1963, LE NOËL DE SYLVIO

Noel

Imaginez un garçon de 12 ans en 1963 qui n’aime pas pratiquer les sports et qui déteste le hockey alors que son père, ses frères, sa soeur et ses oncles en raffolent. Qui plus est, cette activité est la seule offerte dans le village hormis la messe le dimanche. Sport national, symbole de virilité, de vrais gars, le hockey est une religion et y prêter serment vous assure l’appartenance à la gang et élimine tout doute sur votre orientation sexuelle. Un homme n’est pas complet sans le hockey. Ne pas s’adonner à ce sport, pis encore, ne pas s’y intéresser, vous exclut du monde des mâles et les autorisent à vous considérer comme un homme de seconde classe.

Sylvio est en froid avec son père, sans raison apparente, le courant ne passe pas. Les échanges sont polis quoique brefs. Aucune prise de bec depuis des mois, rien à signaler. Sylvio a des aptitudes pour la cuisine et semble coupé du monde des mâles. Il «fait le marché» avec sa mère et le plaisir est de la partie. Des larrons en foire. Monsieur Bertrand craint que son fils soit le confident de son épouse et qu’elle lui voue trop de délicatesse. Il se sent exclu de cette relation. «Ce garçon est trop près de sa mère» rétorquera-t-il. «On sait ce qui arrive dans ce temps là…». Il souhaiterait se rapprocher de sa femme qu’il sent distante. Pourquoi Sylvio ne l’aiderait-il pas à percer le mystère de son épouse? Peut-être connaît-il la cause de son insatisfaction et voudrait la partager avec son père.

Une fois par mois, ses économies en poche, Sylvio écume les boutiques de la ville la plus proche avec son amie Ninon et établit un plan d’action pour l’achat de ses vêtements. Bien au fait du « look tolérable et acceptable» dans son bled, il se coordonne des vêtements «bon chic bon genre» qui se rapprochent davantage du style de sa mère que ceux de son père et de ses frères. Cette tendance excède monsieur Bertrand qui voit dans les manœuvres vestimentaires de son fils une opposition au chef de la famille et un choix clair du garçon de développer davantage sa relation avec sa mère. Façon inconsciente de signifier au père qu’il refuse son offre d’être un mouchard et qu’il a choisi son camp.

Pour Noel cette année-là, les rituels de remises des cadeaux ont pris une autre tangente. Pas de cadeaux communs du père et de la mère mais plutôt des présents personnalisés de chaque parent. Pas de cartes de souhaits traditionnelles à la formule brevetée accrochées aux cadeaux «De tes parents qui sont fiers de toi» ou encore «Au meilleur des fils». Homme à la phrase courte, monsieur Bertrand griffonnera un simple «À Sylvio, de ton père» accroché au cadeau.
Vers 20 heures, toute la famille se rassemble près du sapin de Noël pour le partage des cadeaux. Fébrile, Sylvio attaque le présent que lui tend sa mère. «L’Encyclopédie de la cuisine canadienne (1963)» et «La psychologie des couleurs». Il hume le parfum dégagé par les pages d’un livre neuf, jamais utilisé et s’empresse à regarder les photos accompagnant les recettes. À son tour, son père lui offre une boîte, énorme, qui laisse à penser que s’y trouve un appareil pour cuisiner ou peut-être un téléviseur pour sa chambre où il pourrait se réfugier pendant les séries éliminatoires de hockey. Ces interminables soirées où les hommes monopolisent le salon et où les odeurs de cigarettes et de bière empestent la maison.
Tous s’interrogent sur le contenu de cette boîte, surpris par l’initiative de leur père d’offrir autre chose que des boutons de manchettes, des ceintures, des bas et des bretelles appareillés ou une boîte de cigares.

Sylvio est sceptique et doute soudainement des bonnes intentions de son père. «Trop de bonne humeur, le père» lui siffle sa petite voix intérieure. Sylvio imite un boxeur qui assaille son ennemi et se lance à l’assaut du gros cadeau et d’un coup sec déchiquette la boîte avec fracas. Son contenu se répand sur les restes des papiers d’emballage et de choux décoratifs. Des gants, des patins, des jambières, une tuque et le chandail de hockey du club Canadiens, le kit total, aussi bien coordonné que les vêtements qu’il déniche en ville avec Ninon. Pour mettre un peu de sel dans les plaies, son frère au regard narquois le somme d’essayer le chandail et la tuque en guise de remerciements pour son père.
Sylvio escamote un blasphème et se retire dans sa chambre. Par ce geste provocateur, son père délégitime ses goûts et son être tout entier, une mission pour ramener fiston à l’ordre. Un cadeau rempli de symbolique «Tu seras comme nous, les gars», un cadeau «affiliation». Sylvio n’oubliera jamais ce «black Christmas» rempli de tristesse, ce cadeau «punition».

