pris soin» lui enseignaient ses parents.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 48 ans
Sa marque de commerce : s’excuse sans arrêt pour son poids
Son concept de soi : «Mon mari m’appelle son béluga d’amour»
Sa cicatrice : les minces sont «winners», les gros sont «loosers»
Préjugé à corriger : les minces ont plus de succès
Phobie vestimentaire : le fleuri
Référence professionnelle : Oprah
Influence vestimentaire (référence) : Marie-Josée Lord, art lyrique
Son sosie : Rosie O’Donnel, actrice et humoriste américaine
Son défi : ronde et sexy
Sa citation (phrase fétiche) : «Il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat», Jean-Jacques Rousseau
L’action à prendre : Risquer du fleuri (ou un imprimé) lors de son prochain achat sans s’imaginer qu’elle ressemble au Jardin botanique en fleurs

L’histoire de Dwight McGillivray
Ses parents l’ont ainsi baptisé en l’honneur d’Elton John, de son vrai nom Reginald Dwight. Né de parents anglophones, il a fréquenté les écoles francophones. Ses cheveux roux ont fait l’objet de nombreux sarcasmes à l’école.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 37 ans
Sa marque de commerce : ses cheveux roux
Son concept de soi : je suis trop différent
Sa cicatrice : l’exclusion. À l’école on le surnommait Nesbitt (boisson gazeuse à l’orange
Préjugé à corriger : aucune marque de vêtements ne s’intéresse aux roux
Phobie vestimentaire : les vêtements parfaitement coordonnés
Référence professionnelle : le prince Harry
Influence vestimentaire (référence) : Ed Sheeran
Son sosie : Rupert Grint dans Harry Potter
Son défi : la revanche des roux
Sa citation (phrase fétiche) : Orange is fashion
L’action à prendre : consulter un(e) styliste spécialisé dans la mode masculine qui lui ouvrirait l’esprit et les portes de produits lui convenant. Une seule rencontre peut suffire.

L’histoire de Johanne Beauchamp

Johanne a grandi en banlieue de Thetford Mines. Pour elle, tout était gris. La mine et ses rebuts, la couleur des maisons sans compter le peu d’éclat de son environnement humain. Quand sa tante de Montréal visitait sa famille, deux fois l’an, son accoutrement avec ses énormes chapeaux décorés d’un oiseau à leur sommet la transportaient dans un autre monde.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 55 ans
Sa marque de commerce : son élégance
Son concept de soi : «j’ai tellement l’air de rien»
Son préjugé à corriger : la vie est plus facile pour les belles personnes
Sa cicatrice : «sois comme tout le monde, sinon…»
Phobie vestimentaire : un jean et un t-shirt
Référence professionnelle : Lise Watier
Influence vestimentaire (référence sociale) : Sophie Prégent
Son sosie : Marie-Hélène Thibault, comédienne
Son défi : aller simplement au dépanneur sans se maquiller (soigner son perfectionnisme)
Sa citation (phrase fétiche) : « Le vêtement poétise le corps », Jean Cocteau.
L’action à prendre : élargir son champ d’action dans ses choix de vêtements. Un style plus détendu n’est pas synonyme de manque de classe ou d’élégance.

L’histoire de Maxime Morin
Maxime est gay, un gay ordinaire selon lui. Il ne comprend pas tous ces qualificatifs surfaits à l’égard des homosexuels : raffinés, stylés, cultivés, affables. Des potiches à ses dires.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 28 ans
Sa marque de commerce : il porte toujours les mêmes vêtements
Son concept de soi : «Je suis comme tout le monde» et rappelle à qui veut l’entendre que le mot gay est l’acronyme de «good as you»
Sa cicatrice : «pourquoi faut-il que ça paraisse?»
Préjugé à corriger : être stylé sans être gay
Phobie vestimentaire : paillettes, brillants, transparence et les imprimés Versace qui font vieilles tapettes de Miami
Référence professionnelle : Mark Zuckerberg (Facebook)
Influence vestimentaire (référence sociale) : Stéphan Bureau
Son sosie : Matt Damon, acteur américain
Son défi : détapettiser la mode
Sa citation (phrase fétiche) : «Il convient à l’homme de choisir un habit simple», Sénèque.
L’action à prendre : faire une recherche sur les looks du milieu gay depuis les années 1970 et réaliser qu’on est loin des «Village people», Liberace, et qu’aujourd’hui les hommes de sa génération portent un regard différent sur les looks à la mode.

