LE VÊTEMENT ET LE COUPLE

LUC 1982Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

 

Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

 

QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

REJEAN_YATCH2Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

 

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

 

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.

 

 

 

 


Le reflet de son image

Etang

L’image de Valérie Plante (sourire), nouvelle mairesse de Montréal, celle de Denis Coderre (intraitable) ancien maire de Montréal, Donald Trump (l’homme orange sans raffinement), Pauline Marois (bourgeoise à cause de ses foulards selon les dires), Safia Nolin (choquante à cause de sa différence) et ainsi de suite. L’image, l’image, l’image, partout, tout le temps, pour tous.

Ce matin, en marchant avec mes chiens dans la forêt, j’ai pris cette photo d’un bouleau blanc qui a ployé sous les vents violents des derniers jours. Tellement courbé que sa tête frôle la surface de l’étang. Cette eau, si calme ce matin tel un miroir, renvoie au bouleau l’image de sa fâcheuse situation.

La notion d’image est claire et floue à la fois. Question d’interprétation? Pour certains, l’image est le reflet de leur personne, l’incarnation de ce qu’ils sont intérieurement; pour d’autres, cela correspond à leurs vibrations énergétiques alors que d’autres n’ont pas encore pris conscience que tous projettent une image, quelle qu’elle soit.
Par exemple, en premier plan sur la photo, deux quenouilles chétives que vous n’avez peut-être pas remarquées, font le pied de grue devant la surface lisse du plan d’eau alors qu’un arbre mort à moitié submergé ou à moitié immergé, selon le point de vue, repose dans l’eau. Et c’est bien là toute la difficulté de parler de notre image. Notre image par rapport à qui, à quoi?

Toujours sur la photo, les sapins majestueux, solides, en imposent par leurs tailles et leurs corps droits, immuables en apparence. Mais ces grands gaillards se fractionnent irrémédiablement en plusieurs morceaux sous la pression des vents et s’abîment dans l’eau contrairement au bouleau qui grâce à sa silhouette et la souplesse d’un danseur de ballet, fléchit sans casser et souvent même se redresse, sans se noyer.
Le bouleau et son reflet dans l’eau créent une figure irrégulière mais harmonieuse, une forme ronde et ovale, mutante, alors que les conifères ne réfléchissent dans l’étang qu’une banale masse sombre servant à mettre en vedette le bouleau et sa blancheur. Et toute cette histoire de reflet se joue sous un ciel bleu d’automne, un des plus beaux de l’année.

Morale de cette histoire : oui, Narcisse est tombé amoureux de son image qui se reflétait dans l’eau et réalisant le vide et la futilité de la chose, il se suicida. N’ayez crainte et cessez de vous comparer aux autres. Vous êtes à l’image de ma photo de ce matin, plein de surprises. Regardez-vous bien!

Quelle est la vraie difficulté : « mettre » des vêtements sur votre corps ou des mots sur votre malaise?
«Le vêtement amène un autre regard sur soi, et répond à l’exigence de s’offrir une image de soi favorable et valorisante. Le vêtement est l’un des rares truchements permettant de pouvoir jouer avec différentes images de soi». RIEN À ME METTRE, LE VÊTEMENT, PLAISIR ET SUPPLICE, Élise Ricadat et Lydia Taïeb

L’IMAGE est la pierre angulaire de l’atelier «JE VÊTS BIEN» que j’animerai à Québec le 18 novembre prochain

Sujets abordés: image de soi, regard sur soi, perception, corps, insatisfaction, doutes, peurs d’oser, de vieillir, de grossir, de ne pas être à la hauteur, empreintes, phobies vestimentaires, résistances, fausses croyances, signature vestimentaire


Atelier «JE VÊTS BIEN» à Québec

Gens de Québec et des environs, j’animerai l’atelier «Je vêts bien» au Domaine Maizerets le 18 novembre prochain.

C’est dans ce site enchanteur que nous explorerons vos habitudes et vos comportements vestimentaires.

LIEU : Domaine Maizerets,
2000, boulevard Montmorency, Québec, QC
DATE: 18 novembre
HORAIRE : 9h à 16h
COÛT : 110$

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La tenue retenue est bien vue. Vraiment?

retenue1Nous avons tous vécu cette expérience sur la route lorsqu’un conducteur impoli nous colle au derrière avec son bolide pour nous signifier de changer de voie. Certains baveux ajoutent même davantage de pression en klaxonnant ou en amplifiant leurs phares, question de nous intimider et de nous imposer leurs grossières méthodes persuasives. Deux choix s’offrent alors à nous : leur tenir tête en prenant tout notre temps pour nous déplacer, les laissant ainsi mariner dans leur char supersonique ou alors, en panique, apeurés presque, céder sous la tension et s’empresser de libérer la voie convoitée, leur concédant ainsi une forme de pouvoir.Nos comportements au volant se comparent à certains de nos comportements vestimentaires. J’utilise souvent la métaphore pour amener les gens à réaliser que leurs attitudes se répètent dans plus d’un domaine dans leur vie. Pour citer Aline Dagut de l’École Parisienne de la Gestalt, le vêtement est une dimension de soi, il parle de notre relation au monde.

 

En observant nos habitudes, nous réaliserons que nos comportements se répètent dans plusieurs sphères de notre vie, qu’ils se transfèrent comme s’il s’agissait de vases communicants. Nos forces, nos faiblesses, nos insécurités, notre tempérament, nos complexes, notre détermination, notre franc parlé, toutes les pièces qui forment ce que nous sommes se retrouvent aussi dans notre rapport à la nourriture, à la musique, à la littérature et bien évidemment à notre rapport au vêtement. Ce dernier n’est qu’un des éléments qui composent le fil d’Ariane de notre vie.

Dans l’exemple de la voiture, si vous laissez quelqu’un vous dicter votre conduite automobile, il y a de fortes chances que quelqu’un d’autre vous impose sa loi dans un autre secteur de votre vie. Par exemple, Anne-Sophie, 34 ans, s’abstient de porter un chandail avec une encolure en V en présence de sa mère qui trouve cela trop décolleté, aguichant, voire vulgaire. Anne-Sophie cède donc du terrain à sa mère pour lui plaire, éviter les discussions stériles et les commentaires désobligeants. Elle se prive de porter un vêtement qu’elle aime, sous la pression d’une tierce personne.

Lucille, 67 ans, vit à la campagne depuis sa retraite. Elle aimerait tant s’éclater dans le vêtement, «être plus folle», permissive. Son désir secret : porter de grandes crinolines, des mètres de tulle, comme un enfant qui se déguise, pour le plaisir, en jardinant. Mais…elle pense que son voisin la considère un peu bizarre. Afin de ne pas jeter de l’huile sur le feu, elle s’abstient alors et cède au regard (imaginaire peut-être) du voisin. Ce voisin est un ventriloque à qui elle donne la parole et à qui elle prête des intentions.

Marie-Paule, 56 ans, achète beaucoup, beaucoup de vêtements. Elle adore magasiner et surtout porter des vêtements neufs. Sa carrière va bon train et l’argent est au rendez-vous. Mais, après chaque achat, elle se sent dans l’obligation de justifier ses impulsions. Pourquoi ressent-elle de la culpabilité? À qui doit-elle rendre des comptes? À son père, défunt, qui la surveillait de près et qui la réprimandait sur ses nombreux achats. «Tant d’argent dépensé en guenille alors que des familles crèvent de faim» lui répétait-il. Encore aujourd’hui, elle boude son plaisir et se laisse dominer par la voix intérieure culpabilisante.

Alors, qui tire profit de nos tenues retenues si ce ne sont les autres?

Ces autres qui nous transfèrent leurs malaises nous imposent leurs insécurités et leurs valeurs. Jusqu’à quel point l’opinion, le jugement et le manque d’ouverture de l’autre nous limitent-ils dans vos choix vestimentaires? Beaucoup plus que nous le croyons. De là toute la différence entre «porter» et «subir» un vêtement. Porter un vêtement, l’habiter, met en valeur nos atouts et nos traits de personnalités alors que porter une tenue imposée nous écrase, annule nos forces et nous brime dans notre créativité.
Qu’est-ce qui est le plus exigeant, choisir une tenue ou s’inquiéter à savoir si elle plaira? Qu’est-ce que le confort si ce n’est l’absence de jugement et de commentaires sur nos choix vestimentaires davantage que sur la coupe d’un vêtement?

Débeiger
Dans mes conférences et dans mon atelier «Je vêts bien», j’utilise cette expression : débeiger, c’est-à-dire, sortez du beige, du neutre, du consensus mou. Autrement dit, déballez-vous, déblayez, débloquez, décadenassez ce qui vous retient et osez être qui vous êtes. Ne plus être le pantin de l’autre.

Cela est un cheminement bien particulier : celui de prendre le vêtement à témoin pour vous observer, vous découvrir et dénouer les secrets de vos vieilles habitudes pour enfin laisser place à plus de légèreté dans votre rapport aux apparences. En développant votre sensibilité face au lien que vous entretenez avec le vêtement et votre vigilance face à vos faits et gestes «vestimentaires», les réponses à vos questions sur le sujet devraient jaillir d’elles-mêmes. Les conseils et les trucs des conseillers vestimentaires deviendront secondaires. Les changements, sans être drastiques, s’effectueront graduellement.

Si vous vous faites confiance, petit à petit, votre signature vestimentaire s’affirmera. Votre style vous précédera et le vêtement vous portera, et non l’inverse. Vous constaterez à quel point vos fausses croyances s’inclineront devant votre aisance à expérimenter votre potentiel, et les doutes sur vos capacités esthétiques s’évanouiront. Votre langage visuel s’accordera à votre langage verbal et créera ainsi une cohérence et un équilibre.