«Son fils, ce garçon clairvoyant, perce à ce jour ce mensonge, se rend compte que le souci permanent des apparences n’a rien à voir avec le véritable amour….Il dirige donc cette haine contre lui-même, inconsciemment convaincu d’avoir mérité ce mensonge et cette froideur» Notre corps ne ment jamais, Alice Miller, Flammarion

Luc Breton, Le Blogue
Numéro 3, 26 décembre 2017

LE VÊTEMENT ET LE COUPLE

LUC 1982Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

 

Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

 

QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

REJEAN_YATCH2Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

 

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

 

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.

 

 

 

 


LE VÊTEMENT ET LE COUPLE

LUC 1982
Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

 

REJEAN_YATCH2Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.

 

 

 

 

 

 


Le reflet de son image

Etang

L’image de Valérie Plante (sourire), nouvelle mairesse de Montréal, celle de Denis Coderre (intraitable) ancien maire de Montréal, Donald Trump (l’homme orange sans raffinement), Pauline Marois (bourgeoise à cause de ses foulards selon les dires), Safia Nolin (choquante à cause de sa différence) et ainsi de suite. L’image, l’image, l’image, partout, tout le temps, pour tous.

Ce matin, en marchant avec mes chiens dans la forêt, j’ai pris cette photo d’un bouleau blanc qui a ployé sous les vents violents des derniers jours. Tellement courbé que sa tête frôle la surface de l’étang. Cette eau, si calme ce matin tel un miroir, renvoie au bouleau l’image de sa fâcheuse situation.

La notion d’image est claire et floue à la fois. Question d’interprétation? Pour certains, l’image est le reflet de leur personne, l’incarnation de ce qu’ils sont intérieurement; pour d’autres, cela correspond à leurs vibrations énergétiques alors que d’autres n’ont pas encore pris conscience que tous projettent une image, quelle qu’elle soit.
Par exemple, en premier plan sur la photo, deux quenouilles chétives que vous n’avez peut-être pas remarquées, font le pied de grue devant la surface lisse du plan d’eau alors qu’un arbre mort à moitié submergé ou à moitié immergé, selon le point de vue, repose dans l’eau. Et c’est bien là toute la difficulté de parler de notre image. Notre image par rapport à qui, à quoi?

Toujours sur la photo, les sapins majestueux, solides, en imposent par leurs tailles et leurs corps droits, immuables en apparence. Mais ces grands gaillards se fractionnent irrémédiablement en plusieurs morceaux sous la pression des vents et s’abîment dans l’eau contrairement au bouleau qui grâce à sa silhouette et la souplesse d’un danseur de ballet, fléchit sans casser et souvent même se redresse, sans se noyer.
Le bouleau et son reflet dans l’eau créent une figure irrégulière mais harmonieuse, une forme ronde et ovale, mutante, alors que les conifères ne réfléchissent dans l’étang qu’une banale masse sombre servant à mettre en vedette le bouleau et sa blancheur. Et toute cette histoire de reflet se joue sous un ciel bleu d’automne, un des plus beaux de l’année.

Morale de cette histoire : oui, Narcisse est tombé amoureux de son image qui se reflétait dans l’eau et réalisant le vide et la futilité de la chose, il se suicida. N’ayez crainte et cessez de vous comparer aux autres. Vous êtes à l’image de ma photo de ce matin, plein de surprises. Regardez-vous bien!

Quelle est la vraie difficulté : « mettre » des vêtements sur votre corps ou des mots sur votre malaise?
«Le vêtement amène un autre regard sur soi, et répond à l’exigence de s’offrir une image de soi favorable et valorisante. Le vêtement est l’un des rares truchements permettant de pouvoir jouer avec différentes images de soi». RIEN À ME METTRE, LE VÊTEMENT, PLAISIR ET SUPPLICE, Élise Ricadat et Lydia Taïeb

L’IMAGE est la pierre angulaire de l’atelier «JE VÊTS BIEN» que j’animerai à Québec le 18 novembre prochain

Sujets abordés: image de soi, regard sur soi, perception, corps, insatisfaction, doutes, peurs d’oser, de vieillir, de grossir, de ne pas être à la hauteur, empreintes, phobies vestimentaires, résistances, fausses croyances, signature vestimentaire


Atelier «JE VÊTS BIEN» à Québec

Gens de Québec et des environs, j’animerai l’atelier «Je vêts bien» au Domaine Maizerets le 18 novembre prochain.