L’histoire de Diane Guérin :
Les parents de Diane insistaient pour qu’elle soit différente du look uniforme de ses amies. Ils l’encourageaient à porter des chaussettes de couleurs différents ou des chaussures dépareillées, question de provoquer son entourage. «C’est trop comme tout le monde, affirme-toi», martelaient-ils. Son rêve, son signe de réussite, était d’avoir un job, un titre, lui permettant de porter un tailleur corporatif et un attaché-case.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 45 ans
Sa marque de commerce : la rigueur vestimentaire, sans artifice
Sa cicatrice : être différent ne mène à rien et attire des problèmes
Préjugé à corriger : rigueur=crédibilité=succès
Phobie vestimentaire : un décolleté plongeant
Référence professionnelle : le costume des agents de bord
Influence vestimentaire (référence sociale) : Christiane Charette
Son sosie : Marie-Chantal Perron, comédienne
Son défi : assouplir ses tenues qui relèvent davantage de l’uniforme que du style
Sa citation (phrase fétiche) : «La simplicité est le secret de la réussite», André Rochette
L’action à prendre : casser sa rigueur vestimentaire en portant des accessoires simples, qui l’interpellent et non parce qu’ils sont «tendance»

À votre tour maintenant de résumé votre histoire et de compléter votre fiche technique

VOTRE HISTOIRE

VOTRE FICHE TECHNIQUE

Âge :
Votre marque de commerce :
Votre concept de soi :
Votre cicatrice :
Votre préjugé à corriger :
Votre phobie vestimentaire :
Votre référence professionnelle :
Votre influence vestimentaire (référence sociale)
Votre sosie :
Votre défi :
Votre citation (phrase fétiche) :
L’action à prendre :


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 4, 2 janvier 2018

Eugenie

ÉNIGME DU JOUR DE L’AN

Je vous propose pour débuter l’année cette énigme basée sur une histoire familiale. Toutes les familles ont une dynamique qui leur est propre et c’est souvent dans les rencontres de clan que le tempérament de chacun se manifeste.
Ces caractéristiques de la personnalité de chaque membre de la famille se retrouvent dans sa façon de socialiser, de se comporter au travail et évidemment dans sa signature vestimentaire.

UNE PHOTO SOUVENIR POUR EUGÉNIE ET ÉMILIEN

Eugénie, 87 ans, tient dans ses bras son arrière-petit-fils, né il y a trois semaines. Une fête est organisée pour célébrer l’événement. Un baptême symbolique sans cérémonie religieuse, un prétexte pour rassembler la famille et les amis et honorer en même temps les 92 ans d’Émilien, l’époux d’Eugénie.
Nathalie, l’aînée de la famille et l’instigatrice de la réunion, suggère que les invités portent du blanc pour l’occasion. Pierrot, son frère, considère cette idée ringarde, dépassée, et cela lui rappelle tristement les obligations dominicales de l’époque où il devait porter chemise blanche et cravate pour faire « propre » et «comme tout le monde».
Anne-Sophie, sa fille, n’y voit qu’un prétexte heureux pour s’enquérir d’une nouvelle robe. Elle sait très bien que son père, encore une fois, acquittera la dépense, trop fière du regard que les autres portent sur sa progéniture.
L’épouse de Pierrot, Francine, voit ce concept « du blanc » davantage comme une imposition qu’une suggestion. Elle supporte mal que Nathalie utilise ses droits d’aînesse pour imposer ses idées. Elle veut être libre de ses choix et maître à bord de son style.

Agathe, la cadette de la famille et bâton de vieillesse de ses parents, se plie à la consigne. Ce geste plaira à sa mère, si fière, et empêchera la discorde avec sa sœur Nathalie. Après tout, n’est-elle pas la grand-mère du faux baptisé?

Karolanne, sa fille et mère du bébé, se fiche de la couleur proposée et cherche un vêtement vaporeux pour cacher son ventre qu’elle ne réussit pas à perdre. Elle ne comprend pas pourquoi cette rondeur lui colle au corps.

Mélissa, la fille de Francine, issue d’une première relation, se fiche des conventions. Elle fréquente les friperies, est végétarienne, et ne comprend pas qu’on veuille simuler un baptême pas plus qu’un couple gay veuille se marier.
Anne-Sophie, sa demie sœur, résiste à l’envie de lui passer des commentaires acerbes sur sa tenue « Plateau ».

Eugénie, qui pose solennellement pour la postérité, laisse voir un cou emperlé alors qu’Émilien insiste pour porter ses bretelles. Chacun prend sa place. «Cheese! Souriez!» La famille est immortalisée.
***

Dans les ateliers que j’anime sur les comportements vestimentaires, je propose aux participant-es de revisiter leur dynamique familiale parce que très souvent s’y cache une explication à leur relation actuelle au vêtement.

