Le fil conducteur

J’ai deux réveils-matin, un tactile et un sonore. À droite, Ti-Menou qui  me caresse la joue avec sa patte à gros pouce. À gauche, Jackie, la beauté canine qui  accorde son obsédante complainte à sa queue tirebouchonnée en battant la mesure tel un métronome. J’ouvre un œil et tout s’arrête. L’espoir renaît chez  les bêtes-enfants.
« Il y a espoir, peut-être, mais avant….déroulons le rebord », me murmure mon corps encore inerte.
J’entame ma routine quotidienne, machinalement. Quelques acrobaties mal chorégraphiées me servent de gymnastique, une brève colère contre l’ordi, lambin, me remémore que le temps  n’est pas une fiction. Omniprésentes, les bêtes sont au garde à vous  devant leur plat. Temps d’arrêt. Ciel! Quelle tête je fais. La barbe longue de cinq jours, manifestement mouchetée de gris, les griffes de lion, ces rides entre les yeux qui se creusent efficacement une tranchée et, en bonus, le front plaqué de rougeurs, conséquence visible de mon intolérance aux arachides. Bonjour la vie!
Mon image déformée par la rondeur du grille-pain me rappelle mon mantra matinal d’il n’y a pas si longtemps : « Esthète le jour, mais esti de lette le matin ». J’ai banni ces mots poignards  qui  aplatissent le moral et minent inutilement la confiance en soi. Je connais l’origine de mon malaise relié à mon histoire personnelle, mes empreintes familiales et les préjugés sociaux de mon adolescence. Je sais aussi que la légitimité d’être soi n’est pas gratuite et ne se fait pas sans heurts. Inconsciemment, en explorant mon style vestimentaire,  je cherchais ma place. Mais reconnaître son look ne garantit pas toujours de trouver son chemin, parlez-en au Petit Poucet.
En corrigeant mon propre regard sur moi et en m’immunisant contre l’opinion néfaste des autres, ma communication visuelle s’est clarifiée. Je reconnais maintenant que mes comportements vestimentaires me conduisent dans les mêmes excès et les mêmes modérations que mes comportements alimentaires. Ainsi donc j’habite mes vêtements avec la même conscience que j’habite mon corps, parfois intensément, par instants sans émotions ni sensations. Un vêtement seul n’existe pas. On doit lui donner vie, l’incarner, afin qu’il prenne la couleur de notre humeur et de notre personnalité. La parure, par je ne sais quel décret, a été isolée de l’ensemble de nos comportements humains et trop souvent jugée comme un phénomène dans une classe à part. Pourtant, n’y a-t-il pas un fil conducteur dans l’ensemble des sphères de notre vie et de nos comportements?
Suis-je ce que je porte? Sûrement! Je vêts bien!


