Le retour des zombies chez Saint Laurent

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Depuis 15 ans, tant lors de mes conférences que dans mes ateliers, la question des mannequins trop minces ressurgit. Cette situation, bien que réelle, occupe souvent beaucoup de place dans mes communications et fait ombrage à d’autres sujets que je propose. Pour certaines participantes à mes ateliers, elle devient la cause première de toutes leurs frustrations ce qui m’empêche d’explorer d’autres sources reliées aux malaises corporels et vestimentaires.

Par solidarité aux créateurs de mode, j’ai longtemps voulu expliquer le cirque des défilés de mode en affirmant que ce n’était que du show, un outil de promotion au même titre que le salon de l’auto ou de l’habitation. Une tendance vestimentaire, comme un texte, doit parfois être extravagante, presque caricaturale pour qu’on en retienne l’essence.

Mais voilà qu’on rajoute du sel dans la plaie. Le défilé de la maison de couture Saint Laurent offert par Hedi Slimane pour la Fashion Week à Paris dernièrement m’a consterné. Aujourd’hui, je ne défends plus l’indéfendable. Je n’entends plus à rire, ni à justifier ces photos de mannequins démesurément maigres.

Ce phénomène des filles sous-alimentées est un cauchemar récurrent. Il arrive et repart par vagues. Alors que je croyais la partie, non pas gagnée, mais en nette progression dans les médias, le retour d’une maigreur très affichée lors de cet événement hautement médiatisé nous ramène des années en arrière. Alors que tant de gens déploient de l’énergie pour promouvoir la diversité corporelle, ces zombies réapparaissent et nous frappent en bas de la ceinture.

Le débat n’est pas récent; il a écorché au passage des boucs émissaires qu’on cherchait à culpabiliser. Qu’il suffise de penser à cette ancienne propriétaire d’agence de mannequins à Montréal, recyclée en prof de yoga, qui reprend cette infamie entendue en France : « Les créateurs de mode privilégient les mannequins minces parce qu’ils leur rappellent les corps des jeunes hommes. » Ou cette autre qui en rajoute : « Les designers sont des gais qui n’aiment pas les femmes. » Soyons rassurés, nos créateurs d’ici n’ont pas le contrôle de l’industrie ni cet esprit tordu.

Mais que se passe-t-il donc avec la place des femmes dans la société ces derniers temps? Marcel Aubut du Comité olympique canadien qui admet que le taponnage des popotins est d’une autre époque, des femmes qui craignent de s’associer au féminisme pour des raisons similaires… Pourquoi insinuer « une autre époque »? J’ai l’impression en ce moment qu’on est plutôt à cette époque pas si lointaine, celle où on parlait du chemin à parcourir pour la libération des femmes, où on dénonçait les modèles dégradants pour les représenter.

Certains diront que j’exagère et que la situation s’est améliorée, que c’est « moins pire » qu’avant. J’entends le même discours pour ce qui est de l’acceptation des gais par la société. Belle façon de neutraliser le débat, de l’étouffer, comme on sait si bien le faire ici. En parler ne veut pas dire le régler. Peut-être est-ce ma propre marginalité qui me fait tant sursauter?

Quand un animal est décharné à ce point, tels les mannequins du défilé de Saint Laurent, on porte plainte à la Société de la protection des animaux, mieux encore, on le signale à la police plutôt que de le glorifier en première page des magazines de mode, ces bibles du bon goût.

Alors qu’on recherche des modèles positifs pour les jeunes filles, qu’on parle d’égalité homme femme, qu’on s’efforce de redonner confiance et espoir aux femmes qui ont un rapport trouble avec le vêtement, l’alimentation, la beauté, on tire à des milliers d’exemplaires des photos de femme-enfant, femme-pitoune, femme soumise, femme-agace, la folle du shopping, l’obsédée du ménage, la chialeuse qui se plaint de la situation de la femme. Misère!

Aujourd’hui j’ai un goût amer même si la chasse aux sorcières n’est plus ma tasse de thé. Je m’intéresse davantage aux dommages collatéraux de ces images qui empoisonnent la société. Ils sont insidieux et s’infiltrent à nouveau dans nos retranchements. Une fois de plus, le contact avec le consommateur se brouille. On rame à contre sens. L’image corporelle est un château de cartes.

Comment pourrais-je reprocher aux femmes qui assistent à mes conférences de ne pas soulever ce malaise alors qu’il m’affecte autant qu’elles? Il faut redoubler de vigilance, ne pas baisser les bras ni abandonner et surtout ne pas tomber dans le piège que le vêtement n’est que le prolongement de cette image négative de la femme.

La mode, le glamour et le marketing ont éloigné le vêtement de son sens véritable. La mode fait du show, le vêtement fait du sens. Le vêtement est un outil d’émancipation, d’éveil et de révélation de soi alors que la mode, dans sa structure commerciale, peut être source d’aliénation.
La mise en marché de la mode est un cirque médiatique basé sur des principes de vente et de marketing. Vendre un corps ou vendre un char repose sur les mêmes stratégies : acquérir ce bien symbolisant un idéal pour atteindre la réussite et m’accomplir.

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Le vêtement trompe-l’oeil

Luc Breton_105

Depuis quelques semaines je suis interpellé par deux thématiques très populaires dans les médias et les réseaux sociaux : la maladie mentale et le défi 28 jours (28 jours sans boire d’alcool). Ces deux thèmes me visent directement. Je me réjouis qu’enfin on puisse publiquement évoquer nos parties d’ombre sans soulever tout un tollé.