Terminés les affolements devant la garde-robe et l’effroi de ne pas être à la hauteur des exigences des autres avec vos vêtements. Vous déciderez maintenant, en toute quiétude, ce qui correspond à vos états d’âme. Jongler avec ses émotions, ses sentiments et le vêtement est un ménage à trois conciliable. Malgré les écueils, ne cessez pas d’expérimenter la place du vêtement dans votre vie, cet ambassadeur qui vous mettra en lumière.

Voir mes articles sur le Huffington Post

Photo: www.wallup.net


Vêtement, dis-moi, est-ce que je vêts bien?

bienAu début de ma carrière, il y a 45 ans, le discours concernant la relation au vêtement et au corps touchait essentiellement des femmes de 20 à 45 ans alors qu’aujourd’hui elle inclut des hommes, des fillettes de 9 ans qui veulent perdre du poids, des femmes de 70 ans qui s’interrogent sur leur coquetterie et des jeunes hommes obsédés par leur image corporelle. La situation ne s’est donc pas améliorée; au contraire, elle s’est détériorée.

Au fil de mes expériences de travail dans le domaine de la mode, un sentiment de manque m’a petit à petit habité. Le fait qu’on valorisait peu le vêtement au détriment de la mode m’agaçait. Comment se faisait-il qu’on évacuât l’aspect humain dans le discours sur l’apparence? Pourquoi tant de questions sans réponses concernant le corps, l’âge, les émotions et les sentiments reliés au vêtement tel que confiance en soi, se sentir à la hauteur?

J’ai donc entrepris des recherches pour mieux cerner le rapport qu’entretient un individu avec le vêtement, et les incidences dans les différents domaines de sa vie. « Gars de terrain », j’ai rencontré des femmes, surtout, de tous âges et de toutes professions, mais avec toujours la même interrogation : « Suis-je correcte? »; « J’ai l’impression d’en mettre trop ou pas assez »; « Les autres femmes ont plus d’habileté que moi pour choisir leurs tenues »; « Je manque d’audace »; « Je perpétue le même style » ; « Je doute de mes choix », et autres litanies.

En cette période de quêtes de toutes sortes où le bien-être est servi à toutes les sauces, il est étonnant qu’on aborde aussi peu la dynamique de la relation au vêtement. Une quête ne signifie pas rejeter du revers de la main la mode, les tendances et le style, mais plutôt d’explorer des voies pour atteindre la satisfaction et le bien-être de son apparence. Cependant, en partageant notre inconfort face à notre image visuelle, nous risquons d’être rabroués par des phrases assassines du genre : « il y a pire que cela sur la terre », « cela est tellement artificiel ». Les préjugés entourant l’intérêt que l’on porte à son image sont aussi tenaces que ceux visant les maladies mentales. Les maladies de l’image, c’est futile et nombriliste, croit-on encore.

Étant donné que cette situation ne trouvait pas écho nulle part, j’ai donc créé l’atelier « Je vêts bien » pour répondre à ce manque de tribune où il serait possible de partager sa situation, son vécu, ses expériences vestimentaires, voire sa détresse. Bien égoïstement, je l’ai fait aussi pour faire le point sur mon propre rapport aux apparences. Au fur et à mesure que j’élaborais ma recherche, trois questions plus personnelles revenaient sans cesse me hanter : l’origine de la perception erronée que j’avais de moi-même, les incidences de cette méprise dans mon développement personnel, et les actions à prendre pour corriger le tir. Autrement dit, faire la lumière sur mes comportements vestimentaires.

L’atelier « Je vêts bien » propose une réflexion pour approfondir un volet de la connaissance de soi, rarement abordé : Le regard que je pose sur moi, sur mon corps et dans ma relation au vêtement est-il approprié? Il permet de décortiquer, dénouer votre relation au vêtement.

En participant à cet atelier, vous explorerez ces points :

L’origine de vos comportement vestimentaires

L’origine de ce regard (le vôtre et celui des autres) qui donne le ton à vos habitudes et vos comportements vestimentaires. L’influence de la famille, son ADN vestimentaire, les proches, l’école, la culture, etc.
Votre image

La perception que vous avez de votre image visuelle et corporelle ainsi que le degré de satisfaction qui en découle. Les pressions qui brouillent les cartes (travail, société, médias, pressions personnelles, etc.)

Vos résistances

Nous figeons dans le temps une image négative d’un élément vestimentaire (style, couleur, imprimés) et cela érode notre assurance. Nous évitons de porter ce qui nous donnerait bonne mine, affectant du coup notre signature vestimentaire. Les faux-fuyants derrière lesquels on se cache : « mon travail ne le permet pas »; « ça ne se fait pas à mon âge », etc.

Repartir sur des bases qui correspondent davantage à votre réalité actuelle

Cet atelier se veut un temps d’arrêt pour poser un regard neuf sur votre rapport au vêtement, recadrer votre image et votre perception de vous-même. Une journée bien investie pour ceux et celles en quête d’une meilleure relation à soi et à son image.

Comprendre le vêtement c’est concevoir le rapport à son image, fausse ou réelle, et c’est apprendre à communiquer, sans mots, en utilisant un vocabulaire codé. C’est aussi réaliser que les goûts ne sont pas à discuter, mais à expliquer et qu’il faut éviter la fatalité, ne pas être une victime de son image visuelle et corporelle, mais apprendre à l’aimer et à la laisser évoluer, comme nous le faisons dans les autres domaines de notre vie. Ce n’est pas un sujet obscur, impénétrable.

L’architecte a l’intelligence de l’espace, la chanteuse celle du texte et vous, avec vos vêtements, vous avez l’intelligence de votre apparence. S’habiller n’est pas un geste banal, mais nous le répétons si machinalement que nous en oublions les raisons et les plaisirs tout comme nous le faisons avec un repas savoureux, ingurgité en vitesse, en privant nos pupilles gustatives d’un festin.

Voici quelques exemples de sujets abordés dans cet atelier :

Pour vous, s’habiller c’est…
□ impressionner…
□ provoquer les autres…
□ signifier son appartenance…
□ se mouler socialement ou se différencier…
□ se cacher des regards d’autrui, s’effacer, disparaître…

Quelles sont les peurs qui se cachent derrière vos résistances au changement?
La peur…
□ du ridicule
□ de faire vieux
□ de perdre mon authenticité
□ de ne pas être pris au sérieux au bureau (de ne pas faire « crédible »)
□ du rejet, de l’exclusion du groupe d’appartenance, de l’abandon
□ de ne plus attirer les regards sur soi, de ne plus être le centre d’intérêt

Dans votre garde-robe, choisissez trois (3) tenues que vous affectionnez particulièrement et assignez-leur un rôle.
Par exemple :

□ Vêtement rébellion
□ Vêtement superstition
□ Vêtement doudou, cocon, consolateur
□ Vêtement facilitateur (l’éternel tailleur noir)
□ Vêtement prête-nom (pour se créer un personnage)
□ Vêtement dépendance (qui est donc une véritable dépendance)

Le vêtement, outil communication

• Avez-vous l’impression parfois que votre tenue communique plus habilement que vous et a plus d’impact?
• Dans quelle(s) circonstance(s) le vêtement est-il votre meilleur messager?

Je promène mon atelier «Je vêts bien» à travers le Québec depuis presque 10 ans. Voici des témoignages de participantes que j’ai recueillis.

« La formation m’aura permis de confirmer l’héritage que ma mère m’a transmis : la fierté, le respect de soi et des autres, l’élégance, l’image de soi, l’importance de l’arrimage entre les différents savoirs, c’est-à-dire le savoir-être, le savoir-paraître et le savoir-faire. » Estelle O.

« Autre prise de conscience : dès le premier exercice écrit, j’ai reconnu avoir retenu mon élan spontané d’arborer pour cette rencontre un bijou que j’estimais trop voyant. Moi qui détestais tant les « qu’en-dira-t-on » de ma mère ! Depuis, le ver de la comparaison avec mes semblables ronge de moins en moins ma pomme. » Denise N.

« Cela m’a permis, entre autres, de découvrir de nouvelles perspectives à partir de la notion « habiter son vêtement ». Un vêtement habité, c’est celui qui me met en valeur et attire l’attention sur moi. Il témoigne de mon ouverture aux autres, de mon accessibilité, et non d’un classicisme « sévère et froid ». Louise, jeune retraitée

« Ce que j’en ai retiré, plus que tout, c’est que le regard n’est pas une entité solitaire branchée directement sur le jugement. Le regard de l’autre est très similaire au mien. C’est-à-dire qu’il est fait de ressenti, d’affect, de filtres et d’a priori liés en grande partie à notre besoin d’être accepté de la meute. Le regard de chacun se nourrit d’un désir d’entrer en relation avec l’être qui est devant nous. Beaucoup plus que de l’approbation de notre apparence physique ».
Hélène Q.
Pour informations : [email protected]

Voir mes articles sur le Huffington Post

bien1*S’habiller pour séduire qui?

La tenue, le vêtement devient sous les yeux d’une femme la voie d’accès au regard des hommes, à une féminité efficace…
Rien à me mettre, le vêtement, plaisir et supplice…

Photos:
The art of travel 1951, Norman Parkinson
Élégance du dimanche, Paperblog


Je vêts bien : atelier sur la relation au vêtement

 

JL’image contient peut-être : maison, ciel et plein air’ai créé cet atelier après avoir constaté que nous éprouvons des difficultés ou que nous avons un rapport « amour-haine » à l’égard des vêtements. Plusieurs parmi nous avons une image de soi « faussée » ou entretenons des idées préconçues sur ce qui nous convient ou non.