Les buts de cet exercice peuvent se décliner ainsi :

1. Reconnaître la dynamique de groupe de votre famille.
Par exemple, est-ce que vous anticiper les comportements d’un frère ou d’une sœur? Y a-t-il des sujets délicats à éviter? Ces rencontres familiales sont-elles très importantes pour vous ou au contraire un passage obligé dans l’année?

Avez-vous l’impression de modifier votre apparence vestimentaire dans les réunions familiales pour éviter les remarques d’un frère ou la jalousie d’une belle-sœur?
À l’inverse, succombez-vous à la tentation d’en mettre plein la vue pour épater la galerie ou inconsciemment montrer aux autres que vous êtes créatifs et audacieux?

2. Reconnaître vos préjugés face aux «façons d’être» des membres de votre famille.
Par exemple, dans l’histoire présentée plus haut, Anne-Sophie semble avoir un préjugé sur le look « Plateau Mont-Royal». Avez-vous la manie d’étiqueter certains membres de votre clan qui selon vous sont «over dress», Bobo, Hipster ou «quétaine»?

3. Identifier votre positionnement dans la famille
À quel personnage vous associez vous et pourquoi?
Nathalie (l’organisatrice), Pierrot (le rebelle), Anne-Sophie (la fille à papa), Francine (la contrariée), Agathe (celle qui redoute la chicane et qui achète la paix), Karolanne (celle qui est préoccupée par son image corporelle), Mélissa (celle qui se veut à contre-courant), Eugénie et Émilien (d’une élégance classique et d’une autre époque»).

Selon le personnage auquel vous vous identifiez, quel aurait été votre style vestimentaire : couleur, tissu (coton, lin, soie, laine, cuir, synthétique), décontracté, chic, 5 à 7, artistique, romantique, sexy, etc.

Le temps des Fêtes est une période propice pour observer nos comportements vestimentaires mais toutes les rencontres et les célébrations en famille nous permettent de faire le lien histoire familiale/ rapport à l’image vestimentaire.

J’aimerais vous entendre sur le sujet. Je vous invite à laisser vos commentaires.

Que 2018 nous apporte une joyeuse complicité avec le vêtement et la fierté de notre audace.


Luc Breton, Le Blogue
Numéro 3, 26 décembre 2017

NoelImaginez un garçon de 12 ans en 1963 qui n’aime pas pratiquer les sports et qui déteste le hockey alors que son père, ses frères, sa soeur et ses oncles en raffolent. Qui plus est, cette activité est la seule offerte dans le village hormis la messe le dimanche. Sport national, symbole de virilité, de vrais gars, le hockey est une religion et y prêter serment vous assure l’appartenance à la gang et élimine tout doute sur votre orientation sexuelle. Un homme n’est pas complet sans le hockey. Ne pas s’adonner à ce sport, pis encore, ne pas s’y intéresser, vous exclut du monde des mâles et les autorisent à vous considérer comme un homme de seconde classe.

Sylvio est en froid avec son père, sans raison apparente, le courant ne passe pas. Les échanges sont polis quoique brefs. Aucune prise de bec depuis des mois, rien à signaler. Sylvio a des aptitudes pour la cuisine et semble coupé du monde des mâles. Il «fait le marché» avec sa mère et le plaisir est de la partie. Des larrons en foire. Monsieur Bertrand craint que son fils soit le confident de son épouse et qu’elle lui voue trop de délicatesse. Il se sent exclu de cette relation. «Ce garçon est trop près de sa mère» rétorquera-t-il. «On sait ce qui arrive dans ce temps là…». Il souhaiterait se rapprocher de sa femme qu’il sent distante. Pourquoi Sylvio ne l’aiderait-il pas à percer le mystère de son épouse? Peut-être connaît-il la cause de son insatisfaction et voudrait la partager avec son père.

Une fois par mois, ses économies en poche, Sylvio écume les boutiques de la ville la plus proche avec son amie Ninon et établit un plan d’action pour l’achat de ses vêtements. Bien au fait du « look tolérable et acceptable» dans son bled, il se coordonne des vêtements «bon chic bon genre» qui se rapprochent davantage du style de sa mère que ceux de son père et de ses frères. Cette tendance excède monsieur Bertrand qui voit dans les manœuvres vestimentaires de son fils une opposition au chef de la famille et un choix clair du garçon de développer davantage sa relation avec sa mère. Façon inconsciente de signifier au père qu’il refuse son offre d’être un mouchard et qu’il a choisi son camp.