C’est dans ce site enchanteur que nous explorerons vos habitudes et vos comportements vestimentaires.

LIEU : Domaine Maizerets,
2000, boulevard Montmorency, Québec, QC
DATE: 18 novembre
HORAIRE : 9h à 16h
COÛT : 110$

QC1
QC2

 


La tenue retenue est bien vue. Vraiment?

retenue1Nous avons tous vécu cette expérience sur la route lorsqu’un conducteur impoli nous colle au derrière avec son bolide pour nous signifier de changer de voie. Certains baveux ajoutent même davantage de pression en klaxonnant ou en amplifiant leurs phares, question de nous intimider et de nous imposer leurs grossières méthodes persuasives. Deux choix s’offrent alors à nous : leur tenir tête en prenant tout notre temps pour nous déplacer, les laissant ainsi mariner dans leur char supersonique ou alors, en panique, apeurés presque, céder sous la tension et s’empresser de libérer la voie convoitée, leur concédant ainsi une forme de pouvoir.Nos comportements au volant se comparent à certains de nos comportements vestimentaires. J’utilise souvent la métaphore pour amener les gens à réaliser que leurs attitudes se répètent dans plus d’un domaine dans leur vie. Pour citer Aline Dagut de l’École Parisienne de la Gestalt, le vêtement est une dimension de soi, il parle de notre relation au monde.

 

En observant nos habitudes, nous réaliserons que nos comportements se répètent dans plusieurs sphères de notre vie, qu’ils se transfèrent comme s’il s’agissait de vases communicants. Nos forces, nos faiblesses, nos insécurités, notre tempérament, nos complexes, notre détermination, notre franc parlé, toutes les pièces qui forment ce que nous sommes se retrouvent aussi dans notre rapport à la nourriture, à la musique, à la littérature et bien évidemment à notre rapport au vêtement. Ce dernier n’est qu’un des éléments qui composent le fil d’Ariane de notre vie.

Dans l’exemple de la voiture, si vous laissez quelqu’un vous dicter votre conduite automobile, il y a de fortes chances que quelqu’un d’autre vous impose sa loi dans un autre secteur de votre vie. Par exemple, Anne-Sophie, 34 ans, s’abstient de porter un chandail avec une encolure en V en présence de sa mère qui trouve cela trop décolleté, aguichant, voire vulgaire. Anne-Sophie cède donc du terrain à sa mère pour lui plaire, éviter les discussions stériles et les commentaires désobligeants. Elle se prive de porter un vêtement qu’elle aime, sous la pression d’une tierce personne.

Lucille, 67 ans, vit à la campagne depuis sa retraite. Elle aimerait tant s’éclater dans le vêtement, «être plus folle», permissive. Son désir secret : porter de grandes crinolines, des mètres de tulle, comme un enfant qui se déguise, pour le plaisir, en jardinant. Mais…elle pense que son voisin la considère un peu bizarre. Afin de ne pas jeter de l’huile sur le feu, elle s’abstient alors et cède au regard (imaginaire peut-être) du voisin. Ce voisin est un ventriloque à qui elle donne la parole et à qui elle prête des intentions.

Marie-Paule, 56 ans, achète beaucoup, beaucoup de vêtements. Elle adore magasiner et surtout porter des vêtements neufs. Sa carrière va bon train et l’argent est au rendez-vous. Mais, après chaque achat, elle se sent dans l’obligation de justifier ses impulsions. Pourquoi ressent-elle de la culpabilité? À qui doit-elle rendre des comptes? À son père, défunt, qui la surveillait de près et qui la réprimandait sur ses nombreux achats. «Tant d’argent dépensé en guenille alors que des familles crèvent de faim» lui répétait-il. Encore aujourd’hui, elle boude son plaisir et se laisse dominer par la voix intérieure culpabilisante.

Alors, qui tire profit de nos tenues retenues si ce ne sont les autres?