Notre relation au vêtement est un univers complexe qui tient pour beaucoup au regard que nous portons sur nous, tantôt indulgent, tantôt implacable, mais rarement juste.

L’atelier « Je vêts bien » propose une réflexion pour approfondir un volet de la connaissance de soi, rarement abordée : Le regard que je pose sur moi, sur mon corps et dans ma relation au vêtement est-il approprié? Comment l’accepter, l’améliorer ou m’en libérer?

En participant à cet atelier, vous explorerez ces points :

•L’ORIGINE DE VOS COMPORTEMENTS VESTIMENTAIRES
Nous aborderons l’origine de ce regard (le vôtre et celui des autres), qui donne le ton à vos habitudes et vos comportements vestimentaires

•VOTRE IMAGE
Nous évaluerons la perception que vous avez de votre image visuelle et corporelle ainsi que le niveau de satisfaction qui en découle.

•VOS RÉSISTANCES
Nous figeons dans le temps une image négative d’un élément vestimentaire (style, couleur, imprimés) et cela mine notre assurance. Nous évitons de porter ce qui nous donnerait bonne mine, affectant du coup notre signature vestimentaire.

•REPARTIR SUR DES BASES QUI CORRESPONDENT DAVANTAGE À VOTRE RÉALITÉ ACTUELLE
Cet atelier se veut un temps d’arrêt pour poser un regard neuf sur votre rapport au vêtement, recadrer votre image, votre style et votre perception de vous-même.

Une journée bien investie pour ceux et celles en quête d’une meilleure relation à soi et à son image.

Quand : dimanche, 7 mai 2017
de 9 h 30 à 16 h 30

Lieu : Eastman, sortie 106, Autoroute des Cantons de l’est

Coût : 100$

Dépôt : 25$ à l’inscription, non remboursable si annulé 3 jours avant l’atelier

Pour réservation :[email protected] T : 450-297-3722
M : 514-794-9230


NOTRE SIGNATURE VESTIMENTAIRE EST-ELLE FAUSSE?

GettiAvec élan et avec toute la fierté qui m’habite, je signe de ma main droite les documents que me présente la notaire pour la vente d’un de mes biens. Précédée par son index, elle me guide, «Signez ici, et ici et là, et vos initiales, ici, en bas». Aussi simple que cela. Ma signature valide mon identité.

Il y a une quinzaine d’années, mon institution financière m’a contacté pour authentifier ma signature sur un document. Avec le temps, mon autographe s’était drôlement simplifiée et relevait davantage d’un geste artistique que d’une signature de premier de classe. Compte tenu de ma passion pour les comportements humains, mon premier réflexe a été de me demander si la modification de ma signature correspondait à d’autres changements dans ma vie.
Je me suis alors rappelé mon cours en graphologie à l’Université de Montréal où la formatrice avait bien précisé que notre style d’écriture pouvait varier selon qu’on écrivait un texte ou qu’on signait un chèque.

Quand je replonge dans un de mes nombreux cahiers barbouillés et que je sélectionne une page au hasard, je remarque avec stupéfaction à quel point mon écriture peut varier. Il m’arrive de me demander si c’est bel et bien moi qui les ai écrites. Une écriture à géométrie variable, pourrais-je dire. Mes mots sont illisibles et désordonnés certains jours, atrophiés même, et à d’autres moments ils sont majestueusement déposés sur les lignes du cahier et alignés comme l’écriture des religieuses qui m’enseignaient au primaire, une plume élégante. Cela est-il influencé par mon humeur, ma nervosité du moment, ma fébrilité, ma sérénité certaines journées où j’ai une embellie ou cela ne dépend-il que du type de crayon que j’utilise, l’outil ? Pousse-mines, porte-mines, plumes fontaines, stylo-bille, banal crayons au plomb chapeauté d’une efface.
En est-il ainsi de ma signature vestimentaire? Bien évidemment! Mon rapport au vêtement est comparable à ma relation à l’écriture cursive. J’utilise souvent la métaphore dans l’animation de mes ateliers. La signature écrite et la signature vestimentaire se prêtent bien à ce jeu, sans toutefois tomber dans l’analyse à l’emporte-pièce.
Mais voilà qu’en cette période des fausses nouvelles, de la post-vérité, de la désinformation et du populisme que nous traversons, je m’interroge sur ma propre authenticité : ma signature vestimentaire serait-elle fausse?

NOTRE SIGNATURE : UN CHOIX PERSONNEL OU DICTÉ?

Comment se positionner entre «ne pas être comme tout le monde» et avoir une identité vestimentaire propre sans pour autant être marginal, déguisé ou faux? Ce que nous souhaitons essentiellement, c’est d’avoir une signature vestimentaire qui nous distingue.
Où se situer entre « has been » et « wannabe », fashion victim et caduque ou encore, haut en couleurs et out en couleurs? À demander l’avis de tout un chacun, on oublie de se fier à soi. Il devient alors difficile de valider nos choix sans gangrener notre estime ou notre confiance. Nous éloignons-nous de notre nature profonde? Matraqués par les avis des pros, influencés par les images publiques et sensibles aux commentaires des autres, dans quelle mesure notre signature vestimentaire est-elle un choix personnel, délibéré, et jusqu’à quel point est-elle dictée par la société?

«Être comme tout le monde équivaut à n’être personne» (Élise Ricadat, Lydia Taïeb, Rien à me mettre, le vêtement, plaisir et supplice). Cette citation, brutale, révèle bien une interrogation ressentie par les participants à mes ateliers : évoluer ou figer?

Une signature vestimentaire n’est pas fixe dans le temps et doit évoluer. L’air du temps influence la culture, les loisirs, l’architecture, les communications, le sport et la consommation sous toutes ses formes. L’industrie de mode y participe grandement. Même s’il est permis d’en douter parfois, la société évolue et les règles et les codes changent.
Si le changement est synonyme d’avancement pour certains, il se retrouve à l’autre extrémité du spectre pour d’autres. Leur signature vestimentaire est figée.
Se cantonner dans un style vestimentaire est une pratique insidieuse qui peut cacher une résistance aux changements, laissant sous-entendre que la nouveauté nous effraie, que le passé est préférable au présent. Ce comportement peut faire boule de neige puisqu’il risque de se généraliser à divers domaines de notre vie. «Leur impossibilité à se glisser dans des images d’elles-mêmes trop variées témoigne d’une intériorité fragile, d’un rapport à leur corps extrêmement rigide, où le jeu et la fantaisie ne peuvent trouver leur place». (Élise Ricadat, Lydia Taïeb RIEN À ME METTRE, le vêtement, plaisir et supplice).

ÉCRITURE VIVANTE OU ÉCRITURE AMORPHE
J’ai une passion (plutôt une collection) pour les crayons, les plumes et les cahiers. J’ai toujours écrit ce qui m’inspirait au quotidien, pris en note des extraits de mes lectures ou des citations entendues à la télé ou à la radio. Je m’en inspire quand j’ai à rédiger un texte, j’écris en dilettante. Parfois je colle dans mon cahier une image taillée dans une revue, je griffonne, je barbouille et mon plus grand plaisir est de modifier au crayon plomb les visages des gens dans les journaux. Maquillage plus prononcé, lèvres pulpeuses, oreilles décorées, piercings dans l’aile du nez, à tel point qu’on ne reconnaît plus Paul Arcand du FM 98,5 ou Gino Chouinard de Salut Bonjour, pas plus d’ailleurs que Denise Bombardier que je travestis en drag queen.

Comme je le fais avec mes crayons et mon écriture, j’utilise le vêtement pour me manifester, m’affirmer, m’afficher, m’individualiser, socialiser et véhiculer mes valeurs. Mon image est vivante et modifiable. Jean-François Amadieu, (LA SOCIÉTÉ DU PARAÎTRE), synthétise ce phénomène des images multiples : «Les images que nous offrons de nous-mêmes sont tantôt glamour, tantôt naturelles, tantôt drôles, tantôt sexy, ou alors carrément professionnelles».
Cette diversité de nos images nous libère-t-elle de notre modèle rigide ou crée-t-elle, au contraire, davantage d’insécurité face à ces questions existentielles : «Qui suis-je?» Qu’est-ce que je projette? Qu’est-ce ce que je dégage?
Mais je ne suis pas faux pour autant.

 

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Photo: Guido Mieth, Getty Image


LA FIN DE VIE

Arbre coeur

Aujourd’hui, une personne que j’aime beaucoup, traverse une dure journée aux soins palliatifs. Ma nuit a été agitée, je suis fatigué, donc plus fragile. Il m’est impossible de me concentrer sur mon travail. Je ne comprends même plus la logique de ce que j’ai écrit hier dans mon livre.
Une partie de nous s’envole avec ceux qui partent. Au-delà des souvenirs précieux qui nous reviennent en mémoire, la fin de vie d’un être cher est bouleversante. Le temps qui s’écoule habituellement trop vite, change de tempo.
Chaque minute, chaque heure, nous tient en haleine. Mon énergie mentale est entièrement focalisée sur la tournure des événements de la journée.

Tous ces détails du quotidien, ces inquiétudes reliées au travail, ces mésententes avec le voisin, ces accrochages avec le gérant de la quincaillerie, ces brouilles avec des membres de la famille ou encore ces débats de certains idiots des réseaux sociaux qui mettent le feu aux poudre pour un rien, tout cela paraît bien insignifiant aujourd’hui, sans importance.