Dédouané de mes dépendances et réhabilité en 1984, il m’est apparu évident que les vêtements ont un pouvoir immense dans le jeu des apparences et dans cette notion de l’être et du paraître. Déjà sensibilisé à cette époque à la socio-psychologie du vêtement il relevait du simple bon sens et de la logique que je m’intéresse à ce phénomène social. Le vêtement trompe-l’œil qui laisse croire au mirage m’a permis de berner mon entourage sur mon état de vie d’alors. Qui souffre le plus, l’intérieur ou l’extérieur?

De 19 à 33 ans, j’accumule les jobs, mais les échecs sont cuisants et proportionnels à mes ambitions. Rien ne me satisfait. Ma vie affective est un désastre, une peine d’amour terriblement souffrante me mène à la dépression.

Découragé et persuadé que je n’aboutirais jamais à rien de bon, je consomme drogue et alcool pour taire cette voix intérieure qui me rabâche le refrain triste de ma condition et qui résonne comme un marteau piqueur dans ma tête. Convaincu d’être un homme peu sympathique, un personnage dessiné aux traits gras, sans aucun pouvoir de séduction, je végète dans les bars! La tristesse m’habite à temps plein, l’abattement aussi. La dépendance aux substances me rapproche de l’animal en quête de survie.Je me réfugie dans ma langueur. Ce mal de vivre et cette souffrance intérieure sont difficilement perceptibles tellement mon port de tête et mon style affichent une personnalité sûre d’elle et déterminée. Ma prestance et ma classe éliminent tout soupçon sur mes états d’âme. Souffrir en silence, mais en beauté. Le vêtement travestit non seulement mon alcoolisme et ma toxicomanie, mais aussi mon anxiété chronique. Il camoufle ma fragilité. Je peux sembler prétentieux quand j’évoque mon port de tête, ma classe ou mon élégance, mais mon intention est de démontrer le rôle du vêtement dans notre histoire personnelle, dans nos habitudes et dans nos comportements et non de faire étalage de mon sens esthétique ou encore de laisser croire en mes moyens financiers.

Lors de mes conférences et ateliers, il arrive parfois que quelqu’un s’insurge contre mon discours et riposte sèchement à mes arguments. Beaucoup de gens croient encore qu’une tenue vestimentaire adéquate est synonyme de vêtements griffés ou de grandes marques ce qui crée des frustrations et alimente le préjugé que la mode est accessible à un groupe restreint de citoyens.

J’avais une personnalité réversible contrairement à mes vêtements. Est-ce la raison pour laquelle les gens m’accordaient leur confiance et souscrivaient à mes projets, sans se douter de tout ce mal qui me rongeait? Je mentais inconsciemment aux autres, mais aussi à moi-même. Qui ment le plus, la raison ou l’émotion?

« C’est pour cela que vous êtes artiste. Vous avez trouvé par le chant, par l’art, par l’apparence, la posture, le moyen de vous faire accepter. » Boris Cyrulnik

Si fier de moi et heureux d’annoncer ma décision d’arrêter de consommer, les réactions ont été mitigées à mon grand étonnement quand j’ai partagé la nouvelle de ma sobriété à mon entourage. La plupart des gens se disaient surpris d’entendre les mots «alcoolique et toxicomane» venant de ma part, moi si confiant, fonceur, déterminé et bien stylé. Certains amis croyaient même qu’il s’agissait d’une boutade pour me donner de l’importance et que cette crise d’identité passerait. Je confondais «fêtard» et «ivrogne» selon certains. Un alcoolique n’est-il pas quelqu’un qui mendie, édenté, qui erre dans les parcs et qui porte des haillons?

La sobriété ne m’a pas épargné des mauvaises décisions d’affaires, des conflits familiaux, des deuils, ni de la maladie, mais elle m’a enseigné qu’inévitablement le soleil fait place à l’orage. J’ai retrouvé graduellement confiance en mes moyens et mon abstinence a été ma bougie d’allumage vers des jours nettement plus prometteurs.

On est loin de la coupe aux lèvres et la partie n’est pas gagnée concernant les maladies de l’âme, je sais, et la simple expression «maladie mentale» effraie encore un bon bassin de la population et les préjugés sont tenaces. C’est comme les punaises de lit, c’est malheureux pour ceux qui en hébergent, mais il demeure toujours un doute sur la propreté de leur maison. On tire vite des conclusions, occupés que nous soyons à juger, le cerveau lessivé par la désinformation.

Révéler ses secrets, même à l’âge adulte, est un risque à prendre. On ne parle pas de ces choses-là. Puisque je «porte» bien la boisson et que cela ne paraît pas, le déshonneur est moindre pour mon entourage au même titre que mon homosexualité d’ailleurs. Les familles tolèrent plus facilement les modes de vie des membres récalcitrants de leur communauté tant et aussi longtemps qu’ils ne sont pas révélés au grand jour et ne voient souvent dans leurs comportements que faiblesse et manque de volonté. L’ignorance est un poison. La perception donne le ton à l’évaluation que nous faisons des gens et des circonstances. Elle est un élément important à considérer dans la dynamique d’une lecture vestimentaire.

Être fier de soi, de ses réalisations, est crucial pour un rétablissement. Le manque de confiance en soi anéantit notre potentiel créatif et nous maintient dans une zone d’insatisfaction. Une fois de plus, le vêtement a participé à mon histoire. «Le vêtement est narratif, il raconte quelque chose» Anonyme

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Mon cher petit Jean Airoldi

Photo de Luc Breton, ACV.

On se connaît depuis longtemps, je t’ai déjà enseigné à Sherbrooke, nous sommes de la même région et tous les deux nous sommes de vaillants Capricornes, toi du premier décan, moi du dernier. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises dans ce petit univers québécois de la mode, avons partagé l’antenne à la radio et fréquenté les mêmes événements.