Madame LeGros et monsieur Petit

Exaspérée par le froid sibérien qui la confine à la maison, Fabienne LeGros se lève de table, dénoue son tablier et comme si l’archange Gabriel venait de la piquer, invite son mari à la suivre. « Viens, Damien, on va aller faire un p’tit tour au village ». Elle en profitera pour faire ses courses et dénicher un p’tit cadeau pour sa belle-sœur qui lui a rendu un p’tit service. Petit budget oblige, elle ira au petit magasin de la rue Principale.
Damien Petit, le mari accompagnateur, ira pendant ce temps  acheter du p’tit bois d’allumage pour le foyer et retrouvera ensuite ses amis qui  sirotent un p’tit café au restaurant « Le petit Paris » en attendant leurs femmes eux aussi.
Mauvaise nouvelle, la charmante serveuse Émilie qui connaît si bien les caprices de ses clients, quitte son emploi. Elle s’est trouvé une grosse job avec un gros salaire. Elle n’est pas grosse dans ses petits souliers, parce qu’en ville, elle devra croiser le fer avec de grosses pointures.
Pendant que ses clients admirateurs essaient d’imaginer qui la remplacera, Fabienne LeGros entre en coup de vent dans le resto et s’adresse directement à son homme, négligeant de saluer le groupe. « Damien, as-tu nourri le P’tit Menou avant de partir? ». « Parle-moi pas de manger, j’ai une p’tite fringale » lui répond du tac au tac son chauffeur privé. La ruse est bonne, Damien, jeune baby boomer fringant à la testostérone bien active, veut profiter le plus possible de la présence de la belle Émilie à la chevelure couleur feu. Depuis qu’ils ont entreposé leurs motos pour l’hiver, le couple LeGros-Petit est en manque d’adrénaline et d’inspiration affective.
Mais la jeune femme a la tête ailleurs. Elle profite de sa dernière semaine de boulot pour expérimenter des looks et faire des tests de coordonnées vestimentaires devant public. Exit les jeans et les pulls déformants. Au rencart l’abondante coiffure bouclée qui nécessite temps, produits et entretien.
Elle tente une petite frange sur le front, ce qui symboliquement  traduit une certaine gêne et opte pour un maquillage moins subtil, du vernis à ongles tendance, un chemisier échancré,  une jupe fuselée décorée de sa grosse ceinture griffée et le tout bien groundé dans ses belles petites bottes Richelieu. Vendredi, pour ses adieux, elle portera sa p’tite robe noire qui la met tant en valeur et lui confère un air taquin à la Audrey Tautou. Elle en profitera pour souligner son cou sans ride de son p’tit collier de fausses perles offert comme cadeau de gratitude par Marianne sa patronne, tapie derrière le comptoir et qui réprime une grimace devant tant de changement.
Morale de cette histoire : le look des uns fait le bonheur des autres.

« Un autre p’tit café monsieur Petit ? »

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Contre mauvaise fortune, bon kit.

Contre mauvaise fortune, bon kit.

J’adore le temps des Fêtes. Non pas pour les célébrations mais pour tous ces rassemblements hétéroclites de cousins, de nouveaux conjoints, de fraîchement retraités, liftés ou séparés qui m’offrent un laboratoire de travail exceptionnel. Ce cocktail de personnages me permet de faire discrètement le point sur les comportements vestimentaires de la dernière année. Évolution de style pour certains et éclosion sans retenue de la personnalité pour d’autres. La cigarette et les beuveries déshonorantes ont quitté les réunions familiales depuis longtemps, mais  la joute vestimentaire entre les générations et les professions fait office d’opinion et n’est pas moins éloquente.
Ma tante Guirlande qui a renoncé à la coquetterie est la plus chaleureuse mais aussi la plus déphasée de la famille. Les enfants l’ont confondue au sapin de Noël et ont déposé les cadeaux à ses pieds. Avec sa queue de cheval à trois poils, son copain Ernest fait encore du millage sur un look désuet, figé dans le temps comme les neiges éternelles. Un handicapé du style.
Mélodie, l’ado, collectionne les fonds de teint et en abuse. Elle fait honneur à son village, Notre-Dame de Gloss, près de Mont Rimel. Pour la taquiner, son frère jumeau répète à qui veut l’entendre que ses produits serviront à colmater les viaducs du Québec. Pourtant, Chrysanthi, sa fuck friend, est tout aussi excessive. Elle s’est tellement blanchie les dents que son sourire phosphorescent brille comme une mouche à feu dans le salon de la cousine Poly-Esther.
Je remarque chez les plus de 40 ans un thème récurrent : « faire naturel » pour les femmes et « être décontracts » pour leurs hommes. Grâce à cette nouvelle religion du jour, les effets de l’âge sont moins manifestes.
La coutume veut qu’au jour de l’An un incident se produise. On l’espère, on le souhaite. Cette fois-ci, Chantal et François, le couple parfait qui habite Lanvin sur le Lac, est tout désigné pour alimenter les ragots. Jérémie, leur petit minet, n’est pas sorti du placard, il est sorti avec le placard. L’excès stylistique dans sa plus belle expression ! En quête d’identité, il impressionne ses cousines et exaspère ses oncles. En douze mois, il est passé du jeu de legos à celui de l’ego. Sa sœur cadette, la fée du ruban, est tétanisée. Quel contraste avec Hugues-Alexandre, l’aîné,  qui porte ses jeans depuis un mois sans les laver pour bien nous signifier son opposition au paraître ! Un autre pavé dans la marre pour ces parents impecs.
Mon coup de coeur cette année va à  Mitzrael.  Avec son habit chatoyant et son chapeau South Beach, ce Willy la Mode fétichise son corps et joue sa féminité avec une telle virilité ! Ma nièce Sandrine, qu’il escorte, est tout aussi lumineuse. Le vêtement est à leur service, il supporte leur créativité et ne fait nullement d’eux des excentriques malgré leur singularité. Ces amoureux brillent sans s’aveugler avec le reflet de leur propre lumière. Comme quoi un look bien vécu et senti, sans être un événement visuel en soi, témoigne du caractère des gens.