Le chagrin me plonge dans une léthargie, un engourdissement qui m’immobilise.
Mais au rez-de-chaussée j’entends l’homme qui me mijote du comfort food pour ce soir. Un des chiens lèche la tête du chat qui ronronne. Le mont Orford, tout blanc, face à mon bureau, est libre de nuages. Je pense qu’on est au printemps, je n’en suis pas certain. L’été, ma saison préférée, approche.

Aujourd’hui c’est l’amour et l’affection des miens qui me préoccupe. Le reste n’est que superflu. Les heures de tombée de mes textes ne seront pas respectées, le rapport d’impôt attendra et je répondrai à mes messages quand mon cœur sera plus léger.

Prenez quelques minutes aujourd’hui et laissez-vous aller à la rêverie, imaginez-vous les scénarios les plus improbables dans votre tête et souriez en pensant à toutes ces niaiseries que vous devriez faire.
N’attendez-pas.


Habitez-vous la planète du lisse?

Selfie

Les préjugés, la discrimination et l’intimidation ont fait couler beaucoup d’encre et de larmes ces dernières années. Je me suis même demandé si mon implication dans le bien-être des gens concernant l’image corporelle n’avait pas altéré ma vision des choses et qu’en fin de compte, le discours sur le phénomène ne s’était pas trop emballé.

Mais après la lecture du dernier bouquin de Jean-François Amadieu, LA SOCIÉTÉ DU PARAÎTRE, Les beaux, les jeunes…et les autres, je me suis ravisé. Recherches et statistiques à l’appui, l’auteur fait le bilan des discriminations associées à un handicap, à l’état de santé, à la silhouette, à la taille, à l’âge et à la couleur. Toutes se traduisent sous forme d’injustices au quotidien.

La prime à la beauté, à la jeunesse, à la bonne santé, à l’érotique, au maquillage et autre, influence les choix des recruteurs, les relations de travail et évidemment les relations interpersonnelles.

Le phénomène narcissique est amplifié par l’utilisation des réseaux sociaux et s’est infiltré dans presque tous les aspects de nos vies. Être beau, mince, performant, sportif; avoir de beaux vêtements, une belle poitrine, des traits parfaits, du beau, du beau, que du beau. Les produits de beauté ont fait place aux applications d’embellissement des photos. Si vous n’êtes pas beaux, point de salut. Il est préférable d’habiter la planète du lisse, une peau lisse, une pensée lisse et un comportement lisse.

Selon l’auteur, une belle poitrine plutôt qu’une belle personnalité serait le nouveau fantasme des hommes. Du fait que l’on se marie tardivement, que les relations soient courtes et nombreuses, sans engagement et sans affection, les pousse à focaliser sur le physique d’une possible conquête en reléguant les autres aspects.
«Le cadre dynamique aura pris des couleurs en golfant ou en faisant du jogging : c’est rassurant pour les employeurs, il est en pleine forme ».

LES DOMMAGES COLLATÉRAUX

Je m’intéresse aux dommages collatéraux de ces images qui empoisonnent la société. Les effets dévastateurs sont insidieux et s’infiltrent dans nos derniers retranchements. On rame à contre sens. L’image corporelle est un château de cartes.

À titre d’exemple, Amadieu, qui est impliqué dans l’Observatoire des discriminations, université de Paris-l-Panthéon-Sorbonne, affirme que les utilisateurs de Facebook sont plus insatisfaits de leur corps et ont plus de désordres alimentaires que ceux qui ne sont pas sur ce réseau social….ils sont aussi plus préoccupés par leur silhouette et veulent, plus que les autres, être minces…Non seulement on est obsédé par son apparence, mais les images des autres rendent jaloux.

…aux États-Unis, une femme qui pèse trente kilos de plus qu’une autre gagne 9% de moins, ce qui correspond à une année et demie d’études ou bien à deux années d’expérience professionnelle.
Les hommes ne sont pas épargnés par les méfaits des apparences : «…les jeunes hommes aimeraient avoir 13 kilos de muscles supplémentaires et sont convaincus que les femmes apprécient les hommes plus musqués qu’eux.»

«Nul n’échappe désormais à sa responsabilité face à l’image qu’il donne aux autres, il vaut ce que vaut son image». David LeBreton, Éthique de la mode féminine.
Et c’est là que le bât blesse. Non seulement sommes-nous assaillis par ces «winners» qui font partie du groupe sélect des beaux, jeunes et minces mais selon Danielle Bourque, auteure de À 10 kilos du bonheur, que j’ai consultée avant d’écrire mon blogue, «Une nouvelle norme s’est installée avec le livre paru en 1991: il faut s’accepter, créant un étage de plus. On ne peut plus nommer que cela est dur. On est censé être au-dessus de tout cela.»

Marie-Claude Élie-Morin dans son bouquin LA DICTATURE DU BONHEUR, corrobore ces dires.
«Le bonheur est devenu un impératif, au même titre que la minceur et le succès professionnel. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances : on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et «positive », parfois au mépris de la réalité.»

Résultat : la culpabilité d’avoir failli à la tâche, de ne pas avoir réussi à mâter le corps, crée un sentiment d’échec, de dépréciation de soi. La comparaison aux images sans défaut qui nous sont offertes et qu’on envie donne l’impression d’avoir perdu le contrôle de sa vie et crée même l’humiliation. Cette forme de défaite s’associe souvent à la notion de valeur. Ai-je moins de valeur marchande aux yeux de mes clients, une cote qui rapetisse auprès de mes amis ou est-ce seulement à mes propres yeux que ma valeur a diminué? Et que dire de l’insatisfaction permanente engendré par ces questionnements qui attaquent de plein fouet notre estime personnelle et ébranlent notre confiance, nous plongeant parfois dans une faillite morale.

On ose se demander ensuite pourquoi tant des gens acceptent mal de vieillir, que d’autres obsèdent maladivement sur leur poids, que la demande pour des chirurgies esthétiques ne cesse d’augmenter, que l’estime et la confiance en soi sont en voie de devenir une industrie?

Suite à mon blogue sur le phénomène Safia Nolin le 2 novembre dernier, quelqu’un m’a acheminé ce message : «Quel perte de temps…il y a tellement de choses dont on devrait s’indigner……..la pauvreté…..la violence…l’état de notre planète…….et Safia fait la manchette….??? est-ce que c’est juste moi ou……»

Ce à quoi j’ai répondu : «Ce que vous affirmez est bien mal comprendre la détresse qui habite beaucoup de gens face à leur image visuelle et corporelle. Justement, à force de se faire répéter qu’il y a pire que cela dans la vie, les gens se réfugient dans le silence croyant qu’ils sont “anormaux” à cause de leurs inquiétudes. Si on pouvait parler librement de notre mal-être relié à l’image sans se faire rabrouer ou pire encore toujours ressasser la même vieille rhétorique de l’être et le paraître. Cela aussi m’indigne et je ne suis pas pour autant insensible à la pauvreté et la misère dans le monde. Souffrir dans son image est aussi une forme de souffrance ainsi que la pauvreté de l’âme. Mais je comprends que le dossier Safia prend beaucoup de place».

Par les temps qui courent, il faut être bigrement équilibré pour ne pas se sous-évaluer à travers un miroir déformant et céder à ce vacarme qui nous empêche de nous concentrer sur nos atouts et qui nourrit l’image négative que nous avons de nous-mêmes? Ne jamais oublier cette question, tirée de la Psychanalyse jungienne, «Qui es-tu quand personne ne te regarde? »

LA RÉSISTANCE S’ORGANISE

Michèle Marin, Styliste pour femmes et formatrice, dessert une clientèle féminine dans la soixantaine et constate un changement dans la relation au corps et au vêtement chez sa clientèle. «Les femmes veulent mieux se connaître, veulent être bien et cela n’est pas un phénomène passager, un leurre». Selon elle, les gens ne voudront pas retourner en arrière. Les femmes ont changé leur façon de voir. La mentalité a évolué parce qu’on propose d’autres modèles qui leur plaisent. Elles ne veulent plus de ces modèles stéréotypés.» Mon style peut-être charmant même si je ne suis pas la beauté de l’heure, affirment ses clientes.

Anne Richard qui a publié en décembre dernier DU MIROIR À L’ÂME, La quête de l’amour de soi, propose un programme : faire la paix avec votre corps-miroir en 15 semaines.

Quant à elle, Youmna Tarazi, Experte en cohérence identitaire et image de soi”, offre à Paris une formation « Votre garde-robe de la peau à l’âme. » Elle a aussi monté un spectacle sur les habits, l’identité et la mémoire du corps, Pourquoi les anges s’habillent en blanc?, où elle se produit seule sur scène.
Mon atelier «Je vêts bien» s’inscrit dans cette démarche de comprendre le lien que nous entretenons entre notre corps, notre vêtement et notre bien-être.

«Il était inévitable que le culte de la beauté, de la minceur ou de la jeunesse finisse par provoquer des refus et des réactions dans l’opinion publique» Jean-François Amadieu.

Là-dessus, devrais-je vous souhaiter une bonne ou une belle année?

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crédit photo: Ebay


Oui elle est grosse Safia Nolin! Oui elle dérange avec son look. Mais qu’est-ce qui nous fait autant réagir?

sofia-nolin-gala-de-l-adisq-2016Le Gala de l’ADISQ, la grande messe de la musique, a été prise dans la circulation de l’autoroute des apparences dimanche soir à Radio-Canada. «Plus ça change, plus c’est pareil», répète-t-on souvent, mais cette fois-ci, la mesquinerie et la méchanceté méritent le trophée de la soirée. Je parle bien entendu de tout ce tollé autour du look de Safia Nolin, découverte de l’année à ce gala.