Je sais à quel point tu as travaillé avec acharnement sans jamais baisser les bras. Je salue ta résilience après tous ces commentaires mesquins sur ta personne ou sur tes performances. Avec le temps tu as gagné ton pari et on t’accueille sur toutes les tribunes, même Radio-Canada t’invite à ses émissions de variétés, c’est peu dire.

Ton sourire contagieux fait de toi une personne charmante et jamais en ta présence on se sent juger. Jamais tu ne déblatères contre les autres ni ne passes de commentaires désobligeants. Tu es le gendre parfait que tant de mères souhaiteraient avoir. Un homme élégant, avec de la classe et du goût et de surcroît qui n’est pas gay. Une pièce rare qui vaut un pesant d’or pour les mamans.

Mais, puisqu’il y a souvent un mais, tu n’as pas de vocabulaire. Tu surutilises le mot «petit» à outrance. Je sais, dans la culture québécoise, le terme petit a une connotation affective, c’est charmant. Mais l’utiliser jusqu’à 10 fois dans une même chronique dépasse l’entendement. Nous ne sommes pas un petit peuple avec de petites ambitions dans un petit pays. Petite robe, petite chaussure, petit collier, petite boucle, petit budget, je sais aussi.

Tu vois mon cher petit Jean, les auditeurs et les clients aiment entendre de nouveaux mots, de nouvelles expressions. Cela fait partie de l’expérience de se vêtir. Par exemple : asseoir des lunettes sur son nez, enfiler un bracelet, crinière de jais, poche poitrine, look suranné, look affiné, mortier, mantille, liquette, un style abouti, jeans avachis…

Aussi, l’utilisation d’un vocabulaire adéquat donnerait à la mode une chance d’atteindre ses lettres de noblesse et ne pourrait qu’ajouter en crédibilité à cette industrie qui encore aujourd’hui est bombardée de préjugés. Selon les ayatollahs de la «première impression» le langage, donc les mots, font partie de ce tout qui caractérise un individu. Habiller son corps et habiller son langage.

Je te propose mon cher petit Jean de te coacher, comme ça, pour le plaisir des mots et des auditeurs. En attendant, «slack» un peu sur les diminutifs.

J’attends ton appel.

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«Alors que suis-je si je ne suis pas vieux?»

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L’âge traumatise certaines personnes à la trentaine, d’autres à la cinquantaine alors que moi, c’est maintenant. J’aurai 65 ans dans quelques jours. Il n’y a pas d’âge pour s’arrêter, se questionner, se réaligner. Je fais le point à la mi-soixantaine. C’est beaucoup d’années 65, six décennies. On se lève un matin et vlan, c’est fait, on est là dans la soixantaine. Jeune soixantaine ou pas, who cares! Est-ce que continuer c’est s’accrocher? Est-ce qu’arrêter c’est abdiquer? Est-ce qu’en parler c’est radoter? Est-ce que je suis vieux? Je ne sais pas. Est-ce que je me sens vieux? Absolument pas. À quoi ai-je occupé toutes ces années?

L’âge est-il un concept ou une réalité? Un autre produit du marketing? Un statut social, un avis d’éviction pour faire place à « la relève »? Une assignation à résidence? Y a-t-il une différence entre vieillir et prendre de l’âge, avancer en âge et ressentir son âge?

Pour moi, ressentir mon âge est d’ordre physique. Les courbatures matinales, les genoux plus fragiles et moins dociles à mes exigences, des épuisements plus fréquents qui m’obligent à la sieste de l’après-midi, un peu de rhumatisme par-ci, un peu d’arthrite par-là, héritage familial. Des malaises physiques qui se présentent comme des invités qui sonnent à la porte, qui partent et qui reviennent sans invitation. Je me suis inquiété quelque temps pour mes pertes de mémoire craignant des symptômes d’Alzheimer puisque ma mère et ma marraine en sont décédées. Il ne s’agissait que d’oublis temporaires qui me faisaient échapper le nom d’une personne, le titre d’un film, la date d’un évènement. Quoi de plus amusant qu’essayer de deviner ce que les amis de mon âge, faute de trouver les mots justes, tentent de nous transmettre en gesticulant, en mimant une situation, en utilisant des onomatopées, des hyperboles, des grimaces? La charade quoi. Tant de choses à faire, à dire, à se remémorer, à ne pas oublier. Vive les autocollants sur le frigo.

L’expression « avancer en âge » résonne comme un poème et a une connotation de sagesse, de maturité. « Prendre de l’âge », quant à elle, symbolise la transmission du savoir, être le passeur de sa passion, de son expertise. Mais « vieillir » annonce le début de la fin. Qui souhaite être vieux? Encore moins faire vieux, avoir l’air vieux, faire son âge. Un grand-parent âgé c’est charmant, attendrissant, sinon qu’est-ce qu’on fait avec des vieux? Interdiction de voter après 70 ans, défense de conduire après 75 et quoi d’autre? Coupable de vieillesse.

Vieillir, un défaut? Une défaite? On a beau décrier que la vie suit son cours et que vieillir est naturel, telle n’est pas la réalité dans la société actuelle. On se doit de combattre le vieillissement comme on le fait avec la maladie. Avoir le courage de rester jeune. À 30 ou 40 ans, ces discours ne nous touchent pas; c’est trop loin, irréel, on ne vieillira pas, croit-on. Les seuls échos qui retentissent au sujet de l’âge avancé concernent la retraite. Aucune autre indication. Déjà, à la fin de la quarantaine, les gens nous questionnent sur le quand et le comment de notre retraite. En finir pour mieux vieillir.