Un Noël de chien

La Banque des Neiges a avisé le Père Noël qu’aucun emprunt n’était disponible cette année pour la location des rennes. Décision irrévocable. Bien qu’on prévoie moins de cadeaux à distribuer pour la Saint-Nicholas, quelqu’un doit tout de même tirer le traîneau du gros barbu et sa poche de bébelles. Une crise économique suffit, évitons une crise d’enfants si possible. Les ressources pour distribuer les étrennes se font rares. Les ours polaires n’osent plus quitter le morceau de banquise qui résiste, les phoques, en répétition, sont déjà réquisitionnés par les photographes de Brigitte Bardot pour un prochain scandale et les chevreuils sont en vacances après la saison de la chasse. Le temps presse. Heureusement, il y a 1-800-CHUDANSMARDE.
Miracle! Les candidats répondent à l’appel instantanément. Adèle, Jackie, Lolie, Roméo, Léo et Louis arrivent en renfort. Ces chiens, tous membres de la même meute du Plateau, cherchaient justement un défi extrême pour se déshumaniser. Pour ouvrir la marche, Roméo, le prince du Zénith, un Grand Pyrénées, est assorti à Lolie la Jack Russell. Le robuste inoffensif et la petite nerveuse qui ne voit pas le danger. Adèle une Griffon Korthal aux grands yeux tristes et manipulateurs, est coiffée à la Diane Dufresne et grogne contre les journalistes venus couvrir la grande épopée. Elle sera au centre du groupe côte à côte avec Jackie, sa meilleure amie. Miss Jackie, une Airedale terrier, la Véro de la colonie canine, est définitivement la plus racée du groupe, la plus mordante. Elle s’imprègne des émotions du moment, souriant aux gentils et montrant les crocs aux personnalités sombres. Derrière elle, Louis, un braque de Weimar et non Louis Morissette, qu’elle excite au plus haut point, est tellement stimulé par ses effluves qu’à lui seul il tire la moitié de la charge. Dieu merci parce que Léo, un Poodle botoxé, avec qui il est jumelé, cherche plutôt les Kodaks au lieu de regarder où il va. Il ne faut pas perdre le nord. La caravane se met en branle et c’est un départ orchestré pour cette fabuleuse chevauchée. Devant une foule galvanisée, les oreilles au vent et la langue pendante, nos amis se lancent vers le ciel malgré un temps qui se chagrine.
Mais le chagrin se lit aussi sur les joues zébrées de larmes des propriétaires qui voient s’envoler leurs petites bêtes. Sur qui pourront-ils maintenant transférer leurs angoisses souterraines, leurs inquiétudes et leur palmarès d’incertitudes? Devront-ils apprendre à communiquer avec d’autres humains, livrer leurs émotions et se coller les uns aux autres ? Quel cauchemar !
Pendant ce temps, les toutous, telles des outardes, survolent la belle province et décompressent de ne plus entendre parler des déboires vestimentaires de leurs maîtres. Maîtres de quoi, se demandent-ils au fond d’eux-mêmes? Il n’y a que l’humain qui critique tous les jours le corps que la nature lui a donné et qui s’oblige à changer sans cesse de parure. C’est à se demander qui de l’homme ou l’animal vit en laisse.