Pour Noel cette année-là, les rituels de remises des cadeaux ont pris une autre tangente. Pas de cadeaux communs du père et de la mère mais plutôt des présents personnalisés de chaque parent. Pas de cartes de souhaits traditionnelles à la formule brevetée accrochées aux cadeaux «De tes parents qui sont fiers de toi» ou encore «Au meilleur des fils». Homme à la phrase courte, monsieur Bertrand griffonnera un simple «À Sylvio, de ton père» accroché au cadeau.
Vers 20 heures, toute la famille se rassemble près du sapin de Noël pour le partage des cadeaux. Fébrile, Sylvio attaque le présent que lui tend sa mère. «L’Encyclopédie de la cuisine canadienne (1963)» et «La psychologie des couleurs». Il hume le parfum dégagé par les pages d’un livre neuf, jamais utilisé et s’empresse à regarder les photos accompagnant les recettes. À son tour, son père lui offre une boîte, énorme, qui laisse à penser que s’y trouve un appareil pour cuisiner ou peut-être un téléviseur pour sa chambre où il pourrait se réfugier pendant les séries éliminatoires de hockey. Ces interminables soirées où les hommes monopolisent le salon et où les odeurs de cigarettes et de bière empestent la maison.
Tous s’interrogent sur le contenu de cette boîte, surpris par l’initiative de leur père d’offrir autre chose que des boutons de manchettes, des ceintures, des bas et des bretelles appareillés ou une boîte de cigares.

Sylvio est sceptique et doute soudainement des bonnes intentions de son père. «Trop de bonne humeur, le père» lui siffle sa petite voix intérieure. Sylvio imite un boxeur qui assaille son ennemi et se lance à l’assaut du gros cadeau et d’un coup sec déchiquette la boîte avec fracas. Son contenu se répand sur les restes des papiers d’emballage et de choux décoratifs. Des gants, des patins, des jambières, une tuque et le chandail de hockey du club Canadiens, le kit total, aussi bien coordonné que les vêtements qu’il déniche en ville avec Ninon. Pour mettre un peu de sel dans les plaies, son frère au regard narquois le somme d’essayer le chandail et la tuque en guise de remerciements pour son père.
Sylvio escamote un blasphème et se retire dans sa chambre. Par ce geste provocateur, son père délégitime ses goûts et son être tout entier, une mission pour ramener fiston à l’ordre. Un cadeau rempli de symbolique «Tu seras comme nous, les gars», un cadeau «affiliation». Sylvio n’oubliera jamais ce «black Christmas» rempli de tristesse, ce cadeau «punition».

«Son fils, ce garçon clairvoyant, perce à ce jour ce mensonge, se rend compte que le souci permanent des apparences n’a rien à voir avec le véritable amour….Il dirige donc cette haine contre lui-même, inconsciemment convaincu d’avoir mérité ce mensonge et cette froideur» Notre corps ne ment jamais, Alice Miller, Flammarion


Luc Breton, Le blogue
Blogue numéro 2.  19 décembre 2017

Le vêtement et le couple

LUC 1982

Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue

vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

REJEAN_YATCH2QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.

Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.


BLOGUE Numéro 1 
Le 12 décembre 2017

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OSER ÊTRE SOI…BONNE CHANCE, GOOD LUCK

Le 1er janvier approche à grands pas. Vite, pensez à vos résolutions pour la nouvelle année. Il faudrait, il faudrait, il faudrait…que je sois plus relaxe, plus zen, que je surveille davantage mon alimentation, fasse plus d’exercice, pense à moi un peu plus…La même liste que l’an dernier finalement.

Être bien dans sa peau est un must maintenant, voire une tyrannie. Le mieux-être, le bien-être, s’accepter, se choisir, s’estimer, s’affirmer, s’affranchir, lâcher prise et vivre le moment présent exigent une vigilance de tous les instants.
L’intention est louable et on se souhaite tous d’être libérés de nos démons pour enfin respirer par le nez et vivre le plus sereinement possible notre quotidien.

Quand j’ai commencé à m’intéresser et à me documenter sur les habitudes et les comportements vestimentaires des gens et par ricochet, de mes propres manies, cette question m’obsédait presque : «Pourquoi est-ce si difficile de s’aimer, de s’évaluer à sa juste valeur et d’être satisfait de son apparence vestimentaire?»
Le regard de l’autre s’avérait être une partie de la réponse. L’importance que j’accorde à ce que l’autre pense de moi conditionne mes comportements et l’interprétation que j’en fais, souvent erronée, peut me mener sur de mauvaises pistes.