Alors que suis-je si je ne suis pas vieux? Un vétéran? Un monsieur stylé d’un certain âge? Un mononcle coquet? Se définir, voilà toute la question et à tout âge. Mais se redéfinir implique de revoir les éléments de notre vie : la séduction, la coquetterie, l’amitié, la sexualité, la beauté, l’amour, le couple, le célibat, l’apparence, l’avenir. Ces aspects de notre vie ne s’éteignent pas avec l’âge mais se manifestent autrement. Je pense à cette jeune vendeuse dans un magasin à Sherbrooke qui m’a innocemment demandé « Qui cherchez-vous? » comme si je m’étais égaré et que je ne retrouvais plus mon chemin, tel le petit Poucet. Elle aurait dû m’aborder en s’informant de « ce que je cherchais », me traiter comme un client potentiel et m’offrir son aide. Ego blessé ou consommateur frustré? Se sentir exclu diminue l’importance que ressent un individu dans la société et lui donne l’impression qu’il est hors-jeu, marginalisé. Être ignoré est un sentiment profondément désagréable qui ramène à la surface les différents rejets vécus tout au long de notre histoire.

L’âgisme est un processus par lequel des personnes sont stéréotypées et discriminées en raison de leur âge et qui s’apparente à celui du racisme et du sexisme. (Dr Robert Butler, 1975) L’Association québécoise de gérontologie.

Mais « prendre de l’âge » a ceci de bien : une béatitude devant la vie, moins de barrières, de fausses gênes, de filtres, de pudeur, plus d’exhibition et de propos directs. Je m’identifie parfois à ces personnages de l’émission « Les détestables » et je crains bien sincèrement suivre leurs traces. En attendant, je me sauve en Amérique centrale célébrer cette nouvelle étape de ma vie et partager mon vécu avec les autres espèces menacées ou en voie de disparition.

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Qui se cache derrière le miroir?

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La fascination pour le reflet de sa personne remonte aux débuts de l’humanité. Narcisse s’est noyé, épuisé qu’il était à trop regarder son image dans l’eau. Les conquérants français ont établi les bases du commerce avec les Autochtones en échangeant de la fourrure contre des morceaux de miroir. Ces objets brillants leur permettaient alors de mettre en image leurs corps, leurs costumes et la gestuelle de leurs rituels.

Combien de fois tout au long de notre vie nous arrêterons-nous devant un miroir ou un objet reflétant? Des milliers de fois sûrement. Se regarder pour s’assurer que rien de notre allure, telle qu’organisée le matin avant de quitter la maison, n’a bougé. S’épier dans la glace pour télescoper le moindre détail, un cheveu blanc, une peau morte sur l’épaule, un sourcil mal aligné; « Objects in mirror are closer than they appear » peut-on lire sur les rétroviseurs de nos voitures. Et cette cérémonie du rouge à lèvres appliqué avec précision telle une œuvre de maître. Ces manies peuvent se muer en obsessions tout comme l’habitude de se peser et de vérifier plusieurs fois par jour si le pèse-personne n’est pas défectueux. Notre visage, comme la ville de Montréal, est un chantier; maladivement nous pouvons en refaire la façade, améliorer les infrastructures et en modifier éperdument la géographie.

Ce geste, ou plutôt ce tic, alimente malheureusement son lot d’inquiétudes. Lors de mon atelier, à la question « que voyez-vous dans le miroir? », Madame S., une participante, m’a répondu ceci : « J’veux rien savoir d’aller voir les baleines à Tadoussac. J’en vois une à tous les matins devant mon miroir ». Hélène, elle, ressemble tellement à sa mère décédée il y a 12 ans, qu’elle se surprend à demander à cette apparition qui surgit dans la glace : « Qu’est-ce que tu fais là toi? ». Renaud, quant à lui, est hypnotisé par ses beaux yeux bleus piscine ourlés de noir. Il n’est aucunement affecté par les taches qui tavellent son visage ni par ses longs poils, épais comme du fil à coudre numéro 10, qui jaillissent comme un feu d’artifice de ses oreilles.

De ces trois personnes qui se regardent, se jugent et se voient, Hélène voit la similitude de son visage avec celui de sa mère, Renaud est envoûté par ses yeux alors que Madame S. entretient une image erronée d’elle-même. Voilà bien le danger de trop s’examiner. « L’identité se nourrit de la fréquentation régulière de son visage dans le miroir. Nous ne connaissons de notre apparence que des reflets fugaces. Pourquoi un tel aveuglement? Notre perception de nous-mêmes ne peut qu’être fausse, déformée par nos émotions, nos souvenirs d’enfance et le regard des autres. Cet hiatus inévitable, entre notre être de chair et d’os et l’image que nous avons, nous fait parfois souffrir. Nous ne voyons souvent que nos défauts, nous nous imposons des tares ». Laurence Lemoine, « La photo qui m’a révélée », Psychologies Magazine.

Imaginez un instant qu’au centre de ce miroir se trouve un judas, ce petit œil dans la porte d’entrée de la maison qui nous permet de lorgner à l’extérieur. Qui attend derrière la porte? Ouvrir ou feindre d’être absent? Qui se cache derrière le miroir? Notre histoire présente et passée? Qui sont ces fantômes derrière la glace qui faussent notre regard ou ces personnages qui s’invitent dans notre miroir? D’où proviennent ces bruits de fond dans nos pensées, ce vacarme qui nous empêche de nous concentrer sur nos atouts, qui nourrit l’image négative que nous avons de nous-mêmes et qui ressasse nos sentiments de colère, de joie, de honte, de gêne, nos bons coups comme les moins heureux.