Une fois n’est pas costume

Ma marraine, qualifiée de vieille fille à l’époque parce que toujours sans mari à l’âge de 27 ans, me transférait son trop plein d’amour maternel et toutes les occasions étaient bonnes pour me manifester son affection. L’Halloween ne faisait pas exception. Quel beau petit lapin je faisais! Ignorait-elle que la communauté lapinière est le symbole de la promiscuité? Peu importe. Je me souviens surtout à quel point j’étais agité et que ma mère devait assister ma tante pour m’enfiler le costume. Menu et frêle du haut de mes sept ans, elles devaient bourrer mon personnage animalier de guenilles pour créer l’impression d’un beau gros lapin dodu au ventre rond. Souvenirs, souvenirs. Quel beau gros lapin je ferais aujourd’hui sans l’aide de bourrure!
Dans mon village barricadé dans les montagnes, peu d’éclairage et de pollution lumineuse. Seulement le vent qui pousse les feuilles mortes au sol et des monstres, beaucoup de fantômes, des sorcières, quelques cow-boys et des princesses couronnées qui quêtent des friandises dans les deux seules rues du bled. Costumes de fortune et accoutrements fabriqués par des mères au foyer aux multiples talents de styliste, couturière et costumière. Nos références étaient limitées, la télé en noir et blanc nous offrait deux ou trois postes, le journal régional couvrait les drames locaux et le catalogue Sears était la base de nos fantasmes. Pas de Ben Laden, de Spiderman ou de Mickael Jackson. Pas de concours du plus beau costume, pas de lames de rasoir dans les pommes, pas de caméras numériques, de vidéos ou de cellulaires pour les souvenirs. Que des adultes qui jouent leur ombre et des enfants qui s’éclatent, se transforment.
Les personnages de circonstance prenaient donc leur inspiration essentiellement dans la comédie humaine. Des avaricieux déguisés en big shot, des homophobes travestis en femme, des magouilleurs en curés et des pédophiles en matou  ronronnant. Était-ce la chance d’être quelqu’un d’autre ou l’occasion rêvée d’être soi-même? Une façon d’habiter nos héros ou d’affronter nos démons? Si l’habit ne faisait pas le moine, du moins l’occasion faisait le larron. Show time!
Ma citrouille en plastique à la main, le petit lapin que j’incarne se lance dans la nuit noire, encadré par Zoro, mon frère aîné et Calamity Jane, ma sœur cadette. Un scoop, la bonne femme Grelot donne des biscuits faits maison. Il y a une file d’attente. Plus sympathique que le vieux Thomson qui distribue aux figurants de la soirée les croquettes de son chien. Le même maudit chien qui a arraché ma belle queue de lapin. Entre les deux pourvoyeurs de bonbons, Joe Leblanc, qu’on aperçoit à sa fenêtre de côté malgré les lumières éteintes, feint d’être absent de la maison. Il regarde passer la parade sans s’impliquer. Scénario qu’il reproduit dans les autres domaines de sa vie.

Cette année, serez-vous halloyin ou halloyang?


Le SAC

Le thème est récurent et la situation est stagnante. La qualité du SAC (service à la clientèle) est au point mort depuis au moins une décennie à Montréal. Entre « extraordinaire » équivalant à un 10, et « exécrable » valant un beau 0, quelle note donnez-vous à vos expériences de shopping? Je me suis penché sur le sujet.
La plupart des propriétaires de boutiques me jurent avoir donné la meilleure formation de vente à leur personnel. Le conseiller en vente ou l’associé, lui, précise ne pas pouvoir appliquer pleinement ses notions de service. Selon les vendeurs, la pression des gérants pour qui atteindre les objectifs financiers est plus important que de faire plaisir à tout un chacun, transformerait l’art de la vente en duel. Finalement, le consommateur pour qui le temps de magasinage est calculé, est pris en otage entre les deux et ne demande qu’à dépenser son argent dans un climat de paix et de confiance.
Au champ droit, le client; au champ gauche, le vendeur. Lequel des deux marquera le plus de points? Faites vos jeux.

CLIENT : « Les vendeurs sont indifférents, distants, ne s’intéressent pas aux clients, connaissent mal leur marchandise. »
VENDEUR : « Trop près du client, on l’énerve ; trop loin, on le néglige. Il désire qu’on s’en occupe, juste assez, pas trop. Il faut respecter sa bulle, le laisser aller, le saluer mais ne pas trop lui parler. Quand il est prêt, on doit rebondir comme des kangourous pour le servir. »

CLIENT: « Les besoins des consommateurs sont mal évalués. »
VENDEUR: « Les clients ont la mèche courte, sont impatients, stressés, parfois impolis et ne savent pas ce qu’ils veulent».