Difficile parfois de décrypter les commentaires des gens. Mario Pelchat qui portait un veston du créateur québécois Gilbert Dufour il y a des décennies de cela lors d’un gala semblable, avait été ridiculisé à cause des motifs atypiques de ce veston. Comment le rossignol du Saguenay (ou du Lac), gentleman, propre de sa personne, beau, charmeur, mince, pouvait-il être la cible des médias? À cause d’un veston!

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À l’opposé, à un autre gala, Kevin Parent, le beau Gaspésien ténébreux, montait sur scène arborant un style «dress down» des années 90 en jeans et t-shirt à manches courtes. On a interprété sa timidité maladive de l’époque à de la condescendance et son look à de la confrontation.

Fanny Mallette, l’excellente comédienne, a pour sa part fait une sortie lors des Prix Gémeaux il y a quelques années concernant les commentaires désobligeants sur les tenues de nos vedettes québécoises, alléguant que les comédiens d’ici n’avaient pas les moyens des Américains pour se payer de la griffe (québécoise).
Ses commentaires sont tombés à plat.Décidément, le look est la galle des galas.

Les Québécois et le rapport à l’apparence

C’est la beauté du cœur qui compte, croit-on. Oui, entre amis et membres de la famille. Non dans la société et dans notre quotidien, c’est un leurre. Avec tous ces articles qui pleuvent depuis dimanche au sujet de Safia, la beauté du cœur n’est pas invitée. Oui elle est grosse la Safia! Oui elle dérange avec son look. Mais qu’est-ce qui nous fait autant réagir? Selon Marie-Louise Pierson, psychanalyste et auteure de L’Image de soi «On juge et on est jugé sur les apparences».

Cela nous met en rogne d’être coté sur un aspect de notre vie qu’on ne réussit pas à contrôler, notre apparence. C’est aussi notre propre insatisfaction qu’on projette sur les autres. Sans le savoir, Safia Nolin a servi de miroir à ceux et celles qui sont insatisfaits de leur apparence et qui souhaitent atteindre la perfection, tout groupe d’âges confondus. «C’est leur détestation d’elles-mêmes que crient les femmes qui s’en prennent furieusement au look de Safia Nolin…C’est sa liberté qui les confronte et les effraie». Geneviève St-Germain, Facebook, 1er novembre 2016.

Cela peut-être le message de Safia : «Tiens, ma gang de paumés» ou aussi «Je n’en peux plus, je baisse les bras, pensez ce que vous voulez» Safia dirait sûrement «crissez-moi patience, ma cour est pleine». Ce à quoi répondrait Lise Ravary sur Facebook «Si Safia Nolin est une icône féministe, je rends ma carte de membre».

Parfois je perds patience dans mes conférences et mes ateliers parce que cette dynamique des apparences touche tout le monde, mais nul ne veut prendre sa part de blâme. Voici un exemple : «Ma fille est grosse et elle a l’air d’une lesbienne» me lance une dame. Je prends la balle au bond et lui demande : «Vous vous inquiétez vraiment d’elle ou si c’est plutôt votre image de mère qui est ternie et vous avez honte? Avez-vous peur qu’on vous prenne pour une mauvaise mère qui a raté l’éducation de sa fille? Si elle était mince et portait du rouge à lèvres, serait-elle plus féminine, une lesbienne plus acceptable? Ah! J’oubliais, vous n’êtes pas certaine qu’elle soit lesbienne.»

Dans leur livre, «Le code Québec», les auteurs Jean-Marc Léger, Jacques Nantel, Pierre Duhamel proposent les sept différences qui font de nous un peuple unique au monde. Un de ces traits est : La faute aux autres (victime) …«Le résultat est qu’on laisse les autres décider, mais on est bon pour chialer, explique M. Léger. Si un jeune ne réussit pas, on dit que c’est la faute de l’enseignant. Si ça va mal au Canada, c’est la faute des Anglais et du fédéralisme.»

Serait-ce la faute du gala lui-même cette histoire de look? «Alors, en alimentant moins l’image projetée, est-ce qu’on pourrait amorcer le processus de changement vers un traitement équitable des gens, de nos artistes, de nos voisins, qui ne se basent pas sur l’apparence? ET SI LE PROBLÈME C’ÉTAIT LE PROTOCOLE DES GALAS ET NON LE LOOK DE SAFIA NOLIN? Stéphane Morneau, Blogue, La boîte à images, dans le Journal Métro du mardi 1er novembre 2016

Est-ce aussi la faute du gala si les caméras se sont tournées vers Denis Coderre quand l’animateur a abordé le sujet du poids des trophées? On peut rire du poids des hommes, ce n’est pas pareil, c’est juste drôle. Anne-France Goldwater pourrait vous le démontrer!

Un débat sur les apparences

Essayez d’imaginer un débat sur les apparences. Impensable dans le climat actuel. Un débat cependant qui donnerait la chance de voir la vraie nature des gens. Des gardes du corps, des pitt bull, des policiers, des journalistes fichés par le SPVM, des femmes indignées, des misogynes, tout le monde aurait son mot à dire sans écouter celui de l’autre.
«Les Québécois ne savent pas débattre; ils s’insultent ou se contentent de cataloguer les individus au lieu de discuter de manière profonde les idées défendues par autrui», Jean-François Caron politologue, cité dans le livre Code Québec, au sujet d’un autre trait de caractère des Québécois : le CONSENSUEL (pas de chicane)
Serait-ce que certains mots se présentent en duo : grosse lesbienne! grosse tabarnak! Ostie de grosse! Criss de fif!? Et autres mots doux d’un riche vocabulaire utilisés dans ce type de derby de démolition.

Sommes-nous hypocrites? Non! Incohérents? Oui! Le dossier «apparence», comme celui de la politique, suscite trop de passion. Mais il faudra bien un jour laisser la place à ceux qui peuvent parler des apparences avec respect.

Un brin d’éducation vestimentaire dans les écoles permettrait aux jeunes de réfléchir sur ces termes : le look, le style, la mode, les préjugés, les apparences, la peur du regard de l’autre, les fausses croyances, la symbolique vestimentaire et surtout, le vêtement, outil de communication.

«La laideur n’est pas toujours celle que l’on croit reconnaître. Elle se terre parfois au fond de gens qui, confortablement installés devant leur tété, déversent leur fiel sur Twitter» C’est qui elle?» Mario Girard, La Presse, mardi 1er novembre « Quand Twitter déverse son fiel.»

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Crédit photo: www.lookdujour.ca


Le degré de satisfaction de nos apparences

etude-satisfaction-clients-btobtoc-force-plusL’image et les apparences, le look et le style ont ceci en commun : la difficulté que nous avons à en être pleinement satisfaits. Et pourquoi cela? Parce que souvent dans notre démarche vestimentaire, nous sautons des étapes plutôt que de suivre un processus logique. Nous partons du résultat final, la plupart du temps plus ou moins satisfaisant, pour entamer un questionnement sur notre allure, ce qui aurait dû être fait au tout début.

Prenons la construction d’une maison. Il faut d’abord élaborer un plan, même sur un bout de papier, question de donner forme à notre désir, parfois avec l’aide d’un expert. Partant de là, une logique des étapes à faire va s’imposer : choisir l’emplacement précis, vérifier l’état du sol (contaminé, glaiseux, rocheux, sableux) puis creuser ce sol pour y couler les fondations, le socle sur lequel reposera notre habitat. Ériger les murs, déposer les fermes de toit sur lesquelles la toiture prendra forme, isoler les parois, installer le revêtement extérieur et décorer l’intérieur. La finition, c’est-à-dire les menus détails, donnera le ton à ce projet devenu réalité. Et pourquoi pas une haie d’arbustes ou une clôture de bois ou de fer forgé pour encadrer notre chef-d’œuvre?

Dans l’élaboration de notre style, nous procédons trop souvent à l’inverse : nous débutons par la finition. Un achat impulsif par-ci, un kit tendance par-là, les accessoires, la chevelure, pour ensuite évaluer le produit final. Résultat : les vêtements achetés s’accumulent tel un tas de planches empilées sur le côté de la maison.

L’industrie de la construction domiciliaire est encadrée par un code du bâtiment explicite qui permet une homogénéité et garantit la qualité de nos maisons (en principe). Une construction vestimentaire, elle, repose sur des données glanées dans les chroniques à la télévision, dans les magazines de mode, en s’inspirant de nos vedettes préférées ou encore en s’offrant les services d’une styliste professionnelle. Ces sources d’information se penchent rarement sur le questionnement intérieur suscité chez les consommateurs ni sur leur état émotif à l’égard de ce qui leur est proposé.

Si on compare la démarche vestimentaire à celle de la construction d’une maison, la première étape serait d’abord de s’interroger sur la qualité de notre état d’esprit du moment (la qualité du sol) et notamment, comment se porte notre estime de soi. Couler du béton pour les fondations sur un sol incertain ne promet rien de bon. Si les assises sur lesquelles nous construisons notre apparence sont fragilisées, aucun vêtement, aucun style ne nous rendra grâce et ne saura nous satisfaire. « L’idée que nous nous faisons de nous-même est le socle sur lequel se construit une image de soi juste. » Marie-Louise Pierson.

Les lieux

L’étape suivante consistera à identifier les lieux, les circonstances où nous prévoyons porter tel vêtement (l’emplacement) : au travail, pour rencontrer un client, lors d’une activité quotidienne, pour séduire dans un bar…

Les murs

Notre corps se compare à une charpente architecturale sur laquelle reposera un habit, une robe de soirée, une tenue de travail. Malheureusement, peu de gens font une évaluation juste de leur image corporelle et ont tendance à vouloir camoufler des formes qui n’existent que dans leur imaginaire. Changer le regard sur soi avant de changer de vêtements est à conseiller; mais contrairement aux constructeurs, nous possédons peu d’instruments de mesure pour jauger avec précision notre potentiel physique.