Le miroir et la loterie ont ceci en commun : certains jours sont plus heureux que d’autres, mais l’espoir que le gros lot apportera le bonheur est illusoire. Qu’on se regarde 100 fois dans la glace ou qu’on actionne 200 fois la machine à sous, il y a peu de chance qu’un changement se produise. N’apparaîtront jamais dans le miroir ni Angélina Jolie ni Brad. Le miroir nous renvoie notre intériorité exprimée en traits faciaux hydratés de crème anti-rires ou notre sérénité logée dans nos yeux heureux. Notre regard est traversé par toute la gamme des émotions et des sentiments. Semblerait que tous les muscles de notre visage participent à transmettre nos états d’esprit.

Comment réagiraient nos parents, nos enfants, nos amis, nos collègues de travail si un micro était intégré à notre miroir et leur transmettait ces phrases assassines que nous nous adressons via le judas de la porte? Persona non grata (personne qui n’est pas la bienvenue) semble crier le miroir. Gardons-nous secret ces malaises physiques qui nous hantent, les associons-nous à une forme de défaite voire d’échec, d’injustice? Ces dévalorisations devant le miroir laissent-elles supposer d’autres insatisfactions dans notre vie? N’est-ce que la pointe de l’iceberg?
«Souriez», commandera le photographe aux invités de la noce; «Cheese», lancera votre ami pour la captation d’un ego-portrait; «Sexe», marmonnera un fêtard à l’haleine avinée pour créer une ambiance à la photo. Autrement dit, forcez-vous et ayez l’air heureux, c’est dans l’air du temps tout comme la performance, le look gagnant et la musculation. Namaste!

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Se réfugier chez soi

Guerre-4

Le 13 septembre 1973, à l’âge de 22 ans, accompagné de ma sœur cadette, je quitte le Québec pour l’Europe. Notre plan de match, se rendre en Inde. Nous traversons la France et l’Italie en faisant de l’auto-stop et nous rencontrons un groupe de Québécois à Ios, en Grèce, avec qui nous décidons de poursuivre la route. Nous traversons la Turquie en bus jusqu’à Ankara d’où nous sautons dans un train jusqu’à la frontière du Kurdistan.

À cette frontière, le climat est tendu, très tendu et l’attitude des douaniers fortement armés est peu rassurante. Le groupe se scinde alors en deux, question de faciliter notre entrée en Irak. D’abord Mossoul où une famille nous héberge et nous initie au rituel des repas puis Bagdad où la ville est envahie de chars d’assauts. Des soldats célèbrent une victoire. La rumeur qu’un avion de chasse israélien a été abattu se répand. Ce jour-là Bagdad ne ressemble nullement au conte des «Mille et une nuits». En pleine guerre du Yom Kippour, nous quittons la capitale en direction de Damas en Syrie. L’autobus scolaire dans lequel nous voyageons est rempli de bidons d’essence sur lesquels les hommes se reposent les jambes tout en grillant cigarettes après cigarettes.
En plein désert de Syrie, un bri mécanique force l’autobus à s’immobiliser. Les passagers descendent et prient en attendant du renfort. Notre groupe se divise à nouveau et ma sœur et moi continuons notre route vers Damas dans un camion lourd, elle assise en avant avec le chauffeur, moi sur le toit. Le camionneur doit nous déposer à la sortie du désert. De là, entassés dans une boîte de camion avec des dissidents Syriens, nous atteignons la frontière de la Syrie en pleine nuit. Des militaires armés jusqu’aux dents, juchés dans de grandes tours, cherchent à retracer à l’aide de puissants fuseaux lumineux les gens qui tentent d’éviter la frontière. Certains de ceux-là sont cachés parmi nous dans cette boîte de camion qui peut être visé à tout moment. Ce scénario est à glacer le sang. Les douaniers, intimidants, nous examinent à la lampe de poche, suspicieux et lèvent finalement la barrière de la guérite. Nos compagnons de fortune chantent et sifflent de joie dans cette nuit froide de novembre. Je protège ma sœur de l’enthousiasme de certains hommes à qui cette chance de passer en Syrie à donner des ailes et le droit de mépriser les femmes.
Nous voilà à quelques kilomètres de Damas. Une ville sans lumière pour diminuer les chances d’attaque des avions israéliens. Nous descendons de notre transport, frigorifiés et affamés. Depuis quelques jours notre alimentation se limite à des dattes vertes, pas mûres, que nous avons glanées ça et là. Dans cette noirceur, les bruits s’entremêlent, des conversations, des camions, des cris. Des chandelles faibles qui créent des atmosphères tamisées laissent entrevoir des silhouettes dans les maisons. Ma sœur se cogne contre un tank camouflé dans un parc. Nous cherchons un abri, un hôtel, une cabane afin de reprendre nos esprits. Je trébuche et tombe avec force dans une tranchée décorée de barbelés. Mon énorme sac à dos accélère ma chute et se vide partiellement de son contenu.
Au lever du jour, dans toute la ville, les chants du Coran sont amplifiés par des haut-parleurs et nous réveillent. Nord-américains, jeunes, innocents, nous ne pouvons deviner s’il s’agit d’une alerte au bombardement ou d’un message important transmis aux habitants de la ville.
Le lendemain, la vie reprend à Damas comme si de rien n’était. Des travailleurs pressent le pas, des chars d’assaut camouflés par de la fausse végétation sont postés aux coins des rues, des soldats font le pied de grue, les mains solidement liés à leur mitraillette, les marchands attendent les clients.
Nous quittons le plus rapidement possible cette ville pour nous diriger vers Beyrouth d’où nous pourrons réévaluer notre projet d’atteindre l’Inde dans un climat plus paisible. Mais voilà que le Liban a coupé les ponts avec l’Europe. En 1973, pas de téléphone intelligent ni d’Internet nous permettent d’entrer en communication avec la famille et les amis pour s’enquérir de la situation du Liban. Aucun bateau ne traversera la Méditerranée pour nous ramener en France et les vols vers Paris se font rares. C’est la consternation, le découragement. Assis dans le sable devant la mer, nous comprenons que les solutions de rechange sont inexistantes. Quelques jours passent et nous décidons finalement de prendre un avion américain qui nous transportera vers Paris. Le même avion, une semaine plus tard précisément, sera détourné.
MORALE DE CETTE HISTOIRE
Nous étions privilégies et pouvions revenir à tout moment. Notre cauchemar n’a duré que deux mois et nous savions pertinemment qu’à notre retour nous reprendrions nos habitudes de vie, au chaud, loin des menaces. Notre sympathie va à tous ces réfugiés qui ne jouissent pas d’une telle option.
Pensez à tous ces migrants qui ont peur, qui sont affamés et assoiffés, sales, épuisés, qui espèrent jour après jour que quelqu’un entendra leurs pleurs. Tous ces gens qui ont quitté leur maison, leurs biens et qui marchent et marchent et marchent encore et qui se voient rejetés, refusés, méprisés. Jusqu’à quel point peut-on avilir un être humain?
Peut-on être insensible à autant de douleur et de tristesse? Comment la peur de l’autre pousse-t-elle des gens à proposer une pétition contre l’accueil de réfugiés? Cette peur réussit à dénaturer certains humains et les pousse vers des comportements qu’ils considéreront honteux éventuellement.
Comment le sentiment d’insécurité de ces gens désemparés peut-il être ignoré? Comment peut-on fermer les yeux et nos portes à ceux qui ne demandent que la paix?