CLIENT : « Leur phrasé est affligeant, leurs arguments éculés et leur culture générale déficiente. Le tutoiement est déplacé et irritant.»
VENDEUR : « Franchement ! What the fuck… !»

CONSTATS
1. Le client n’est pas un concept. C’est une masse d’émotions et de sentiments qui donne l’impression qu’il sait où il va alors qu’il est plutôt porté par son impulsion et sa passion, convaincu qu’il baigne dans le rationnel.
2. Certains vendeurs ne considèrent pas la vente comme une carrière. Ils le font « en attendant ». Il applique dans ce travail les principes même de la société actuelle : instantanéité, rapidité, moi d’abord.
3. Nous avons une mauvaise perception du service et avons tendance à ne retenir que les mauvaises rencontres. Toute une génération de vendeurs est professionnelle, passionnée et amusante et pour une expérience magasinage sans pareille, demandez à une styliste de vous accompagner.

Bon shopping !


Dans la farce de l’âge

Pour une rare fois, je suis le plus jeune d’un groupe. Mes voisins à la campagne ont entre 76 et 83 ans, vivent encore dans leur maison, font les courses, conduisent leur voiture et voyagent. Les projets se succèdent. Prenez un numéro, les agendas débordent.
Clémence, la cadette du groupe,  a déjà publié un premier recueil à 74 ans et planche sur son deuxième : un sujet tabou vu par une septuagénaire. Rédactrice et relationniste de profession, les mots, les phrases et le style littéraire meublent son univers. Je la surnomme Bella parce qu’elle porte la grâce des muses et l’élégance des belles de ce monde. Son teint basané accentué par sa chevelure plus que blanche me rappelle les italiennes du nord. « Mon p’tit Luc, quand écriras-tu ton livre? »; « Mon cher Luc, pourrais-je te lire avant ma mort? »; « Chéri, envoies-moi tes textes. »
Marie-Laure, la doyenne, plutôt rebelle et très créative, fume à la cachette pour éviter que ses amis la dénoncent au médecin. Prétextant une mémoire qui flanche, elle se dit obligée de retourner à l’épicerie quatre fois par jour et utilise son alibi pour griller une cloque. Je la soupçonne d’un passé extravagant et de romances hollywoodiennes. Glamour avant la lettre, je reconnais ses influences à la Greta Garbo et sa voix de fumeuse à la Jeanne Moreau. Elle nous attend anytime, scotch à la main pour une partie de bridge. Elle triche!
Mimi, l’énervée, est une vraie bombe. Atomique! Elle déjeune aux gâteaux au caramel Vachon,  trempés nonchalamment dans un bon café instantané Nescafé, double sucre. Elle a TOUJOURS raison. Plus d’une fois elle est partie avec la voiture de Marie-Laure qu’elle confondait avec la sienne à cause de la couleur. Pas de jeux de société pour elle. Ses passe-temps : le VTT de montagne l’été et la motoneige sur les lacs l’hiver. Puisque plus personne ne voulait l’accompagner, elle s’est munie d’un GPS qu’elle fera fonctionner un jour. À la limite d’une taille de lilliputienne, elle réussit grâce à son sens esthétique inné et malgré ses modestes moyens à être lookée  au goût du jour.
Tom, 80 ans bien sonnés, c’est l’homme, le dépanneur de ces dames. Une galerie à redresser pour l’une, un tuyau à colmater pour l’autre ou encore une famille d’écureuils à déloger de l’entre toit de sa jeune copine de 62 ans. Droit comme un piquet, mince comme un clou à finir, c’est au magasin Le Château qu’il renoue avec ses looks soixantehuitards.
Ici, dans mon cercle, on ne supporte pas de « ma belle p’tite madame » ou de « mon p’tit monsieur » qui infantilisent. Pas de tribunal du vieillissement, de la varice ou de la prostate. Pas de moyen-âge, ramone-âge, maquille-âge, sabot-âge ou truc-âge.
« Qu’est-ce qui fait donc chanter les p’tits vieillards? » Certainement pas  les petits pouding Laura Secord !