Le revêtement extérieur

Au-delà des coûts, le choix du revêtement extérieur correspondra au style de la maison et par-dessus tout, à la personnalité des propriétaires. Maison de ville ou de campagne, condo, chalet, cabane dans un arbre, l’habit de la maison s’harmonisera avec son allure, qu’il suffise d’imaginer une maison dans un arbre en pierres des champs ou une maison en bois rond à l’Ile-des-Sœurs.

La toiture

Notre port de tête (la tête que nous faisons), l’assurance ou le doute que nous dégageons, la manière dont nous habitons notre vêtement (avec conviction, hésitation, retenue) couronneront le tout. Rappelez-vous que les paratonnerres, les antennes et les émetteurs s’installent habituellement sur les toitures des maisons afin de maximiser la transmission des ondes. L’impression que nous laissons derrière nous est directement associée à la vitalité ou à l’indolence que nous dégageons.

L’intérieur

« Garder le plaisir pour la fin », dit l’adage. Aménager et décorer l’intérieur de sa maison procure une grande satisfaction même si cette opération requiert temps et argent. On a tous dans notre cercle d’amis quelqu’un qui se fera un plaisir de nous conseiller, qui connaît « ze place » en ville pour dénicher des trésors bon marché et qui consulte tous les magazines de décoration. Mais les amis avec qui on peut étaler nos malaises et nos tourments se font plus rares. La peur de décevoir, nos tabous et la gêne constituent un frein à vouloir partager nos conflits intérieurs avec autrui. Nous croyons à tort que « faire semblant » corrigera le tir. Le vêtement participe à cette tricherie.

La clôture

Et pour entourer notre nid douillet, une clôture. Cette enceinte à l’intérieur de laquelle se retrouve notre maison délimitera notre territoire et nous protégera des regards indiscrets. Une cloison basse permettra aux intrus de s’immiscer dans notre quotidien et aux malavenants de porter jugement sur notre style de vie alors qu’une barrière trop haute nous isolera de nos semblables et nous privera peut-être de l’approbation des autres, cette validation que nous associons à de l’amour.

L’appréciation de soi, de son emballage, de son environnement et de son intériorité dépend de nombreux facteurs tant conscients qu’irréfléchis, mais nul n’est besoin de démolir la maison à cause d’une fissure.

 

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Modus Operandi: le vêtement, une extension de soi

chic

freluquetLE FRELUQUET

Marius, surnommé le freluquet, vit dans l’ombre de son frère aîné Florentin le tatillon, prospère homme d’affaires qui fait ombrage non seulement à ses enfants mais aussi à ses frères et sœurs. Marius, le cadet de sa famille souhaiterait être considéré avec autant d’admiration que son richissime frangin.
Peu doué pour les affaires il s’est réfugié dans la lecture et croit être un poète en devenir. Pour impressionner la galerie et attirer un peu de lumière de son côté, il épilogue sur l’actualité et abuse des formules toutes faites. Il pige son information dans les grands titres des médias sur le web et s’approprie les commentaires des analystes politiques. Il laisse traîner chez lui dans un désordre organisé sur sa table de salon des magazines volés dans des salles d’attente. À trop vouloir bien «perler» il s’enfarge dans les expressions et sème autour de lui la suspicion sur son savoir. Des chiens «bouviers bernache», des chaudrons «Langoustina», des manteaux de «rat musclé» ou le légume «boy choy», amusent son entourage davantage qu’elles ne l’impressionnent. En plus de ses diarrhées verbales et de ses crâneries, il a développé la fâcheuse habitude de reprendre les gens sur leurs choix de mots et la syntaxe de leurs phrases.
Il écrit des textes poétiques basés sur des jeux de mots qui suscitent un intérêt mitigé chez ses lecteurs et attirent le sarcasme. «Ton corridor, Ton corps y dort»; «Une montée de lait, Une montée de laids»; «Ampleur, En pleurs»; «Pluvieux, Plus vieux».

Alors que Marius le freluquet fait les coins ronds, Florentin le tatillon, son frère, est obsédé par la perfection. La hantise des lignes droites est un phénomène récurent chez lui, à preuve ce supplice qu’il impose à ses passagers quand il stationne sa Audi A8. Monsieur l’empereur stationne son bolide de reculons, question de sauver du temps quand il repartira mais surtout pour exposer la calandre chromée de son char. À la façon d’un airbus qui atterrit guidé par les lumières de la piste il s’aligne sur les lignes jaunes de l’espace de stationnement pour se garer. Il laisse le moteur tourné, sort de la voiture et jette un premier coup d’œil sur ses performances de routier. Trop à gauche. Il déplace le bolide et recommence son scénario. Trop à droite, il bouge à nouveau la voiture. À la troisième tentative, le voilà comblé par son travail de précision. L’auto est centrée à égale distance des lignes de stationnement de chaque côté. Un homme satisfait.
À la maison, les jours de spaghetti il garde près de sa serviette de table le journal du jour qu’il feindra de lire pour se soustraire au carnage des pâtes qui pendent de la bouche de ses trois enfants, mal appris selon lui. Lina, son épouse, joue avant tout un rôle de médiatrice et redoute les conflits entre son époux et ses enfants concernant les bonnes manières à la table.

LE VÊTEMENT, UNE EXTENSION DE SOI
Florentin, qui contrôle d’une façon excessive les moindres détails de ses enfants et de ses employés de peur que quelque chose lui échappe, est-il aussi tracassé par son apparence? Marius, l’archétypal personnage qui s’invente un rôle de toute pièce pour attirer l’attention, sonne-t-il aussi faux avec ses tenues vestimentaires qu’avec sa verve mal structurée?
Nous transférons, inconsciemment, nos attitudes dans la garde-robe. Peut-on imaginer Florentin, cet homme rigide, porter un t-shirt et des jeans troués lors d’une réunion au sommet de son entreprise? On remarquera son sens du contrôle par la rigidité du col de sa chemise et les manches fermement retenues par des boutons de manchettes telles des chaînes. Ses bas, qui portent ses initiales, attirent le regard dans des chaussures polies quotidiennement.
Marius, lui, à trop vouloir impressionner, se désincarnera et ressemblera davantage à un clown qu’à un poète en résidence. Ses fautes de goût auront autant d’impact autour de lui que ses fresques littéraires. La crédibilité d’un personnage est basée sur sa sincérité et son honnêteté. Cela se perçoit et s’entend.

NE PAS SE METTRE LA TÊTE DANS L’AUTRUCHE
Selon moi, certains de nos comportements se retrouvent dans plusieurs secteurs de notre vie. Ma théorie n’est nullement scientifique et repose simplement sur l’observation de femmes et d’hommes qui ont participé à mes ateliers sur la relation au vêtement. J’essaie d’amener ces participants à reconnaître des manières d’agir, des réactions qu’ils reproduisent tant dans leur relation au vêtement que dans leur relation au travail ou encore à la nourriture. Plutôt que de dissocier nos comportements vestimentaires des autres habitudes que nous avons développées tout au long de notre vie, nous devons les intégrer puisqu’ils sont complémentaires. Hérésie, croyez-vous?
Pour paraphraser cet ancien député provincial qui, à vouloir impressionner son auditoire comme le fait si bien Marius, nous a offert ce délice : «Il ne faut pas se mettre la tête dans l’autruche», je pense que sous-estimer notre relation au vêtement ne fait qu’amplifier notre difficulté à développer notre signature vestimentaire.
Malheureusement, puisqu’on associe encore le vêtement à la futilité, il devient difficile de le considérer à valeur égale avec les autres activités de nos vies alors qu’il est un trait d’union marquant dans les étapes de notre évolution. Parler de nourriture, de littérature ou de musique nous expose moins au phénomène des apparences, trois sujets nobles s’il en est par les temps qui courent. Cependant, entretenir une discussion sur le vêtement ouvre grande la porte à la notion d’artificiel, au danger de ternir l’authenticité et à toutes les autres conneries résultant de la connaissance succincte du rapport vêtement/corps/estime de soi.

Crédits photo: www.astucesdefillles.com et www.aliexpress.com

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Les stars sont-elles devenues nos poupées de papier?

papier Marilyn

Enfant, j’observais mes sœurs qui découpaient des vêtements et les accrochaient à des poupées en papier. Elles choisissaient les tenues selon leur humeur ou leur inspiration du moment. Le thème de la plage succédait à celui de la tenue de gala en passant par un style des années 1920. Elles étaient les maîtres d’œuvre des looks des poupées de papier et avaient plein contrôle sur leur apparence.

Les vedettes et les célébrités sont-elles nos poupées de papier de l’ère du numérique, nos toutous à qui on prête voix, nos petits animaux de compagnie sur qui on transfère notre trop-plein d’amour ou nos irritations du quotidien.

« Aujourd’hui, nous te voulons comme ceci et non comme cela. Tu te dois de nous obéir et de ne pas nous décevoir », semble être le mot d’ordre des internautes à leurs idoles. Après les diktats du clergé d’avant la Révolution tranquille au Québec, les diktats des bureaux de tendances pour la mode voici maintenant les diktats des frustrés.