Ces autres qui nous transfèrent leurs malaises nous imposent leurs insécurités et leurs valeurs. Jusqu’à quel point l’opinion, le jugement et le manque d’ouverture de l’autre nous limitent-ils dans vos choix vestimentaires? Beaucoup plus que nous le croyons. De là toute la différence entre «porter» et «subir» un vêtement. Porter un vêtement, l’habiter, met en valeur nos atouts et nos traits de personnalités alors que porter une tenue imposée nous écrase, annule nos forces et nous brime dans notre créativité.
Qu’est-ce qui est le plus exigeant, choisir une tenue ou s’inquiéter à savoir si elle plaira? Qu’est-ce que le confort si ce n’est l’absence de jugement et de commentaires sur nos choix vestimentaires davantage que sur la coupe d’un vêtement?

Débeiger
Dans mes conférences et dans mon atelier «Je vêts bien», j’utilise cette expression : débeiger, c’est-à-dire, sortez du beige, du neutre, du consensus mou. Autrement dit, déballez-vous, déblayez, débloquez, décadenassez ce qui vous retient et osez être qui vous êtes. Ne plus être le pantin de l’autre.

Cela est un cheminement bien particulier : celui de prendre le vêtement à témoin pour vous observer, vous découvrir et dénouer les secrets de vos vieilles habitudes pour enfin laisser place à plus de légèreté dans votre rapport aux apparences. En développant votre sensibilité face au lien que vous entretenez avec le vêtement et votre vigilance face à vos faits et gestes «vestimentaires», les réponses à vos questions sur le sujet devraient jaillir d’elles-mêmes. Les conseils et les trucs des conseillers vestimentaires deviendront secondaires. Les changements, sans être drastiques, s’effectueront graduellement.

Si vous vous faites confiance, petit à petit, votre signature vestimentaire s’affirmera. Votre style vous précédera et le vêtement vous portera, et non l’inverse. Vous constaterez à quel point vos fausses croyances s’inclineront devant votre aisance à expérimenter votre potentiel, et les doutes sur vos capacités esthétiques s’évanouiront. Votre langage visuel s’accordera à votre langage verbal et créera ainsi une cohérence et un équilibre.

Terminés les affolements devant la garde-robe et l’effroi de ne pas être à la hauteur des exigences des autres avec vos vêtements. Vous déciderez maintenant, en toute quiétude, ce qui correspond à vos états d’âme. Jongler avec ses émotions, ses sentiments et le vêtement est un ménage à trois conciliable. Malgré les écueils, ne cessez pas d’expérimenter la place du vêtement dans votre vie, cet ambassadeur qui vous mettra en lumière.

Voir mes articles sur le Huffington Post

Photo: www.wallup.net


Vêtement, dis-moi, est-ce que je vêts bien?

bienAu début de ma carrière, il y a 45 ans, le discours concernant la relation au vêtement et au corps touchait essentiellement des femmes de 20 à 45 ans alors qu’aujourd’hui elle inclut des hommes, des fillettes de 9 ans qui veulent perdre du poids, des femmes de 70 ans qui s’interrogent sur leur coquetterie et des jeunes hommes obsédés par leur image corporelle. La situation ne s’est donc pas améliorée; au contraire, elle s’est détériorée.

Au fil de mes expériences de travail dans le domaine de la mode, un sentiment de manque m’a petit à petit habité. Le fait qu’on valorisait peu le vêtement au détriment de la mode m’agaçait. Comment se faisait-il qu’on évacuât l’aspect humain dans le discours sur l’apparence? Pourquoi tant de questions sans réponses concernant le corps, l’âge, les émotions et les sentiments reliés au vêtement tel que confiance en soi, se sentir à la hauteur?

J’ai donc entrepris des recherches pour mieux cerner le rapport qu’entretient un individu avec le vêtement, et les incidences dans les différents domaines de sa vie. « Gars de terrain », j’ai rencontré des femmes, surtout, de tous âges et de toutes professions, mais avec toujours la même interrogation : « Suis-je correcte? »; « J’ai l’impression d’en mettre trop ou pas assez »; « Les autres femmes ont plus d’habileté que moi pour choisir leurs tenues »; « Je manque d’audace »; « Je perpétue le même style » ; « Je doute de mes choix », et autres litanies.