La face cachée des habitudes vestimentaires

Chez moi, le daltonisme est une affaire de famille. Mon frère, mes oncles et quelques cousins souffrent de cette déviance dans la perception des couleurs. Toute mon enfance, j’ai jonglé avec cette particularité en bricolant et coloriant avec ma sœur sans que personne ne s’immisce dans mes créations et m’ostracise pour si peu.

Mais à l’école primaire, en deuxième année, Sœur Sainte-Jeanne-d’Arc (patronne des pyromanes me disais-je) interpréta le phénomène autrement. Elle prenait un malin plaisir à faire circuler mes œuvres dans la classe tout en me réprimandant sur mes mauvais choix de couleurs. Interloqué, je me souviens de ma respiration précipitée devant ce geste. Emportée par son prosélytisme, elle me relégua au clan des cancres avec les gauchers, les bègues et autres insoumis. Pédagogie d’un autre temps. Chaque semaine, la dernière journée de classe consacrée au dessin se terminait dans un climat de honte pour l’enfant que j’étais. Pendant de nombreuses années, le mal de ventre a couronné mes vendredis après-midi. Souvenirs imprégnés dans le corps. Mémoire émotive.

Marquée du sceau de la différence et de la marginalité, ma palette s’est longtemps limitée aux variantes de blanc, de noir et de gris, question d’éviter les faux pas et les regards désapprobateurs. Travaillant dans le milieu du vêtement et de la mode, j’ai gardé secret ce handicap pour ne pas nuire à mon avancement professionnel et éviter ainsi un nouveau stigmate risquant de me précipiter comme une épave au Centre d’emploi. J’ai donc développé un sixième sens pour les couleurs en affinant une méthode qui me permet de les identifier, une stratégie d’élimination par catégories de teintes. Les daltoniens ne sont pas privés de couleurs, ils les perçoivent autrement.
Puis, le sentiment d’être un imposteur s’est installé, la peur d’être démasqué, l’impression d’être un tricheur. Mon sens esthétique a-t-il suffi à combler cette lacune? Peut-être étais-je guidé par la vibration des teintes et des couleurs, leur intensité.

Au début de la soixantaine, le bleu a étrangement repris sa place dans mon placard. J’avais banni cette couleur suite à une note de la Mère supérieure de l’école avisant mes parents que j’étais habillé « trop propre » pour les autres élèves. Cette fois-là, je portais un tricot bleu poudre, couleur réservée essentiellement aux fillettes selon elle. J’avais huit ans et cette couleur, le bleu, m’inspirait sans toutefois comprendre sa valeur symbolique. Dans mon petit bled coincé dans les montagnes des Cantons-de-l’Est, une simple question de couleur, de style ou de coquetterie suffisait à vous « tapettiser » ou du moins à vous marginaliser pour le restant de vos jours!

Les phobies vestimentaires
Voilà comment les phobies vestimentaires prennent racine. Nous détestons ou refusons de revêtir tel style de vêtements, telle couleur, tel détail parce qu’ils symbolisent ou font référence à de mauvaises expériences. Nous réagissons à ce qu’on nous a enseigné et à ce que nous avons subi. Muselés trop longtemps, étouffés par les prescriptions, victimes d’opprobre, nos réactions aux interdits imposés se lisent dans notre signature vestimentaire actuelle.

En associant ainsi des catégories de vêtements à des expériences vécues, nous risquons d’éliminer à tort des styles vestimentaires qui nous mettraient en lumière. Les effets et les sensations d’un vêtement évoluent à travers les étapes de nos vies. Mais voilà que trop souvent nous figeons dans le temps une image négative d’un élément vestimentaire auquel nous associons une forme de danger et qui mine notre assurance.

C’est ainsi que certaines personnes refusent de porter du rouge parce que cette couleur dans leur folklore familial est associée à une forme de décadence; d’autres ont éliminé le rose de leur placard symbole de l’instrumentalisation de la femme. Une participante à mon atelier avait en horreur les gros boutons sur une robe, en référence au costume obligatoire de son école. Une autre prétextait qu’après 50 ans, une femme devait se couvrir les genoux. Monsieur X refusait de porter un jean, aussi propre et bien coupé fut-il, car cette pièce est portée par tout le monde, sans âme et sans identité personnelle.
Faut-il alors s’étonner de constater que bon nombre de personnes éprouvent des difficultés avec les vêtements, ont un rapport amour-haine : « Je ne trouve rien pour m’habiller »; « Je ne sais pas ce qui me convient »; « La mode est faite pour les jeunes »; « L’habillement, je m’en fous complètement » et autres litanies ou dénis.