EMMANUELLE BÉART

Prenez l’exemple d’Emmanuelle Béart prise en photo au tournoi de tennis à Roland-Garros en France le week-end dernier. Aucune censure de la part des internautes. Le bashing dans ce qu’il a de plus intense, une ponctuation démesurée dans les échanges. Sa chirurgie labiale ratée a surchauffé les réseaux sociaux. La poupée de papier était fripée et cela a déplu aux gérants d’estrade.
« Du naturel. On veut du naturel », clament les spectateurs devant l’échafaud du bourreau prêt à trancher les têtes des désobéissants qui causent de la peine à leur public. « La sincérité. On veut la sincérité », demandent les purs et durs de l’authenticité.

On exige que nos vedettes se présentent sous leur vrai jour. Quel vrai jour au fait? Le vrai jour devant leurs amis, le vrai jour pour les ego portraits, le vrai jour en pyjama dans leur maison. La poupée de papier ne sait plus où donner de la tête. Être naturel? Ben non! Dites-donc les vraies affaires. On devrait plutôt dire : « J’ai réussi un maquillage qui fait naturel, c’est-à-dire que personne ne se rend compte que je suis maquillée ». « J’ai réussi à gonfler mes cheveux pour donner l’illusion que je sors du lit et que l’apparence n’a pas d’importance pour moi ». Ben non. Ce n’est pas vrai. On joue tous des personnages. On joue tous la même joute.

Le vrai, on veut le voir, même s’il est faux. On veut du beau, fake ou pas. Que du beau. Les célébrités doivent nous faire rêver. Elles représentent l’image que nous aimerions tant atteindre sinon, gare à elles. Chirurgie esthétique, Botox, drogues, médicaments, on s’en fiche tant et aussi longtemps que cela ne paraît pas. Pas de vieilles, pas de grosses, pas de rides ni de cellulite, la vedette parfaite, quoi. Prends tes millions et organise-toi pour être belle sinon je le dirai à mes amis sur Facebook, Instagram et compagnie.

Ce phénomène n’est pas sans me rappeler le film Misery tiré du roman de Stephen King où Annie (Kathy Bates) garde en otage et maltraite le romancier Paul Sheldon (James Caan). Furieuse du déroulement de son dernier roman dans lequel il fait disparaître un personnage qu’elle affectionne particulièrement, elle est prête à tout, même à commettre l’irréparable, s’il ne change pas le cours de son histoire.

HILLARY CLINTON

Hillary Clinton est devenue la première femme à remporter les primaires démocrates dans la course à la Maison-Blanche, le 7 juin dernier. Mais voilà que ses détracteurs ont crié haut et fort que la tenue Armani estimée à 12 000 $ qu’elle portait lors de son discours sur la redistribution des richesses était inappropriée. Elle aurait dû consulter Pauline Marois qui a fait couler tant d’encre avec ses écharpes griffées et qui, pour redorer son blason de citoyenne exemplaire, nous avait fait visiter son modeste chalet dans Charlevoix, question de nous faire oublier son château de style Moulinsart dans l’Ouest-de-l’Île de Montréal. J’oubliais, pour être crédible, on se doit de s’habiller chez Winners ou de se coiffer comme Donald Trump, et de ne pas étaler nos actifs.

AXL ROSE

Même les rockers n’échappent pas à la pression de l’image et redoutent les commentaires de leurs fans. Dans une chronique d’Hugo Meunier de La Presse + du 8 juin dernier, on peut y lire que l’entourage de Axl Rose aurait officiellement demandé à Google de retirer une photographie prise lors d’un concert en 2010 où le chanteur n’est pas à son avantage.

Les spectateurs se déplacent-ils pour le voir ou pour l’écouter? La vente de billets diminuera-t-elle parce qu’il est devenu gros? À moins qu’il ne mincisse pour la tournée et reprenne son gabarit d’obèse ensuite. Ne serait-ce pas de la fausse publicité que de le présenter mince comme un fil sur les affiches et gros comme un tonneau sur la scène?

Comment départager la fiction de la réalité, le vrai du faux, la vérité du mensonge, l’authenticité de l’imitation? Tant à l’international qu’au Québec, les autoportraits et les commentaires émis par les célébrités sont matière à des diatribes sur les réseaux sociaux. « Pèse sul piton Manon » dirait Guy A. Lepage à TLMP. Bouton d’indignation, de rage, de déception, d’accusation, de coups bas, les internautes s’arrogent le droit de dire tout, tout le temps, n’importe comment. Peut-être s’imaginent-ils que les autres sont fabriqués d’acier trempé. On a créé un monstre qui se nourrit des faiblesses et des malheurs des autres.

Que se cache-t-il derrière les réactions démesurées des internautes? Leur propre peur de vieillir, une dépendance affective avec l’inaccessible, le refus de leur ombre, c’est-à-dire la honte de leur propre corps ou de leurs échecs, un transfert de la colère à leur égard, une demande à l’aide, une tristesse face à leur vie?

On ne découpe plus de poupées en papier avec des ciseaux, mais nos icônes afin qu’elles correspondent à nos aspirations. Ciseaux sociaux ou réseaux sociaux?

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*Photo www.speederich.com


Et la liberté d’expression vestimentaire?

 

S’aventurer sur le terrain de la liberté d’expression en ce moment est un geste téméraire. Suite aux débats suscités par l’absence des humoristes Ward et Nantel au dernier Gala Les Olivier et de la polémique sur le droit de s’exprimer librement, je redoute presque d’être excommunié des réseaux sociaux avec mes propos. Au Québec, on ne fait pas dans la dentelle et on monte aux barricades à la moindre opposition à nos opinions. Le mot d’ordre semble être « Moi, moi, moi j’ai raison et toi, tu as tort. »

Je suis heureux de ce débat sur la place publique parce qu’il ouvre grand la porte à une situation similaire à celle vécue par les humoristes, la communication vestimentaire. Je me permets donc d’établir un parallèle entre le droit de dire ce que l’on veut en humour et le droit de porter ce que l’on veut au bureau. Tout est une question de « ton » et de « message ».

062510CasualFridayZM10.jpgBeaucoup d’entreprises se plaignent du laisser-aller vestimentaire de leurs employés et cherchent un remède à leur problème d’image. Avant de proposer « quoi porter » sur les lieux du travail, il faut d’abord comprendre pourquoi les employés optent pour un style plutôt qu’un autre et ensuite leur expliquer les incidences d’un look inadéquat au bureau. Il s’agit donc de décrypter les phénomènes de mode et les thèmes véhiculés par les employés.

Dans mes ateliers, quand je demande aux participants de préciser le mot par lequel ils aimeraient être définis, quelques thèmes sont récurrents : crédible, classique, décontracté et en tête de liste, AUTHENTIQUE. L’authenticité touche directement une des cordes sensibles des Québécois. Cette façon de voir et de faire trouve sa source dans des valeurs judéo-chrétiennes bien ancrées. On a longtemps associé la richesse ou l’élégance à quelque chose de prétentieux, d’au-dessus de la mêlée et, surtout, loin du peuple. Quelque chose dont il fallait se méfier ou même rejeter parce qu’élitiste. Notre rapport à l’habillement est teinté encore aujourd’hui par cette obsession de faire authentique. Les réflexions de Marie-Louise Pierson rejoignent les miennes : « Vous avez peur de l’image au nom de votre authenticité. »

Mais voilà qu’on confond authenticité et créativité, authenticité et liberté, authenticité et crédibilité. On a tellement besoin de faire « créatif », « intelligent », « libre des apparences » et à « l’abri de la mode » qu’on se drape dans un uniforme de contestataire version 2016.

« L’intention initiale de cette culture du dressing-down était sans doute louable car il était question, au début, de cultiver un environnement de travail rebelle et bohème, à grands coups de t-shirt à slogans intellectuels. Mais il semblerait aujourd’hui que ces idéaux aient été perdus de vue car le nouveau message semble être plus paresseux, du genre « je suis tellement absorbé par mon travail que prendre soin de moi et m’habiller est le dernier de mes soucis. » N’est-ce pas là une manière de dire « je me sens tellement supérieur à vous que les règles vestimentaires les plus basiques ne s’appliquent pas à moi. » – Sonya Glyn Nicholson

L’authenticité a le dos large. On l’utilise par conviction, arrogance, ignorance, comme un ticket qui donne droit à l’appartenance au groupe, pour cacher nos insécurités vestimentaires, un laissez-passer pour se distinguer des esclaves du complet/cravate, pour camoufler notre mauvais goût, un passeport pour la différence… « Celui qui teste les limites sans jamais les rencontrer aura le sentiment d’être victime d’un terrible abus le jour où une limite se dressera devant lui. » – Josée Touchette, psychologue, La Presse+, mardi 17 mai.

À ce que je sache, il n’y a pas de guide dans les entreprises qui spécifie qu’on ne doit pas cracher par terre, ni roter, encore moins « péter » devant ses collègues, question de courtoisie et de savoir-vivre. Il s’agit de règles tacites. Pourquoi alors est-il permis de porter les looks qui nous plaisent sans tenir compte de l’impact de nos choix sur les patrons et les clients de l’entreprise? N’est-ce pas aussi une forme de respect? Pourquoi associe-t-on le discours sur l’image à quelque chose de ringard, d’une autre époque? On ne parle pas ici de « bonnes manières », comme mettre les ustensiles du bon côté de la serviette de table, mais de messages véhiculés par nos vêtements.

Selon Myriam Hoffmann, consultante en image et directrice du cabinet Première Impression, chroniqueuse pour Le Monde Économique : La décontraction vestimentaire va de pair avec un déclin de :
• la productivité et de la qualité du service dans le travail
• la loyauté et de l’engagement
• la courtoisie orale
• l’éthique comportementale

Je mettrais cependant un bémol sur les propos de madame Hoffmann. Selon moi, le phénomène de l’authenticité et du « dress-down » est aussi une réaction à toutes ces prescriptions sociales qui nous oppressent, cette inquiétante montée de la droite politique et de la rectitude ambiante.
Nous vivons dans une société policée. Ça prend une soupape. » – Nathalie Petrowski, Les Échangistes, Radio-Canada, 16 mai 2016.