En cette période de quêtes de toutes sortes où le bien-être est servi à toutes les sauces, il est étonnant qu’on aborde aussi peu la dynamique de la relation au vêtement. Une quête ne signifie pas rejeter du revers de la main la mode, les tendances et le style, mais plutôt d’explorer des voies pour atteindre la satisfaction et le bien-être de son apparence. Cependant, en partageant notre inconfort face à notre image visuelle, nous risquons d’être rabroués par des phrases assassines du genre : « il y a pire que cela sur la terre », « cela est tellement artificiel ». Les préjugés entourant l’intérêt que l’on porte à son image sont aussi tenaces que ceux visant les maladies mentales. Les maladies de l’image, c’est futile et nombriliste, croit-on encore.

Étant donné que cette situation ne trouvait pas écho nulle part, j’ai donc créé l’atelier « Je vêts bien » pour répondre à ce manque de tribune où il serait possible de partager sa situation, son vécu, ses expériences vestimentaires, voire sa détresse. Bien égoïstement, je l’ai fait aussi pour faire le point sur mon propre rapport aux apparences. Au fur et à mesure que j’élaborais ma recherche, trois questions plus personnelles revenaient sans cesse me hanter : l’origine de la perception erronée que j’avais de moi-même, les incidences de cette méprise dans mon développement personnel, et les actions à prendre pour corriger le tir. Autrement dit, faire la lumière sur mes comportements vestimentaires.

L’atelier « Je vêts bien » propose une réflexion pour approfondir un volet de la connaissance de soi, rarement abordé : Le regard que je pose sur moi, sur mon corps et dans ma relation au vêtement est-il approprié? Il permet de décortiquer, dénouer votre relation au vêtement.

En participant à cet atelier, vous explorerez ces points :

L’origine de vos comportement vestimentaires

L’origine de ce regard (le vôtre et celui des autres) qui donne le ton à vos habitudes et vos comportements vestimentaires. L’influence de la famille, son ADN vestimentaire, les proches, l’école, la culture, etc.
Votre image

La perception que vous avez de votre image visuelle et corporelle ainsi que le degré de satisfaction qui en découle. Les pressions qui brouillent les cartes (travail, société, médias, pressions personnelles, etc.)

Vos résistances

Nous figeons dans le temps une image négative d’un élément vestimentaire (style, couleur, imprimés) et cela érode notre assurance. Nous évitons de porter ce qui nous donnerait bonne mine, affectant du coup notre signature vestimentaire. Les faux-fuyants derrière lesquels on se cache : « mon travail ne le permet pas »; « ça ne se fait pas à mon âge », etc.

Repartir sur des bases qui correspondent davantage à votre réalité actuelle

Cet atelier se veut un temps d’arrêt pour poser un regard neuf sur votre rapport au vêtement, recadrer votre image et votre perception de vous-même. Une journée bien investie pour ceux et celles en quête d’une meilleure relation à soi et à son image.

Comprendre le vêtement c’est concevoir le rapport à son image, fausse ou réelle, et c’est apprendre à communiquer, sans mots, en utilisant un vocabulaire codé. C’est aussi réaliser que les goûts ne sont pas à discuter, mais à expliquer et qu’il faut éviter la fatalité, ne pas être une victime de son image visuelle et corporelle, mais apprendre à l’aimer et à la laisser évoluer, comme nous le faisons dans les autres domaines de notre vie. Ce n’est pas un sujet obscur, impénétrable.

L’architecte a l’intelligence de l’espace, la chanteuse celle du texte et vous, avec vos vêtements, vous avez l’intelligence de votre apparence. S’habiller n’est pas un geste banal, mais nous le répétons si machinalement que nous en oublions les raisons et les plaisirs tout comme nous le faisons avec un repas savoureux, ingurgité en vitesse, en privant nos pupilles gustatives d’un festin.

Voici quelques exemples de sujets abordés dans cet atelier :

Pour vous, s’habiller c’est…
□ impressionner…
□ provoquer les autres…
□ signifier son appartenance…
□ se mouler socialement ou se différencier…
□ se cacher des regards d’autrui, s’effacer, disparaître…

Quelles sont les peurs qui se cachent derrière vos résistances au changement?
La peur…
□ du ridicule
□ de faire vieux
□ de perdre mon authenticité
□ de ne pas être pris au sérieux au bureau (de ne pas faire « crédible »)
□ du rejet, de l’exclusion du groupe d’appartenance, de l’abandon
□ de ne plus attirer les regards sur soi, de ne plus être le centre d’intérêt

Dans votre garde-robe, choisissez trois (3) tenues que vous affectionnez particulièrement et assignez-leur un rôle.
Par exemple :

□ Vêtement rébellion
□ Vêtement superstition
□ Vêtement doudou, cocon, consolateur
□ Vêtement facilitateur (l’éternel tailleur noir)
□ Vêtement prête-nom (pour se créer un personnage)
□ Vêtement dépendance (qui est donc une véritable dépendance)

Le vêtement, outil communication

• Avez-vous l’impression parfois que votre tenue communique plus habilement que vous et a plus d’impact?
• Dans quelle(s) circonstance(s) le vêtement est-il votre meilleur messager?