Et à bien y penser, nous n’avons jamais reçu de véritable éducation vestimentaire, que ce soit à la maison ou à l’école, si ce n’est qu’il fallait nous conformer à des codes vestimentaires ou éviter certains interdits. Et malgré cela, nous avons adopté des habitudes vestimentaires, sans trop savoir d’où elles viennent, même certaines dont nous aimerions nous débarrasser.

Les hauts et les bas du daltonisme
Le daltonisme peut parfois créer des situations embarrassantes. Par exemple, dans notre environnement, beaucoup d’informations nous sont livrées sous forme graphique appuyée par des couleurs : bulletins de météo, conditions des routes, cartes des transports publics, etc. Certains gestes du quotidien m’embêtent parfois. Comment être certain de la bonne couleur des câbles de surcharge pour une voiture qui ne démarre pas l’hiver? Comment distribuer les bons médicaments à mes parents souffrant d’Alzheimer?

Je ressens aussi mon daltonisme dans des situations particulières, en voyage par exemple. Les exclamations de mes amis devant un coucher de soleil rosé ou encore l’eau émeraude des mers résonnent comme un spectacle dans ma tête. Un spectacle où j’aurais choisi un siège dans une section mal configurée, me privant de jouir pleinement de l’évènement.

Pour certains hommes, le daltonisme est un faux-fuyant. Ils utilisent ce prétexte pour se libérer de la pression du magasinage et de la sélection de leurs vêtements, reléguant cette responsabilité à leur conjointe. Plusieurs d’entre elles s’accommodent de cette situation, préférant prendre en charge l’image du mari.

Quant à moi, je me suis remis dernièrement à la peinture et au dessin. J’expérimente la couleur en toute liberté tant dans mes croquis que dans ma penderie.

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Mode: La guerre des trucs

Certains films, à l’instar des tendances de la mode, refont surface, adaptés au goût du jour. Le « remake » en 3D de La guerre des tuques en est un bel exemple. Réalisée en 1984 par André Melançon, cette production rejoint aujourd’hui un nouveau public et quelques nostalgiques de l’interprétation originale, 31 ans plus tard. L’essence du film est préservée malgré cette version améliorée.

Nos tenues vestimentaires sont-elles aussi un « remake », version plus moderne et actuelle de nos habitudes en matière d’habillement? Avons-nous tendance à répéter le même scénario faisant fi de notre âge, de notre morphologie et de nos occupations sociales et professionnelles? Notre pattern est-il de perpétuer un style de coiffure, une couleur, une forme de lunettes, un kit tellement exploité qu’il est devenu notre marque de commerce, notre étiquette? Par exemple, ces femmes qui portent, bon gré mal gré, une écharpe au cou. Artifice décliné dans différentes couleurs et étoffes, parfois sobres, souvent trop « ethnique » et qui accessoirise leur pull, leur chemisier, leur veston. Parlez-en à Pauline Marois. Et que dire de ces hommes à la chemise bleue, bleu pâle, bleu marin, bleu délavé, bleu indigo ou encore à la cravate trop large à motifs douteux, suspendue à un nœud pré-fait et démesurément bombé, en huit copies.

Se cantonner dans un style vestimentaire est une pratique insidieuse qui peut entraîner une résistance aux changements, laissant sous-entendre que la nouveauté nous effraie, que le passé est préférable au présent. Ce comportement, généralisé à divers domaines de notre vie, peut engendrer « la pensée en kit », pour paraphraser Marie-France Bazzo. « L’habitude commence comme un fil de soie et devient vite un câble d’acier » – anonyme.

À l’opposé, on retrouve un autre groupe de consommateurs pour qui le changement est synonyme d’avancement. Des gens qui s’enivrent aux conseils des grands de la cuisine, des coachs de vie, des relookeurs, des icônes de la décoration, des spécialistes en comportement canin et gourous de toutes sortes. S’agit-il de gens estropiés, de grands blessés de l’apparence, des concepts marketing, apeurés à l’idée de se tromper et de ne pas être à la hauteur? « M’aimera-t-on davantage si je suis «ze best»? Pas de chance à prendre. »

Au champ droit, cette pression sociale ambiante où le contrôle de son corps, de son image et de son alimentation est nettement obsessif et où souscrire aux idéaux de beauté, de succès, de réussite et de performance est un puit sans fond. Au champ gauche, cette idéologie du « Je me choisis ». Puisque toute chose attire son contraire, faut-il se surprendre de la poussée des écoles de yoga, des centres de méditation et de la grande variété de formations axées sur la quête du bien-être qui, par effet de balancier, tentent d’apporter un équilibre dans la société. Ce mouvement vers soi propose aux gens d’arrêter de s’éloigner de qui ils sont, de se désincarner.

Mais la réalité est tout autre. Matraqués par les avis des pros et les commentaires de certains idiots sur les réseaux sociaux, quelle place occupent nos choix personnels? Nous éloignons-nous de notre nature profonde? Comment se positionner entre « has been » et « would be », caduc et résolument moderne, haute en couleurs et out en couleurs? À consulter tout un chacun, on oublie de se fier à soi et il devient difficile de valider nos choix sans gangrener notre estime ou notre confiance.