Image 101

Les bouquins sur l’Image sont légion : Comment valoriser son Image, l’Image de soi, Apprendre à aimer son image, l’image corporative, corporelle, personnelle, visuelle, sensorielle etc. Et que dire de tous ces coachs, gourous de la communication et faiseurs d’image qui nous proposent des théories et des pistes sur le sujet.

Ciel! Par où commencer? Par le commencement, dirait ma mentor. Pour faire la paix avec son Image et avant d’en finir avec ce thème, il faut d’abord comprendre vos origines.  Cela suppose un retour sur votre histoire personnelle, votre éducation et votre culture. Dans votre enfance, aviez-vous le rôle de la princesse chérie et adulée de papa, celui du sans dessein de service de la soeur aînée ou celui du souffre-douleur du voisin? Quelle perception de vous-même avez-vous enregistrée à la suite de certains évènements?

Comment se manifestaient les projets de vie de vos parents? Par la performance, la réussite, en étant les meilleurs ou au contraire, en faisant le moins de vagues possible, en s’effaçant pour ne pas être remarqués et encore moins être montrés du doigt. Le p’tit pain, quoi!
Dans votre milieu, le vêtement et l’apparence étaient-ils un support à l’ambition des gens ou était-ce un sujet tabou? De là peut-être la naissance de vos résistances et de vos croyances bonnes ou fausses quant à votre image.

Mais aujourd’hui, comment vous sentez-vous, ici, maintenant, en lisant mon article?
1. Au diable les apparences! Vous n’avez aucun intérêt pour votre image, les gens n’ont qu’à vous aimer comme vous êtes!
2. Vous êtes impeccable, parfait  sur toute la ligne, un tantinet obsédé. Le rapport à son image dans ces deux cas est déficient. Manque d’amour de soi d’un côté (Je n’en vaux pas la peine) et manque de confiance en soi dans l’autre (en étant irréprochable, full contrôle, j’apaise mon anxiété). Entre ces deux extrêmes, il y a vous, moi, vos collègues. Nous sommes porteurs jusqu’à un certain point de ces deux limites. Qui aime vraiment son image? Peu de gens. Êtes-vous bienveillants et indulgents à vos yeux ou plutôt critiques et sévères? Dans quelles situations de votre vie la perception de vous-même a-t-elle le plus de répercussions? Pour rencontrer un amoureux? Pour vous faire de nouveaux amis? En pratiquant les sports, dans les réunions de famille, dans les soirées mondaines? Et le bureau? Promotion, compétition et rétrogradation sont si vite arrivées.
Puisque votre rêve ultime est d’aimer votre image tout en étant vous-mêmes, voici quelques trucs avant d’entreprendre une démarche sur l’image.
1. En définir les raisons profondes (qu’est-ce que cela changera dans votre vie).
2. Viser le possible (et non l’impossible).
3. Évaluer l’importance du regard des autres à votre égard. Êtes-vous DARA (dépendant au regard des autres) ou simplement soucieux de votre image comme les LOA (libéré de l’opinion des autres)?
4. Vous inscrire à mon atelier Pour en finir avec l’Image offert en octobre prochain.


Kit ou double

Mes vacances? Un véritable safari photos en Italie. Vous pensez que l’anglais est la langue des voyageurs? Sûrement, mais je crois aussi que le vêtement et ses multiples possibilités de looks est une communication tout aussi efficace. Cette conversation, plutôt visuelle, me piste sur la nature des gens. Sommes-nous, honnêtement, si différents en voyage que nous le sommes dans notre quotidien? Plus de légèreté, moins de stress, mais encore?  Voici mes meilleurs clichés.

Les beautés désemparées.
C’est surtout  en Toscane dans les petits villages que j’ai découvert les spécimens les plus colorés, stéréotypés. Que font dans des sentiers de montagne en robe cocktail une mère de quarante ans et ses deux filles, montées sur des talons aiguilles râpés par les pierres? Rencontrer un beau Marcello ou un charmant Giovanni?