Je promène mon atelier «Je vêts bien» à travers le Québec depuis presque 10 ans. Voici des témoignages de participantes que j’ai recueillis.

« La formation m’aura permis de confirmer l’héritage que ma mère m’a transmis : la fierté, le respect de soi et des autres, l’élégance, l’image de soi, l’importance de l’arrimage entre les différents savoirs, c’est-à-dire le savoir-être, le savoir-paraître et le savoir-faire. » Estelle O.

« Autre prise de conscience : dès le premier exercice écrit, j’ai reconnu avoir retenu mon élan spontané d’arborer pour cette rencontre un bijou que j’estimais trop voyant. Moi qui détestais tant les « qu’en-dira-t-on » de ma mère ! Depuis, le ver de la comparaison avec mes semblables ronge de moins en moins ma pomme. » Denise N.

« Cela m’a permis, entre autres, de découvrir de nouvelles perspectives à partir de la notion « habiter son vêtement ». Un vêtement habité, c’est celui qui me met en valeur et attire l’attention sur moi. Il témoigne de mon ouverture aux autres, de mon accessibilité, et non d’un classicisme « sévère et froid ». Louise, jeune retraitée

« Ce que j’en ai retiré, plus que tout, c’est que le regard n’est pas une entité solitaire branchée directement sur le jugement. Le regard de l’autre est très similaire au mien. C’est-à-dire qu’il est fait de ressenti, d’affect, de filtres et d’a priori liés en grande partie à notre besoin d’être accepté de la meute. Le regard de chacun se nourrit d’un désir d’entrer en relation avec l’être qui est devant nous. Beaucoup plus que de l’approbation de notre apparence physique ».
Hélène Q.
Pour informations : [email protected]

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bien1*S’habiller pour séduire qui?

La tenue, le vêtement devient sous les yeux d’une femme la voie d’accès au regard des hommes, à une féminité efficace…
Rien à me mettre, le vêtement, plaisir et supplice…

Photos:
The art of travel 1951, Norman Parkinson
Élégance du dimanche, Paperblog


Je vêts bien : atelier sur la relation au vêtement

 

JL’image contient peut-être : maison, ciel et plein air’ai créé cet atelier après avoir constaté que nous éprouvons des difficultés ou que nous avons un rapport « amour-haine » à l’égard des vêtements. Plusieurs parmi nous avons une image de soi « faussée » ou entretenons des idées préconçues sur ce qui nous convient ou non.

Notre relation au vêtement est un univers complexe qui tient pour beaucoup au regard que nous portons sur nous, tantôt indulgent, tantôt implacable, mais rarement juste.

L’atelier « Je vêts bien » propose une réflexion pour approfondir un volet de la connaissance de soi, rarement abordée : Le regard que je pose sur moi, sur mon corps et dans ma relation au vêtement est-il approprié? Comment l’accepter, l’améliorer ou m’en libérer?

En participant à cet atelier, vous explorerez ces points :

•L’ORIGINE DE VOS COMPORTEMENTS VESTIMENTAIRES
Nous aborderons l’origine de ce regard (le vôtre et celui des autres), qui donne le ton à vos habitudes et vos comportements vestimentaires

•VOTRE IMAGE
Nous évaluerons la perception que vous avez de votre image visuelle et corporelle ainsi que le niveau de satisfaction qui en découle.

•VOS RÉSISTANCES
Nous figeons dans le temps une image négative d’un élément vestimentaire (style, couleur, imprimés) et cela mine notre assurance. Nous évitons de porter ce qui nous donnerait bonne mine, affectant du coup notre signature vestimentaire.

•REPARTIR SUR DES BASES QUI CORRESPONDENT DAVANTAGE À VOTRE RÉALITÉ ACTUELLE
Cet atelier se veut un temps d’arrêt pour poser un regard neuf sur votre rapport au vêtement, recadrer votre image, votre style et votre perception de vous-même.

Une journée bien investie pour ceux et celles en quête d’une meilleure relation à soi et à son image.

