Vêtement, dis-moi…

La tendance lourde dans les médias actuels concerne le culinaire et non le vestimentaire. Si on  consacrait autant de temps à expliquer le rapport que nous entretenons à la garde-robe qu’au garde-manger, la plupart d’entre nous serions moins démunis devant cette question universelle : «Qu’ai-je donc l’air?» ou encore : «De quoi aimerais-je avoir l’air?» Pas surprenant qu’avec une telle carence en éducation vestimentaire (le rapport au vêtement et non à la mode), nous soyons souvent incertains quant à nos choix de tenues. S’entremêlent alors plusieurs éléments : notre âge (trop vieux), notre morphologie (trop gros), notre profession (trop rigide), notre budget (trop cher), sans oublier le regard et la peur du jugement de nos pairs.

Les deux affirmations récurrentes venant de mes clientes sont : «Je ne trouve rien dans les magasins» et «Je n’ai rien à me mettre sur le dos». À quoi riment nos insatisfactions? Quel message voulons-nous transmettre aux autres? Que nous sommes en lien avec nous-mêmes, bien dans notre peau, que nous privilégions l’être plutôt que le paraître, que nous sommes conciliants tout en étant professionnels? Grosse commande!

Quand je demande aux participantes de mes ateliers: «Quelle image aimeriez-vous projeter?», trois mots retentissent à l’unisson: décontractée, naturelle, authentique. Ces termes représentent parfaitement l’air du temps. Est-ce donc dire que nous magasinons des états d’âme et non des vêtements dans les boutiques? Un vêtement en soi, ne veut rien dire. Nous devons l’habiter, lui donner forme. Cela ne se trouve pas en magasin.

Voici un truc. Comme je l’ai fait dans le tableau suivant avec les trois mots cités précédemment, trouvez ceux que vous employez pour décrire votre image et essayez de voir s’il s’agit d’un look, d’une attitude ou d’un message.

LOOK    ATTITUDE    MESSAGE
____________________________________
naturelle    décontractée    authentique

Je vous suggère en lecture, un bouquin écrit sous la direction de deux chercheurs québécois : Mariette Julien et Michel Dion : «Éthique de la mode féminine», Presses universitaires de France, 2010.


Le bâton de pèlerin

Combien d’initiations doit-on traverser pour gagner la sérénité ?  La crise d’adolescence, l’attaque de la quarantaine, le démon du midi et que dire de toutes ces mises en garde sur les phases critiques d’un couple ?  Deux, sept et vingt ans seraient les étapes charnières voire critiques pour une relation.  J’attends toujours, mon couple flotte sur un nuage.
Pire que la crise qui est l’aboutissement d’un état d’être, il y a le doute qui n’en est que le commencement.  Tel un virus qui sabote un ordinateur, le vacillement bloque la créativité et procure une vague impression d’amnésie. Houston ne répond plus, la batterie, à plat! Aucun symptôme de burn out, ni de dépression, simplement le vide.  Comme les rhumatismes, le doute est un mal subtil.  Atteindre le centre du malaise s’avère difficile.
Qui n’a jamais expérimenté ces périodes de coma où on a l’impression de dégager autant d’énergie qu’une veilleuse de chambre d’enfant.   La stimulation! L’excitation! Voilà le remède. J’aime lire les opinions de Foglia, Nathalie Petrowsky, Denise Bombardier et la plume de Cassivi.  J’admire Marie Carmen pour sa résilience, Véronique Cloutier pour sa dignité, Sheila Fraser pour sa troublante honnêteté.  Je vibre à l’intensité d’Éric Lapointe et à l’humour acéré de Jean-François Mercier. J’envie le sang-froid de Guy-A Lepage. Le contrôle émotif de Sophie Thibault me rend jaloux. Simulacre? Apparence? Quelle importance ?
Évitons de confondre le jeu des apparences à l’emprise des apparences. Faire semblant d’être en forme pour rencontrer un client et répondre à ses attentes fait-il d’un employé un être faux et artificiel ?  Se redonner confiance en revêtant une tenue qui nous dynamise est-il de la frime ?  Pourquoi le vêtement ne serait-il pas notre bâton de pèlerin ?  S’appuyer sur une tringle ou être tiré à quatre épingles, n’est-ce pas le même désir d’être supporté, accompagné ?  Être à son meilleur s’entend, se lit et se voit.
Dans un monde idéal, nous quittons la maison pour le bureau gorgé de vigueur, en habitant notre corps et notre costume en toute conscience de nos faits et gestes.  Dans un monde réel, en mode pilote automatique, nous optons dans la penderie pour un kit qui a fait ses preuves.  La tenue qui nous attirera regards et compliments et qui camouflera momentanément notre période de doute.  « La tempête est bonne quand l’abri est sûr ». Giono
Annie est-elle dans le paraître parce qu’elle teint ses cheveux gris? Donald manque-t-il de sincérité avec ses dents blanchies? La correction au laser de la myopie de Josée va-t-elle à l’encontre du « faire naturel » ?  Les ayatollahs de l’être et les juges du paraître oublient-ils l’aspect réconfortant et soignant du vêtement ?  Font-ils la différence entre plaisir, souci de soi et dépendance ?
« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. » dit l’adage.
« Ce qui me va bien se porte clairement et le style pour le dire se voit aisément. » rajoute l’analyste du comportement vestimentaire.


Mon empreinte

La première fois que je suis revenu de l’école avec une note de la Mère supérieure s’adressant à mes parents j’avais huit ans. Non pas un avis disciplinaire mais un message précisant que j’étais habillé « trop propre » pour les autres élèves. Dans mon petit bled coincé dans les montagnes des Cantons de l’est, à l’époque de Duplessis, être différent pouvait être une simple question de couleur, d’ajustement ou de coquetterie.

Loin des métropoles où j’aurais pu apprendre la musique, la danse ou les arts, le vêtement déjà, sans le savoir, était mon outil d’expression. Cette fascination, cette passion pour la guenille m’a toujours habitée.
J’ai commencé à m’intéresser à l’aspect social de la parure dans les années ’80 et mon intérêt s’est modifié et transformé en une véritable quête, un besoin de comprendre la problématique et la dynamique de la relation corps/vêture/conscience.

Comme un architecte qui griffonne des croquis dans son calepin, je lis et note tout ce qui se dit et se publie sur le sujet. Depuis 18 mois, j’ai consacré tout mon temps à une démarche sur le regard que l’on porte sur soi, sur le vêtement, le miroir. Cet exercice, parfois difficile, m’a permis de comprendre mon histoire personnelle, ma trace.
Définitivement, notre relation au vêtement en dit long sur notre façon de voir la vie.