Cela démontre bien à quel point se vêtir n’est pas un geste banal et que le regard de l’autre peut créer de l’insécurité. Étrange que nous devions nous habiller tous les jours de notre vie et que si peu d’informations concernant notre rapport au vêtement soient disponibles. Cette connaissance succincte de nos comportements vestimentaires ne peut qu’alimenter le doute sur notre signature et identité vestimentaires et explique pourquoi il est « naturel » de se méjuger sur son style. Où commence la quête et où s’arrête l’insatisfaction?

Les hommes et les femmes ont-ils la même dynamique face à ce phénomène des habitudes reliées au vêtement? Si on établit un lien entre vestimentaire et culinaire, cet article nous offre une partie de la réponse : « La majorité des hommes (54 %) jugent « facile » d’améliorer leurs habitudes alimentaires, contre 45 % des femmes. Plus précisément, 13 % des messieurs estiment que c’est « très facile », contre 8 % des dames. Les hommes sont plus tournés vers le plaisir et les femmes, vers le « Mange ce que dois » – Marie Allard, La Presse +, dimanche 22 novembre 2015.

« La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal » peut-on entendre dans le film « La guerre des tuques ». J’ajouterais que « Les trucs, les trucs, c’est bon pour le moral, mais…»

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Ton Petit Look, le 29 juin 2015, par Andréanne Sylvestre

http://www.tonpetitlook.com/fr/2015/06/26/latelier-je-vets-bien-travailler-linterieur-pour-mieux-gerer-lexterieur

L’atelier Je vêts bien : travailler l’intérieur pour mieux gérer l’extérieur!

Crédit photo : Le miroir – Frank Dicksee
L'atelier Je vêts bien : travailler l'intérieur pour mieux gérer l'extérieur!

26 juin, 2015 -10:10

Samedi dernier, j’ai eu la chance de participer à l’atelier Je vêts bien, animé par l’analyste en comportementvestimentaire Luc Breton.


Crédit : Jeremy Bobrow

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en franchissant les portes de la lumineuse agence de mannequins Specs. Heureusement, le sourire et l’énergie contagieuse de Marie-Josée, sa fondatrice et propriétaire, ont tout de suite fait disparaître la boule d’appréhension que j’avais dans l’estomac. Assises en demi-lune en face d’un tableau, une dizaine de femmes âgées de 28 à 70 ans semblaient aussi fébriles que moi à l’idée de déballer leur sac (littéralement – on nous avait demandé d’apporter un sac de vêtements).
Première surprise : « Ben voyons! Ces femmes-là n’ont pas besoin d’aide pour mieux dealer avec leur look : elles sont SUPERBES!». Une perception démentie par le conférencier : «95 % des femmesentretiennent un rapport conflictuel avec leur apparence. Être belle ou bien habillée ne règle pas le problème de la confiance en soi. »


En effet, les langues se sont déliées au cours de la journée. Menton trop long, jambes fortes, calvitie, gros popotin, oreilles décollées, cuisses dodues, peur de faire matante, de choquer ou de trop se dévoiler, nous avions tous des peurs et des obsessions (bien souvent non fondées, mais non moins profondément ancrées) liées à notre apparence.
Oui, oui, même elles doivent se trouver moches des fois!

Pour nous aider à dénouer notre rapport au vêtement et à l’image, nous avons commencé par tenter de comprendre d’où venaient ces mésententes que nous avions avec nous-mêmes. Celles qui nous bloquent. Qui nous parasitent. Qui sont un obstacle à notre bien-être.

Pour ce faire, le conférencier nous a invitées à plonger dans notre mémoire vestimentaire et nos souvenirs d’enfance. « Jusqu’à 16 ans, j’étais habillée comme ma jumelle. » « Mon père ne m’a jamais dit que j’étais belle. » « Ma mère était la seule qui avait le droit d’être sexy. » « On ne parlait pas de ces affaires-là chez nous. L’important, c’était d’être intelligent. » « J’ai toujours été le mouton noir dans ma famille. » « Je n’ai jamais eu de vêtements neufs. » « Mon père ne me donnait pas le droit de porter des jupes courtes. » Deep stuff pour un samedi matin! On a sorti les Kleenex, mais surtout, je ne crois pas me tromper en disant que nous avons toutes fait des liens inédits entre notre histoire personnelle et notre relation actuelle au vêtement, à la féminité et à la séduction… et au regard que nous portons sur nous-mêmes tous les matins dans le miroir. Je ne vais pas vous dévoiler tous les punchs de la journée parce que Théo va couper grave dans mon
texte
, mais voici 3 choses que j’ai particulièrement appréciées de mon expérience :

  1. En plus de diriger les interactions d’une main de maître, de proposer des exercices pratiques inventifs et de raconter des anecdotes truculentes tirées de sa propre expérience, M.
    Breton fait preuve d’un sens de l’autodérision qui aide à dédramatiser bien des choses.
  2. ​​La franchise et l’intelligence émotionnelle des participantes (j’aurais toutes voulu les avoir comme amies!)​​
  3. La constatation qu’il y a un besoin criant pour les femmes de tous âges (et les gars, eux?) de pouvoir se confier et échanger sur le sujet de façon saine, respectueuse et constructive.
Est-ce que le Saint-Esprit de la confiance et de l’acceptation de soi est soudainement descendu sur moi après cette journée d’atelier? Hell no. Ça, c’est le travail d’une vie. Mais se poser les bonnes questions et pouvoir compter sur l’aide de ses semblables pour trouver les réponses est certainement un pas vers la bonne direction.Ça vous intéresse? Les prochains ateliers Je vêts bien auront lieu le 19 septembre, le 17 octobre et le 14 novembre (225 $) En plus des ateliers, Specs et Luc Breton offriront des soirées-causeries les jeudis 8 octobre et  5 novembre (40 $ avec vin et bouchées)