Quand : dimanche, 7 mai 2017
de 9 h 30 à 16 h 30

Lieu : Eastman, sortie 106, Autoroute des Cantons de l’est

Coût : 100$

Dépôt : 25$ à l’inscription, non remboursable si annulé 3 jours avant l’atelier

Pour réservation :[email protected] T : 450-297-3722
M : 514-794-9230


NOTRE SIGNATURE VESTIMENTAIRE EST-ELLE FAUSSE?

GettiAvec élan et avec toute la fierté qui m’habite, je signe de ma main droite les documents que me présente la notaire pour la vente d’un de mes biens. Précédée par son index, elle me guide, «Signez ici, et ici et là, et vos initiales, ici, en bas». Aussi simple que cela. Ma signature valide mon identité.

Il y a une quinzaine d’années, mon institution financière m’a contacté pour authentifier ma signature sur un document. Avec le temps, mon autographe s’était drôlement simplifiée et relevait davantage d’un geste artistique que d’une signature de premier de classe. Compte tenu de ma passion pour les comportements humains, mon premier réflexe a été de me demander si la modification de ma signature correspondait à d’autres changements dans ma vie.
Je me suis alors rappelé mon cours en graphologie à l’Université de Montréal où la formatrice avait bien précisé que notre style d’écriture pouvait varier selon qu’on écrivait un texte ou qu’on signait un chèque.

Quand je replonge dans un de mes nombreux cahiers barbouillés et que je sélectionne une page au hasard, je remarque avec stupéfaction à quel point mon écriture peut varier. Il m’arrive de me demander si c’est bel et bien moi qui les ai écrites. Une écriture à géométrie variable, pourrais-je dire. Mes mots sont illisibles et désordonnés certains jours, atrophiés même, et à d’autres moments ils sont majestueusement déposés sur les lignes du cahier et alignés comme l’écriture des religieuses qui m’enseignaient au primaire, une plume élégante. Cela est-il influencé par mon humeur, ma nervosité du moment, ma fébrilité, ma sérénité certaines journées où j’ai une embellie ou cela ne dépend-il que du type de crayon que j’utilise, l’outil ? Pousse-mines, porte-mines, plumes fontaines, stylo-bille, banal crayons au plomb chapeauté d’une efface.
En est-il ainsi de ma signature vestimentaire? Bien évidemment! Mon rapport au vêtement est comparable à ma relation à l’écriture cursive. J’utilise souvent la métaphore dans l’animation de mes ateliers. La signature écrite et la signature vestimentaire se prêtent bien à ce jeu, sans toutefois tomber dans l’analyse à l’emporte-pièce.
Mais voilà qu’en cette période des fausses nouvelles, de la post-vérité, de la désinformation et du populisme que nous traversons, je m’interroge sur ma propre authenticité : ma signature vestimentaire serait-elle fausse?

NOTRE SIGNATURE : UN CHOIX PERSONNEL OU DICTÉ?

Comment se positionner entre «ne pas être comme tout le monde» et avoir une identité vestimentaire propre sans pour autant être marginal, déguisé ou faux? Ce que nous souhaitons essentiellement, c’est d’avoir une signature vestimentaire qui nous distingue.
Où se situer entre « has been » et « wannabe », fashion victim et caduque ou encore, haut en couleurs et out en couleurs? À demander l’avis de tout un chacun, on oublie de se fier à soi. Il devient alors difficile de valider nos choix sans gangrener notre estime ou notre confiance. Nous éloignons-nous de notre nature profonde? Matraqués par les avis des pros, influencés par les images publiques et sensibles aux commentaires des autres, dans quelle mesure notre signature vestimentaire est-elle un choix personnel, délibéré, et jusqu’à quel point est-elle dictée par la société?

«Être comme tout le monde équivaut à n’être personne» (Élise Ricadat, Lydia Taïeb, Rien à me mettre, le vêtement, plaisir et supplice). Cette citation, brutale, révèle bien une interrogation ressentie par les participants à mes ateliers : évoluer ou figer?