C’était avant les réseaux sociaux.
Maintenant le regard de l’autre a un compère (ou une commère, je ne sais plus si je dois utiliser le féminin ou le masculin), l’opinion. L’opinion de tous, sur tout.

La semaine dernière par exemple sur Facebook, deux débats ont retenu mon attention. D’abord celui concernant le documentaire «Bye» dans lequel apparaît Alexandre Taillefer. Monsieur Taillefer utiliserait ce documentaire à des fins de propagandes personnelles et ferait fausse route en abordant la situation du suicide sous l’angle qu’il a choisi. Manipulation! Ranger vos mouchoirs.

Le deuxième débat vise la vente de livres au Québec. Un livre sur trois au Québec est un titre jeunesse. Mais la littérature jeunesse selon certains qui se prononçaient sur le sujet, serait de la sous-littérature alors que d’autres tiennent à faire la distinction entre littérature et divertissement. Et que dire de ce phénomène à vomir des livres de recettes qui sont au premier rang des 10 livres les plus vendus. Quant à lui, le «Guide de l’auto 2018» se classerait au cinquième rang. Quel petit peuple d’incultes et d’ignares sommes-nous. La GRANDE littérature au Québec fond comme la banquise du phoque en Alaska.

Pour nous achever, les grands titres des nouvelles à la télé nous informent que la cigarette est interdite sur la scène d’un théâtre, que matrimoine et patrimoine s’affrontent, que les Anglos sont irrités par le Hi-Bonjour et que Blanche neige n’était peut-être pas consentante à ce que les 7 nains lui fassent la bise et qu’il faudrait donc revoir cette histoire pour enfants.

L’INTOLÉRANCE
L’opinion accouche à son tour d’un autre monstre, L’INTOLÉRANCE. Le débat entourant le documentaire «Bye» et celui sur la littérature jeunesse résonne comme de la douceur si on compare à l’intolérance qui se manifeste maintenant.
Curieux hasard, comme je me prépare à publier mon premier blogue, une amie m’achemine cet article de La Presse de ce matin dont voici un extrait : «Elle (la peur) était le principal vecteur d’intérêt au Québec. Si le phénomène n’est pas nouveau, il a connu une croissance qui frôle les 300 % entre 2001 et 2016. La peur est universelle. Elle n’a pas de couleur, de genre ou de religion. Il n’est pas nécessaire de l’expliquer. Il suffit de vous la faire sentir. Les réseaux sociaux ont joué un rôle d’amplificateur important dans ce phénomène.»
EN 2017, DE LA PEUR À L’INTOLÉRANCE, Jean-François Dumas, président d’Influence communication.

Allons-y, on se prononce, on accuse, on juge, on commente, on ne fait pas dans la dentelle. Cœurs sensibles, s’abstenir. Et c’est là que le bât blesse. Toute cette volonté et cette détermination qu’on souhaite à chacun pour développer l’affirmation de soi risque d’être annihilée par ce derby de démolition sociale.

Oser être soi…bonne chance, good luck. Ce mouvement «d’opinions» se situe à l’opposé d’un autre phénomène social, celui du mieux-être. Mieux-être dans son image visuelle, corporelle et sensorielle. Il faut drôlement être blindé aujourd’hui pour «se choisir» et sortir le moindrement des rangs. Les voix discordantes se font entendre. «Just talking», qu’ils disent. Non, «bullshiting» serait plus approprié.

Alors, pour éviter les faux pas vestimentaires, on minimise les risques et l’audace en prend pour son rhume. Pourtant, notre instinct et notre intuition devraient primer sur le regard de l’autre. C’est ce que je dois me répéter quand j’écris sinon je courberai l’échine. Souvent, très souvent, je doute, je me questionne et me demande si je suis à la hauteur. Les commentaires parfois sur les réseaux sont si blessants, si bas, qu’ils m’ébranlent. À l’adolescence, j’entendais des remarques semblables sur mon style vestimentaire et pourtant j’ai rarement fait de concessions sur mon apparence.

Alors j’écris, je risque, je prends position et je résiste à l’envie de fermer boutique tout comme je le fais avec ma signature vestimentaire. Je ne plie pas sous les dogmes du «trop vieux pour porter ceci», trop ceci, trop cela, ou encore les «cela ne se fait pas».
Donc j’écris pour le plaisir de partager avec vous mes rencontres, mes histoires même si je ne suis peut-être qu’un écriveux qui fait dans la psycho-pop à 5 cennes et qui a une écriture pompier. Vous me lisez parce que vous vous reconnaissez dans mon propos même si vos propres doutes vous amènent peut-être à vous demander si vous êtes capables de vous élever à un niveau supérieur, de conscience plus élevée face à vos habitudes et vos comportements vestimentaires. Comment pourrait-il en être autrement dans ce climat de mésestime?

