Ce que nos vêtements disent de nous

Depuis que vous avez quitté la maison ce matin, votre œil a scanné des dizaines d’individus et ce malgré toutes vos préoccupations et les méandres de votre mental. Vous entrez machinalement dans le métro et, en quelques secondes, à l’intérieur du même wagon, toute une fresque s’offre non seulement à votre regard mais à tous vos sens.

Entre deux stations, en rafale, vous avez remarqué à votre droite, un homme sans âge qui ploie sous la charge d’un sac à dos surdimensionné. Il y transpose sa vie, son histoire, sa peine.  Assise à ses côtés, évitant tant bien que mal le lourd bagage de son voisin, une sœur Angèle sereine, adresse un bonjour à qui veut bien regarder dans sa direction. Son sourire contagieux se mêle aux rires de cinq adolescentes, colorées et courtement vêtues, qui offrent aux passagers un étal de poitrines. Cet avant-goût de l’été sort de son mutisme un Éric Lapointe tatoué et chaîné et attire le regard d’un Brad Pitt, glabre, qui sert de support à une pâle copie de Paris Hilton.

À l’extrémité de ce théâtre souterrain, un ado de style gothique au visage exsangue  refuse d’occuper un banc vide pour ne pas froisser son long manteau, symbole de son appartenance à un clan. Face à lui, aussi sombre, quoique d’une autre allégeance, une femme cadre, besogneuse aux manches roulées et au souffle court,  peste contre la lenteur du métro.

Entre les deux, une chef d’entreprise au sourire nickel  et à la grâce envoûtante, échange avec un jeune collègue au look débridé et mal accordé à ses nouvelles fonctions.
Pendant que vous fouillez du regard une autre zone de l’habitacle, vos yeux croisent ceux d’une charmante personne  qui vous zieute en battant des cils plutôt que de vous toiser des pieds à la tête. Panique à bord. « Qu’ai-je donc l’air? ». Sportive, excentrique, actuelle, rigide, sobre, effacée, sexy, zen, chic, dynamique? Quelle lecture ce séduisant voyageur fait-il de vous?

Quels commentaires aimeriez entendre de sa bouche ? Que vous faites jeune (évidemment vous ne faites pas votre âge); que vous êtes féminine, originale, accessible, vivante, moderne et surtout que vous avez du style?
Souvent, dans les comportements vestimentaires et dans la gestion de l’image, une dichotomie s’installe entre ce que vous pensez avoir l’air et ce que vous aimeriez projeter. Seriez-vous habités en partie par chacun des personnages du train? Sur une échelle de 1 à 10, quelle note donnez-vous à votre style et à votre image?
La chronique «Tissu de vérité » vous entraînera chaque mois  vers une meilleure compréhension et un nouveau regard sur votre rapport au vêtement.


Mon empreinte

La première fois que je suis revenu de l’école avec une note de la Mère supérieure s’adressant à mes parents j’avais huit ans. Non pas un avis disciplinaire mais un message précisant que j’étais habillé « trop propre » pour les autres élèves. Dans mon petit bled coincé dans les montagnes des Cantons de l’est, à l’époque de Duplessis, être différent pouvait être une simple question de couleur, d’ajustement ou de coquetterie.

Loin des métropoles où j’aurais pu apprendre la musique, la danse ou les arts, le vêtement déjà, sans le savoir, était mon outil d’expression. Cette fascination, cette passion pour la guenille m’a toujours habitée.
J’ai commencé à m’intéresser à l’aspect social de la parure dans les années ’80 et mon intérêt s’est modifié et transformé en une véritable quête, un besoin de comprendre la problématique et la dynamique de la relation corps/vêture/conscience.

Comme un architecte qui griffonne des croquis dans son calepin, je lis et note tout ce qui se dit et se publie sur le sujet. Depuis 18 mois, j’ai consacré tout mon temps à une démarche sur le regard que l’on porte sur soi, sur le vêtement, le miroir. Cet exercice, parfois difficile, m’a permis de comprendre mon histoire personnelle, ma trace.
Définitivement, notre relation au vêtement en dit long sur notre façon de voir la vie.