Le corps

Vite, à vos marques, l’été québécois est officiellement arrivé. Comme des enfants qui s’impatientent à la fin des classes, nous sommes prêts pour le grand jour : chaises longues, parasols, aménagement paysager, crème, kit à pique-nique, tout y est, la croisière s’amuse. Presque!
Il ne manque que le petit coup d’audace pour se dénuder un peu, question d’offrir au dieu soleil cette peau nordique et de présenter à notre entourage une silhouette que nous commenterons probablement par la négative.

Comment peut-il en être autrement? Combien de reportages, d’annonces publicitaires, de photos et de vidéos de corps parfaits ont croisé votre regard directement ou indirectement depuis que vous avez entreposé vos fringues estivales l’automne passé?

Même si cette norme du corps idéal, uniformisé, n’est pas la réalité, elle ébranle notre confiance et développe ou alimente des complexes. Le corps « sur mesure » est possible. La chirurgie esthétique est banalisée et les techniques d’embellissement sont disponibles chez tout bon pharmacien : blanchiment des dents, bronzage instantané, coloration des cils et des cheveux, vitamines pour durcir les ongles et quoi encore?

Le corps est érotisé à l’extrême. Pendant que Madonna se masturbe sur un ghetto blaster et que Caroline Néron, dans son dernier clip, se décape les rotules sur un faux mur de briques entourée de danseurs faussement hétéro, l’hypersexualisation des jeunes fait la manchette et suscite un débat. Ce phénomène du corps érotisé, hypersexualisé et accessible en quelques secondes sur Internet est propice au développement de nouvelles addictions comme le cybersexe qui rend esclaves de plus en plus d’hommes sans oublier tous ces préados qui font leur éducation sexuelle via le net.

Et que penser de Black Taboo qui, prétextant l’humour et la parodie de groupes rap américains, utilise un discours haineux à l’égard des femmes. Banalise-t-on aussi la violence sexuelle?

Notre corps est un ami fidèle, toujours au poste, il nous accompagne depuis la naissance. Différent des autres corps, il fait de nous quelqu’un d’unique. Pourtant, pour le rendre encore plus exclusif, on lui inflige piercing, tatou, scarification.

Pauvre corps! Attaqué de toutes parts. De l’extérieur pour être toujours plus beau, plus mince, plus fort, mieux vêtu et de l’intérieur pour être plus performant, plus énergique, plus jeune.

« Trop rigide, trop souple, notre corps en dit long sur notre état d’esprit. » « …il est un objet dont on façonne à son gré les apparences et les performances. »
Et on se surprend de nos courbatures, maux de dos, état de fatigue.

L’exploitation du corps à toutes les sauces, sous tous les angles, dans les moindres détails, nous éloigne-t-il d’un rapport sain avec notre propre corps? Quel est justement votre rapport à votre corps? Quelles sont vos nourritures affectives, mentales et spirituelles?

Cet Entretien, le dernier de la saison, durera 2 heures et sera offert un soir seulement, mercredi le 28 juin à 19 heures.
Je vous propose un échange sur le sujet. Je vous invite à partager votre point de vue, vos commentaires, votre vision.
Je profiterai de la première heure pour vous exposer plus en détails l’impact du corporéisme et du jeunisme, appuyé par des statistiques et des sondages récents.
La deuxième période, que j’animerai, vous est réservée et s’activera autour de quelques questions concernant le thème de la soirée.

La formule Entretien avec Luc Breton reprendra du service en septembre, juste avant le départ pour le Tour Mode à Paris prévu le 18 septembre.


Etre et paraître

Il y a 35 ans déjà, je découvrais Paris.  En mai ’71 comme des centaines d’autres québécois qui découvrent Tourbec et  envahissent l’Europe, je débarque dans la ville lumière. Je suis la parfaite diapo de ma génération et de sa démesure: abondante chevelure,  lunettes  rondes en broche à la John Lennon,  barbe tressée à mi-torse et comme seul souvenir de l’Amérique, ma canne de tabac à rouler Players.
Plus calme que Rome, plus aérée que Hong Kong, plus raffinée que Miami, moins bruyante qu’Istanbul, Paris demeure ma ville préférée. Les rues piétonnières, l’architecture, les cafés et la façon de vivre des Parisiens me stimulent et alimentent ma passion, moteur important de mon travail.

En prévision du Tour Mode de septembre prochain, j’ai redessiné le circuit des principaux quartiers à visiter (à marcher, plutôt), préparé l’horaire des visites des différents musées  et finalisé des ententes avec différents intervenants qui nous accueilleront. Je demeure très impressionné de ma rencontre avec Marie-Louise Pierson, auteur de  L’Image de soi , L’intelligence relationnelle  et  Valorisez votre image  qui nous attend à son cabinet.

La raison première de mon séjour à Paris était de participer au stage ponctuel Être et paraître  à l’École Parisienne de la Gestalt. Selon Aline Dagut, la formatrice, « Les vêtements que nous portons, ainsi que notre façon de les acheter parlent de notre manière d’être au monde ».
Nos vêtements parlent en effet de nous et révèlent un pan de notre histoire.
Comme nos rêves, notre écriture (graphologie), nos  gestes (synergologie), les lapsus, quelques maladresses, certains de nos comportements vestimentaires sont inconscients mais combien révélateurs.
Jean Cocteau disait  « Le vêtement poétise le corps ». Certes, mais essayer un vêtement, c’est se poser une question, porter un vêtement, c’est avoir une opinion.
Selon notre degré d’ouverture ou de fermeture, le vêtement nous éveille à quelque chose et peut mettre en lumière des territoires de soi qu’on ne veut pas visiter.


Mon empreinte

La première fois que je suis revenu de l’école avec une note de la Mère supérieure s’adressant à mes parents j’avais huit ans. Non pas un avis disciplinaire mais un message précisant que j’étais habillé « trop propre » pour les autres élèves. Dans mon petit bled coincé dans les montagnes des Cantons de l’est, à l’époque de Duplessis, être différent pouvait être une simple question de couleur, d’ajustement ou de coquetterie.

Loin des métropoles où j’aurais pu apprendre la musique, la danse ou les arts, le vêtement déjà, sans le savoir, était mon outil d’expression. Cette fascination, cette passion pour la guenille m’a toujours habitée.
J’ai commencé à m’intéresser à l’aspect social de la parure dans les années ’80 et mon intérêt s’est modifié et transformé en une véritable quête, un besoin de comprendre la problématique et la dynamique de la relation corps/vêture/conscience.

Comme un architecte qui griffonne des croquis dans son calepin, je lis et note tout ce qui se dit et se publie sur le sujet. Depuis 18 mois, j’ai consacré tout mon temps à une démarche sur le regard que l’on porte sur soi, sur le vêtement, le miroir. Cet exercice, parfois difficile, m’a permis de comprendre mon histoire personnelle, ma trace.
Définitivement, notre relation au vêtement en dit long sur notre façon de voir la vie.