FAUX-FUYANT
Il est tentant de céder sous le poids de la pression sociale pour stopper notre évolution et de nous affirmer. L’opinion et le regard de l’autre peuvent servir de prétexte, de faux-fuyant pour «s’écraser» et tomber dans une forme d’obsolescence de notre pensée, de notre style de vie et de notre apparence vestimentaire.

J’abonde dans le sens de Geneviève St-Germain (Facebook, 10 décembre 2017)
«Bien sûr qu’il n’y a pas qu’une seule vérité. Mais il y a la complaisance dans l’ignorance aussi. Et le bonheur dans l’indifférence et l’absence d’aspiration…» «Oui, on peut vivre heureux et volontairement ignorants.»

Cela dit, qu’est-ce qu’on attend pour être beaux?

Photo tirée du film Psychose

OSER ÊTRE SOI…BONNE CHANCE, GOOD LUCK

Le 1er janvier approche à grands pas. Vite, pensez à vos résolutions pour la nouvelle année. Il faudrait, il faudrait, il faudrait…que je sois plus relaxe, plus zen, que je surveille davantage mon alimentation, fasse plus d’exercice, pense à moi un peu plus…La même liste que l’an dernier finalement.

Être bien dans sa peau est un must maintenant, voire une tyrannie. Le mieux-être, le bien-être, s’accepter, se choisir, s’estimer, s’affirmer, s’affranchir, lâcher prise et vivre le moment présent exigent une vigilance de tous les instants.
L’intention est louable et on se souhaite tous d’être libérés de nos démons pour enfin respirer par le nez et vivre le plus sereinement possible notre quotidien.

Quand j’ai commencé à m’intéresser et à me documenter sur les habitudes et les comportements vestimentaires des gens et par ricochet, de mes propres manies, cette question m’obsédait presque : «Pourquoi est-ce si difficile de s’aimer, de s’évaluer à sa juste valeur et d’être satisfait de son apparence vestimentaire?»
Le regard de l’autre s’avérait être une partie de la réponse. L’importance que j’accorde à ce que l’autre pense de moi conditionne mes comportements et l’interprétation que j’en fais, souvent erronée, peut me mener sur de mauvaises pistes.

C’était avant les réseaux sociaux.
Maintenant le regard de l’autre a un compère (ou une commère, je ne sais plus si je dois utiliser le féminin ou le masculin), l’opinion. L’opinion de tous, sur tout.

La semaine dernière par exemple sur Facebook, deux débats ont retenu mon attention. D’abord celui concernant le documentaire «Bye» dans lequel apparaît Alexandre Taillefer. Monsieur Taillefer utiliserait ce documentaire à des fins de propagandes personnelles et ferait fausse route en abordant la situation du suicide sous l’angle qu’il a choisi. Manipulation! Ranger vos mouchoirs.

Le deuxième débat vise la vente de livres au Québec. Un livre sur trois au Québec est un titre jeunesse. Mais la littérature jeunesse selon certains qui se prononçaient sur le sujet, serait de la sous-littérature alors que d’autres tiennent à faire la distinction entre littérature et divertissement. Et que dire de ce phénomène à vomir des livres de recettes qui sont au premier rang des 10 livres les plus vendus. Quant à lui, le «Guide de l’auto 2018» se classerait au cinquième rang. Quel petit peuple d’incultes et d’ignares sommes-nous. La GRANDE littérature au Québec fond comme la banquise du phoque en Alaska.

Pour nous achever, les grands titres des nouvelles à la télé nous informent que la cigarette est interdite sur la scène d’un théâtre, que matrimoine et patrimoine s’affrontent, que les Anglos sont irrités par le Hi-Bonjour et que Blanche neige n’était peut-être pas consentante à ce que les 7 nains lui fassent la bise et qu’il faudrait donc revoir cette histoire pour enfants.

