Le string d’Éros

Quand on m’a invité à parler d’hypersexualisation devant des groupes d’étudiants de secondaire V, mon premier réflexe a été de trouver l’angle de ma causerie  pour que cette armada d’hormones ne se sente pas culpabilisée par le phénomène et montrée du doigt.
Suffisamment de gens le font en ce moment et s’accusent mutuellement de la place que prend le sexe dans la société. Véritable foire d’empoigne où les concernés ne semblent pas conviés au débat.
D’entrée de jeu je leur précise que nous jugeons et sommes jugés sur les apparences, que cela leur plaise ou non et que c’est probablement ce qu’ils ont fait dans les premières secondes où ils m’ont aperçu au bureau du maître
Réactions immédiates et vives. Certains gars ronchonnent. Plusieurs filles sont murées dans le silence, médusées à l’idée que je puisse les citer en exemple.
La salle se réchauffe. Ma stratégie est de jouer la carte des apparences. J’enlève ma veste, dénoue ma cravate, enlève mes boutons de manchette, roule mes manches et pose mes grosses lunettes d’écaille sur le bureau. D’une attitude de fermeture causée par ma tenue rempart, je passe à un signe d’ouverture, de transparence. Ainsi en est-il des messages d’érotisation, de sexualisation et davantage d’hypersexualisation. Quelles interprétations fait-on des looks de ces jeunes ?
Surgissent alors les questions. Nadia, qui de toute évidence souffre d’une estime de soi écornée, brise la glace et me demande une lecture de sa tenue. Elle est tellement saucissonnée dans ses vêtements que j’imagine des pinces de désincarcération pour les enlever. Natasha, elle, suit la mode avec son corps : tatoo, percing et une congère de mascara aux cils. Fred arbore un look qui relève de l’ingénierie vestimentaire et se cache derrière un humour caustique. Avec leurs tenues et leurs attitudes ils expriment leurs humeurs, leurs façons d’être au monde et me pistent sur leurs identités et leurs personnalités. Mon but est de les amener à comprendre la force du message qu’ils envoient avec leur tenue vestimentaire et de prendre conscience de la lecture qui en est faite par les observateurs.
La question qui gèle : votre look est un choix conscient ou un conditionnement? La question qui défrise : vous suivez la mode ou vous suivez les autres? La question qui embête : quelle sera votre première chirurgie esthétique? Celle qui glace : aurez-vous une chirurgie intime?


Le corps

Vite, à vos marques, l’été québécois est officiellement arrivé. Comme des enfants qui s’impatientent à la fin des classes, nous sommes prêts pour le grand jour : chaises longues, parasols, aménagement paysager, crème, kit à pique-nique, tout y est, la croisière s’amuse. Presque!
Il ne manque que le petit coup d’audace pour se dénuder un peu, question d’offrir au dieu soleil cette peau nordique et de présenter à notre entourage une silhouette que nous commenterons probablement par la négative.

Comment peut-il en être autrement? Combien de reportages, d’annonces publicitaires, de photos et de vidéos de corps parfaits ont croisé votre regard directement ou indirectement depuis que vous avez entreposé vos fringues estivales l’automne passé?

Même si cette norme du corps idéal, uniformisé, n’est pas la réalité, elle ébranle notre confiance et développe ou alimente des complexes. Le corps « sur mesure » est possible. La chirurgie esthétique est banalisée et les techniques d’embellissement sont disponibles chez tout bon pharmacien : blanchiment des dents, bronzage instantané, coloration des cils et des cheveux, vitamines pour durcir les ongles et quoi encore?

Le corps est érotisé à l’extrême. Pendant que Madonna se masturbe sur un ghetto blaster et que Caroline Néron, dans son dernier clip, se décape les rotules sur un faux mur de briques entourée de danseurs faussement hétéro, l’hypersexualisation des jeunes fait la manchette et suscite un débat. Ce phénomène du corps érotisé, hypersexualisé et accessible en quelques secondes sur Internet est propice au développement de nouvelles addictions comme le cybersexe qui rend esclaves de plus en plus d’hommes sans oublier tous ces préados qui font leur éducation sexuelle via le net.

Et que penser de Black Taboo qui, prétextant l’humour et la parodie de groupes rap américains, utilise un discours haineux à l’égard des femmes. Banalise-t-on aussi la violence sexuelle?

Notre corps est un ami fidèle, toujours au poste, il nous accompagne depuis la naissance. Différent des autres corps, il fait de nous quelqu’un d’unique. Pourtant, pour le rendre encore plus exclusif, on lui inflige piercing, tatou, scarification.

Pauvre corps! Attaqué de toutes parts. De l’extérieur pour être toujours plus beau, plus mince, plus fort, mieux vêtu et de l’intérieur pour être plus performant, plus énergique, plus jeune.

« Trop rigide, trop souple, notre corps en dit long sur notre état d’esprit. » « …il est un objet dont on façonne à son gré les apparences et les performances. »
Et on se surprend de nos courbatures, maux de dos, état de fatigue.

L’exploitation du corps à toutes les sauces, sous tous les angles, dans les moindres détails, nous éloigne-t-il d’un rapport sain avec notre propre corps? Quel est justement votre rapport à votre corps? Quelles sont vos nourritures affectives, mentales et spirituelles?

Cet Entretien, le dernier de la saison, durera 2 heures et sera offert un soir seulement, mercredi le 28 juin à 19 heures.
Je vous propose un échange sur le sujet. Je vous invite à partager votre point de vue, vos commentaires, votre vision.
Je profiterai de la première heure pour vous exposer plus en détails l’impact du corporéisme et du jeunisme, appuyé par des statistiques et des sondages récents.
La deuxième période, que j’animerai, vous est réservée et s’activera autour de quelques questions concernant le thème de la soirée.

La formule Entretien avec Luc Breton reprendra du service en septembre, juste avant le départ pour le Tour Mode à Paris prévu le 18 septembre.