Wonder woman
À quoi pense cette touriste qui force en vélo, sans casque protecteur et insuffisamment protégée du soleil en pleine canicule? Ne sait-elle pas que les Marcello roulent à 150 km/h? Peu importe, elle pourra accrocher dans son bureau une autre photo témoignant de sa détermination et joindra les rangs des groopies qui carburent aux tendances des gagnants.

Tintin au Tibet
Monsieur « sait tout », francophone fonctionnaire à Ottawa pour qui le rêve d’être historien c’est évanoui, remarque notre accent québécois et pavoise,  espérant nous convaincre d’escalader la tour au pied de laquelle nous dévorons un autre gelato. Pantalons courts remontés jusqu’aux pectoraux, chaussettes pure laine étirées aux genoux, bottes de marche en cuir et pour couronner autant de savoir, le chapeau Tilley, gage d’authenticité des purs et durs du voyage.

Compostelle à la puissance dix.
Podomètre à la taille, bâton de pèlerin à la main droite, montre multifonctionnelle au poignet gauche, chaussures high tech, combinaison de ski de fond à 40o C, l’heure est grave. Ce Britannique visite, que dis-je,  s’entraîne en vacance dans la région. Contrairement aux  ados souvent coincés dans leurs tenues, mon spécimen est coincé dans son corps. L’épuisement et les douleurs musculaires se lisent sur son visage. Une image vaut mille maux.

Hercule Poirot, Maria Callas, Jimi Hendrix, Hemingway et Madonna se sont aussi croisés sous le soleil de la Toscane. Et vous, quel personnage vous habite en voyage ?


Mon mais préféré

Elles sont cinq femmes entre 25 et 65 ans, assises en rond autour de la table et échangent à voix basse en attendant que débute l’atelier sur les comportements vestimentaires. Qui dit vêtement, dit look, style, questionnement et incertitude. La plupart des femmes pensent que les autres femmes savent s’habiller sauf elles. Beaucoup ont aussi une mauvaise perception de leur corps et peu d’affection pour leur silhouette. J’ouvre donc le débat avec mes participantes: « Dans quelles occasions précises souhaitez-vous être mieux dans votre peau? »

Mila casse la glace : « En présence de ma sœur aînée, je perds tous mes moyens. Pour ne pas la blesser ou lui faire ombrage, je m’habille sans éclat, je m’invalide ». Ariane prend la relève : « Comme le fait Michel Louvain, je m’habille pour faire honneur à mes parents, décédés depuis des lunes. Je suis incapable de m’affranchir de cette vieille prescription ». Jeanne décroise enfin ses longues jambes gainées de bas multicolores, se lève et nous lance un tabarnak monté directement des entrailles. Elle nous parle de sa soif inextinguible d’être vue, connue et reconnue et à quel point ce besoin de fréquenter les « seins qu’à 7 » l’épuise.
Victoire, elle, parle de son âge vécu comme une condamnation à l’exclusion, une discrimination sociale. Son dynamisme se situe pourtant à l’opposé de son discours. Nous cacherait-elle quelque chose ? Après bien des hésitations, Marie-Josée, elle, nous avoue finalement sa passion pour le shopping. Elle possède tellement de vêtements, de chaussures et d’accessoires qu’elle doit se préparer des heures durant pour la moindre sortie. Habille, déshabille, panique, rage et parfois même pleure à chaudes larmes.

J’enchaîne aussitôt: « Décrivez votre style en deux mots.» Les réponses sont instantanées : Mila est fade mais dynamique ; Ariane est conservatrice (comme une conserve, à ses dires) mais moderne ; Jeanne se décrit comme une débrôlée contemporaine mais sexée ; Victoire est une ma tante cocue mais élégante et Marie-Josée se dit raffinée mais modeste.
Mais, mais, mais… dynamique, moderne, sexée, élégante et modeste
Que supposent tous ces mais? La gêne d’être soi ? Le doute sur sa véritable nature ? En explorant la face cachée de votre personnalité vous découvrirez comment le vêtement peut vous aider à développer votre assurance et restaurer votre estime.
Osez !