L’INTOLÉRANCE
L’opinion accouche à son tour d’un autre monstre, L’INTOLÉRANCE. Le débat entourant le documentaire «Bye» et celui sur la littérature jeunesse résonne comme de la douceur si on compare à l’intolérance qui se manifeste maintenant.
Curieux hasard, comme je me prépare à publier mon premier blogue, une amie m’achemine cet article de La Presse de ce matin dont voici un extrait : «Elle (la peur) était le principal vecteur d’intérêt au Québec. Si le phénomène n’est pas nouveau, il a connu une croissance qui frôle les 300 % entre 2001 et 2016. La peur est universelle. Elle n’a pas de couleur, de genre ou de religion. Il n’est pas nécessaire de l’expliquer. Il suffit de vous la faire sentir. Les réseaux sociaux ont joué un rôle d’amplificateur important dans ce phénomène.»
EN 2017, DE LA PEUR À L’INTOLÉRANCE, Jean-François Dumas, président d’Influence communication.

Allons-y, on se prononce, on accuse, on juge, on commente, on ne fait pas dans la dentelle. Cœurs sensibles, s’abstenir. Et c’est là que le bât blesse. Toute cette volonté et cette détermination qu’on souhaite à chacun pour développer l’affirmation de soi risque d’être annihilée par ce derby de démolition sociale.

Oser être soi…bonne chance, good luck. Ce mouvement «d’opinions» se situe à l’opposé d’un autre phénomène social, celui du mieux-être. Mieux-être dans son image visuelle, corporelle et sensorielle. Il faut drôlement être blindé aujourd’hui pour «se choisir» et sortir le moindrement des rangs. Les voix discordantes se font entendre. «Just talking», qu’ils disent. Non, «bullshiting» serait plus approprié.

Alors, pour éviter les faux pas vestimentaires, on minimise les risques et l’audace en prend pour son rhume. Pourtant, notre instinct et notre intuition devraient primer sur le regard de l’autre. C’est ce que je dois me répéter quand j’écris sinon je courberai l’échine. Souvent, très souvent, je doute, je me questionne et me demande si je suis à la hauteur. Les commentaires parfois sur les réseaux sont si blessants, si bas, qu’ils m’ébranlent. À l’adolescence, j’entendais des remarques semblables sur mon style vestimentaire et pourtant j’ai rarement fait de concessions sur mon apparence.

Alors j’écris, je risque, je prends position et je résiste à l’envie de fermer boutique tout comme je le fais avec ma signature vestimentaire. Je ne plie pas sous les dogmes du «trop vieux pour porter ceci», trop ceci, trop cela, ou encore les «cela ne se fait pas».
Donc j’écris pour le plaisir de partager avec vous mes rencontres, mes histoires même si je ne suis peut-être qu’un écriveux qui fait dans la psycho-pop à 5 cennes et qui a une écriture pompier. Vous me lisez parce que vous vous reconnaissez dans mon propos même si vos propres doutes vous amènent peut-être à vous demander si vous êtes capables de vous élever à un niveau supérieur, de conscience plus élevée face à vos habitudes et vos comportements vestimentaires. Comment pourrait-il en être autrement dans ce climat de mésestime?

FAUX-FUYANT
Il est tentant de céder sous le poids de la pression sociale pour stopper notre évolution et de nous affirmer. L’opinion et le regard de l’autre peuvent servir de prétexte, de faux-fuyant pour «s’écraser» et tomber dans une forme d’obsolescence de notre pensée, de notre style de vie et de notre apparence vestimentaire.

J’abonde dans le sens de Geneviève St-Germain (Facebook, 10 décembre 2017)
«Bien sûr qu’il n’y a pas qu’une seule vérité. Mais il y a la complaisance dans l’ignorance aussi. Et le bonheur dans l’indifférence et l’absence d’aspiration…» «Oui, on peut vivre heureux et volontairement ignorants.»

Cela dit, qu’est-ce qu’on attend pour être beaux?

Photo tirée du film Psychose


1963, LE NOËL DE SYLVIO

Noel

Imaginez un garçon de 12 ans en 1963 qui n’aime pas pratiquer les sports et qui déteste le hockey alors que son père, ses frères, sa soeur et ses oncles en raffolent. Qui plus est, cette activité est la seule offerte dans le village hormis la messe le dimanche. Sport national, symbole de virilité, de vrais gars, le hockey est une religion et y prêter serment vous assure l’appartenance à la gang et élimine tout doute sur votre orientation sexuelle. Un homme n’est pas complet sans le hockey. Ne pas s’adonner à ce sport, pis encore, ne pas s’y intéresser, vous exclut du monde des mâles et les autorisent à vous considérer comme un homme de seconde classe.