Une signature vestimentaire n’est pas fixe dans le temps et doit évoluer. L’air du temps influence la culture, les loisirs, l’architecture, les communications, le sport et la consommation sous toutes ses formes. L’industrie de mode y participe grandement. Même s’il est permis d’en douter parfois, la société évolue et les règles et les codes changent.
Si le changement est synonyme d’avancement pour certains, il se retrouve à l’autre extrémité du spectre pour d’autres. Leur signature vestimentaire est figée.
Se cantonner dans un style vestimentaire est une pratique insidieuse qui peut cacher une résistance aux changements, laissant sous-entendre que la nouveauté nous effraie, que le passé est préférable au présent. Ce comportement peut faire boule de neige puisqu’il risque de se généraliser à divers domaines de notre vie. «Leur impossibilité à se glisser dans des images d’elles-mêmes trop variées témoigne d’une intériorité fragile, d’un rapport à leur corps extrêmement rigide, où le jeu et la fantaisie ne peuvent trouver leur place». (Élise Ricadat, Lydia Taïeb RIEN À ME METTRE, le vêtement, plaisir et supplice).

ÉCRITURE VIVANTE OU ÉCRITURE AMORPHE
J’ai une passion (plutôt une collection) pour les crayons, les plumes et les cahiers. J’ai toujours écrit ce qui m’inspirait au quotidien, pris en note des extraits de mes lectures ou des citations entendues à la télé ou à la radio. Je m’en inspire quand j’ai à rédiger un texte, j’écris en dilettante. Parfois je colle dans mon cahier une image taillée dans une revue, je griffonne, je barbouille et mon plus grand plaisir est de modifier au crayon plomb les visages des gens dans les journaux. Maquillage plus prononcé, lèvres pulpeuses, oreilles décorées, piercings dans l’aile du nez, à tel point qu’on ne reconnaît plus Paul Arcand du FM 98,5 ou Gino Chouinard de Salut Bonjour, pas plus d’ailleurs que Denise Bombardier que je travestis en drag queen.

Comme je le fais avec mes crayons et mon écriture, j’utilise le vêtement pour me manifester, m’affirmer, m’afficher, m’individualiser, socialiser et véhiculer mes valeurs. Mon image est vivante et modifiable. Jean-François Amadieu, (LA SOCIÉTÉ DU PARAÎTRE), synthétise ce phénomène des images multiples : «Les images que nous offrons de nous-mêmes sont tantôt glamour, tantôt naturelles, tantôt drôles, tantôt sexy, ou alors carrément professionnelles».
Cette diversité de nos images nous libère-t-elle de notre modèle rigide ou crée-t-elle, au contraire, davantage d’insécurité face à ces questions existentielles : «Qui suis-je?» Qu’est-ce que je projette? Qu’est-ce ce que je dégage?
Mais je ne suis pas faux pour autant.

 

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Photo: Guido Mieth, Getty Image


LA FIN DE VIE

Arbre coeur

Aujourd’hui, une personne que j’aime beaucoup, traverse une dure journée aux soins palliatifs. Ma nuit a été agitée, je suis fatigué, donc plus fragile. Il m’est impossible de me concentrer sur mon travail. Je ne comprends même plus la logique de ce que j’ai écrit hier dans mon livre.
Une partie de nous s’envole avec ceux qui partent. Au-delà des souvenirs précieux qui nous reviennent en mémoire, la fin de vie d’un être cher est bouleversante. Le temps qui s’écoule habituellement trop vite, change de tempo.
Chaque minute, chaque heure, nous tient en haleine. Mon énergie mentale est entièrement focalisée sur la tournure des événements de la journée.

Tous ces détails du quotidien, ces inquiétudes reliées au travail, ces mésententes avec le voisin, ces accrochages avec le gérant de la quincaillerie, ces brouilles avec des membres de la famille ou encore ces débats de certains idiots des réseaux sociaux qui mettent le feu aux poudre pour un rien, tout cela paraît bien insignifiant aujourd’hui, sans importance.

Le chagrin me plonge dans une léthargie, un engourdissement qui m’immobilise.
Mais au rez-de-chaussée j’entends l’homme qui me mijote du comfort food pour ce soir. Un des chiens lèche la tête du chat qui ronronne. Le mont Orford, tout blanc, face à mon bureau, est libre de nuages. Je pense qu’on est au printemps, je n’en suis pas certain. L’été, ma saison préférée, approche.

Aujourd’hui c’est l’amour et l’affection des miens qui me préoccupe. Le reste n’est que superflu. Les heures de tombée de mes textes ne seront pas respectées, le rapport d’impôt attendra et je répondrai à mes messages quand mon cœur sera plus léger.

Prenez quelques minutes aujourd’hui et laissez-vous aller à la rêverie, imaginez-vous les scénarios les plus improbables dans votre tête et souriez en pensant à toutes ces niaiseries que vous devriez faire.
N’attendez-pas.