Sylvio est en froid avec son père, sans raison apparente, le courant ne passe pas. Les échanges sont polis quoique brefs. Aucune prise de bec depuis des mois, rien à signaler. Sylvio a des aptitudes pour la cuisine et semble coupé du monde des mâles. Il «fait le marché» avec sa mère et le plaisir est de la partie. Des larrons en foire. Monsieur Bertrand craint que son fils soit le confident de son épouse et qu’elle lui voue trop de délicatesse. Il se sent exclu de cette relation. «Ce garçon est trop près de sa mère» rétorquera-t-il. «On sait ce qui arrive dans ce temps là…». Il souhaiterait se rapprocher de sa femme qu’il sent distante. Pourquoi Sylvio ne l’aiderait-il pas à percer le mystère de son épouse? Peut-être connaît-il la cause de son insatisfaction et voudrait la partager avec son père.

Une fois par mois, ses économies en poche, Sylvio écume les boutiques de la ville la plus proche avec son amie Ninon et établit un plan d’action pour l’achat de ses vêtements. Bien au fait du « look tolérable et acceptable» dans son bled, il se coordonne des vêtements «bon chic bon genre» qui se rapprochent davantage du style de sa mère que ceux de son père et de ses frères. Cette tendance excède monsieur Bertrand qui voit dans les manœuvres vestimentaires de son fils une opposition au chef de la famille et un choix clair du garçon de développer davantage sa relation avec sa mère. Façon inconsciente de signifier au père qu’il refuse son offre d’être un mouchard et qu’il a choisi son camp.

Pour Noel cette année-là, les rituels de remises des cadeaux ont pris une autre tangente. Pas de cadeaux communs du père et de la mère mais plutôt des présents personnalisés de chaque parent. Pas de cartes de souhaits traditionnelles à la formule brevetée accrochées aux cadeaux «De tes parents qui sont fiers de toi» ou encore «Au meilleur des fils». Homme à la phrase courte, monsieur Bertrand griffonnera un simple «À Sylvio, de ton père» accroché au cadeau.
Vers 20 heures, toute la famille se rassemble près du sapin de Noël pour le partage des cadeaux. Fébrile, Sylvio attaque le présent que lui tend sa mère. «L’Encyclopédie de la cuisine canadienne (1963)» et «La psychologie des couleurs». Il hume le parfum dégagé par les pages d’un livre neuf, jamais utilisé et s’empresse à regarder les photos accompagnant les recettes. À son tour, son père lui offre une boîte, énorme, qui laisse à penser que s’y trouve un appareil pour cuisiner ou peut-être un téléviseur pour sa chambre où il pourrait se réfugier pendant les séries éliminatoires de hockey. Ces interminables soirées où les hommes monopolisent le salon et où les odeurs de cigarettes et de bière empestent la maison.
Tous s’interrogent sur le contenu de cette boîte, surpris par l’initiative de leur père d’offrir autre chose que des boutons de manchettes, des ceintures, des bas et des bretelles appareillés ou une boîte de cigares.

Sylvio est sceptique et doute soudainement des bonnes intentions de son père. «Trop de bonne humeur, le père» lui siffle sa petite voix intérieure. Sylvio imite un boxeur qui assaille son ennemi et se lance à l’assaut du gros cadeau et d’un coup sec déchiquette la boîte avec fracas. Son contenu se répand sur les restes des papiers d’emballage et de choux décoratifs. Des gants, des patins, des jambières, une tuque et le chandail de hockey du club Canadiens, le kit total, aussi bien coordonné que les vêtements qu’il déniche en ville avec Ninon. Pour mettre un peu de sel dans les plaies, son frère au regard narquois le somme d’essayer le chandail et la tuque en guise de remerciements pour son père.
Sylvio escamote un blasphème et se retire dans sa chambre. Par ce geste provocateur, son père délégitime ses goûts et son être tout entier, une mission pour ramener fiston à l’ordre. Un cadeau rempli de symbolique «Tu seras comme nous, les gars», un cadeau «affiliation». Sylvio n’oubliera jamais ce «black Christmas» rempli de tristesse, ce cadeau «punition».

«Son fils, ce garçon clairvoyant, perce à ce jour ce mensonge, se rend compte que le souci permanent des apparences n’a rien à voir avec le véritable amour….Il dirige donc cette haine contre lui-même, inconsciemment convaincu d’avoir mérité ce mensonge et cette froideur» Notre corps ne ment jamais, Alice Miller, Flammarion

Luc Breton, Le Blogue
Numéro 3, 26 décembre 2017

LE VÊTEMENT ET LE COUPLE

LUC 1982Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

 

Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

 

QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

REJEAN_YATCH2Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

 

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

 

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.

 

 

 

 


LE VÊTEMENT ET LE COUPLE

LUC 1982
Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

 

REJEAN_YATCH2Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.