Il est important aussi de se rappeler que certaines entreprises pratiquent la ligne dure et sont catégoriquement opposées au « dress-down ». À preuve, cet article de Sylvia Galipeau dans La Presse+ du 13 mai 2016, Pétition contre le « sexisme » des politiques vestimentaires dont voici un extrait :

«…Une jeune secrétaire de 27 ans s’est fait renvoyer par ses patrons parce qu’elle refusait de porter des talons. » « Au Québec, la liberté et la dignité des personnes sont protégées par l’article 4 de la Charte des droits et libertés de la personne. Théoriquement, un employeur n’a donc pas le droit d’obliger des employées à porter des vêtements comme des talons hauts, des minijupes et autres blouses transparentes. »

Dans un clan comme dans l’autre, il ne faut jamais oublier que le vêtement est un écriteau suspendu au-dessus de nos têtes sur lequel est écrit noir sur blanc le fond de notre pensée. C’est ce pouvoir qu’on lui confère qui nous insécurise. Ainsi notre sens de la rébellion ou de la conformité, notre personnalité, nos talents et nos états d’esprit se révèlent grâce à lui. Le vêtement peut détonner comme une fanfare ou s’accorder avec l’atmosphère ambiante avec une élégance toute en finesse.

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Photo: Maurilio Amorim


L’avènement des mannequins seniors est en marche, effet de mode?

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Depuis quelque temps, les données sur le phénomène des seniors abondent pour quiconque s’intéresse au sujet. Toute une armée de sociologues, ethnologues, politologues et anthropologues se penche sur cette espèce oubliée depuis des décennies au profit de la jeunesse. Auront-ils le temps de remettre le fruit de leurs recherches avant que le thème s’épuise? L’information sur les seniors circule rondement et presque tous les médias s’y intéressent : affaires, style, décoration, beauté, santé, tant dans les réseaux sociaux que dans les magazines et les journaux.

Les mannequins seniors, ces mamies et ces papis aux cheveux gris et blancs, reprennent du galon sur les podiums et représentent les grandes marques de cosmétiques et de beauté. Le magazine Elle Québec du mois de mai titre à ce sujet: «Tempes grises et style de feu» (Yves Schaëffner).
«Les choses changent enfin. Cela fait très longtemps qu’il y a une frustration à l’égard de la mode et de la beauté qui n’utilisent que des  jeunes femmes pour les représenter.» Isabella Rossellini, La Presse, 14 avril 2016. Journaliste Yves Schaëffner.

Les économistes eux, dans la foulée des prédictions de Faith Popcorn, experte de la boule de cristal des phénomènes de consommation, prévoient un futur très lucratif pour les commerçants qui exploiteront ce filon, la Silver economy. Sommes-nous devenus la saveur du jour, les seniors, vus et présentés autrement dans les médias ? Peut-être verrons-nous des publicités autres que les marques de colle à dentiers, les couches, les fuites urinaires, le viagra. Sont-ce nos 15 minutes de gloire? En espérant que les publicitaires ne ramèneront pas trop vite leur slogan «Tasse toé mon oncle». Vaut mieux en profiter tout de
suite.

Âgé de 65 ans, je ne peux que me réjouir de voir mes semblables être courtisés par le marketing, la publicité, les faiseurs d’image et voir des profils d’individus qui me conviennent pour promouvoir des produits. Même si je n’habite plus la métropole et que mes apparitions publiques se font rares, je n’ai pas perdu mon sens esthétique, et mon goût du beau ne s’est pas dissous dans la nature. Cependant, je dois déployer plus de temps et d’énergie à trouver des vêtements qui correspondent à mes standards vestimentaires. Plus j’avance en âge, plus les choix se font rares et moins le personnel de vente me prête attention. Suivez-moi dans une boutique avec une caméra cachée et vous verrez de quoi je parle.

Les statistiques sur notre pouvoir d’achat et la force du nombre qui nous caractérise n’intéressent aucunement des vendeurs dans un magasin. Qu’attendent les manufacturiers pour s’adapter à nos morphologies, nos corps flasques et nos bedons? Être senior ne se résume pas à être un joli minois qui a bien vieilli. Ce sont aussi des besoins différents, une écoute sincère et des employés formés et informés du profil de ces consommateurs si «importants» que nous semblons être devenus.

Vous vous demandez si les vieux ne vont pas déloger les milléniaux. Ne vous faites pas de soucis. Nous sommes loin de la coupe aux lèvres. Et c’est là que le bât blesse. La mentalité face aux seniors dans un contexte de mode et de style n’évolue pas à la même vitesse que la publicité et les articles de journaux qui encensent le phénomène. Dans cette société du prêt à jeter, les tendances se succèdent à la vitesse de l’éclair. Puisque toute chose attire son contraire, les polarités jeune/vieux occupent les deux extrémités du balancier. Au centre, une transition.

«Ça veut dire qu’il y a comme un espèce de passage intéressant dans la mesure où je ne suis plus une jeune actrice et que je ne suis pas encore une vieille actrice. Peut-être est-ce un passage vers les femmes matures.» Élise Guilbeault, La Presse, 15 avril 2016. Journaliste : Chantal Guy.

Comment se fera cette transition énoncée par Élise Guibeault? Voilà toute la question. Difficile d’imaginer l’industrie du rajeunissement baisser les bras et encore plus toutes ces personnes qui se battent becs et ongles pour avoir l’air jeune. Mais voilà qu’un senior n’a pas l’air d’avoir un autre âge que le sien. Il représente un individu d’un certain âge, bien dans sa peau (ridée), complice de la vie et heureux de la place qu’il occupe dans ce monde.

Selon Marie-Josée Trempe, propriétaire de l’agence de mannequins Specs à Montréal, «Un mannequin senior embrasse son âge, affirme-t-elle. Il n’essaie pas de se rajeunir.»

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*Crédit Photo: Rolex


Le retour des zombies chez Saint Laurent

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Depuis 15 ans, tant lors de mes conférences que dans mes ateliers, la question des mannequins trop minces ressurgit. Cette situation, bien que réelle, occupe souvent beaucoup de place dans mes communications et fait ombrage à d’autres sujets que je propose. Pour certaines participantes à mes ateliers, elle devient la cause première de toutes leurs frustrations ce qui m’empêche d’explorer d’autres sources reliées aux malaises corporels et vestimentaires.

Par solidarité aux créateurs de mode, j’ai longtemps voulu expliquer le cirque des défilés de mode en affirmant que ce n’était que du show, un outil de promotion au même titre que le salon de l’auto ou de l’habitation. Une tendance vestimentaire, comme un texte, doit parfois être extravagante, presque caricaturale pour qu’on en retienne l’essence.

Mais voilà qu’on rajoute du sel dans la plaie. Le défilé de la maison de couture Saint Laurent offert par Hedi Slimane pour la Fashion Week à Paris dernièrement m’a consterné. Aujourd’hui, je ne défends plus l’indéfendable. Je n’entends plus à rire, ni à justifier ces photos de mannequins démesurément maigres.

Ce phénomène des filles sous-alimentées est un cauchemar récurrent. Il arrive et repart par vagues. Alors que je croyais la partie, non pas gagnée, mais en nette progression dans les médias, le retour d’une maigreur très affichée lors de cet événement hautement médiatisé nous ramène des années en arrière. Alors que tant de gens déploient de l’énergie pour promouvoir la diversité corporelle, ces zombies réapparaissent et nous frappent en bas de la ceinture.

Le débat n’est pas récent; il a écorché au passage des boucs émissaires qu’on cherchait à culpabiliser. Qu’il suffise de penser à cette ancienne propriétaire d’agence de mannequins à Montréal, recyclée en prof de yoga, qui reprend cette infamie entendue en France : « Les créateurs de mode privilégient les mannequins minces parce qu’ils leur rappellent les corps des jeunes hommes. » Ou cette autre qui en rajoute : « Les designers sont des gais qui n’aiment pas les femmes. » Soyons rassurés, nos créateurs d’ici n’ont pas le contrôle de l’industrie ni cet esprit tordu.

Mais que se passe-t-il donc avec la place des femmes dans la société ces derniers temps? Marcel Aubut du Comité olympique canadien qui admet que le taponnage des popotins est d’une autre époque, des femmes qui craignent de s’associer au féminisme pour des raisons similaires… Pourquoi insinuer « une autre époque »? J’ai l’impression en ce moment qu’on est plutôt à cette époque pas si lointaine, celle où on parlait du chemin à parcourir pour la libération des femmes, où on dénonçait les modèles dégradants pour les représenter.

Certains diront que j’exagère et que la situation s’est améliorée, que c’est « moins pire » qu’avant. J’entends le même discours pour ce qui est de l’acceptation des gais par la société. Belle façon de neutraliser le débat, de l’étouffer, comme on sait si bien le faire ici. En parler ne veut pas dire le régler. Peut-être est-ce ma propre marginalité qui me fait tant sursauter?

Quand un animal est décharné à ce point, tels les mannequins du défilé de Saint Laurent, on porte plainte à la Société de la protection des animaux, mieux encore, on le signale à la police plutôt que de le glorifier en première page des magazines de mode, ces bibles du bon goût.

Alors qu’on recherche des modèles positifs pour les jeunes filles, qu’on parle d’égalité homme femme, qu’on s’efforce de redonner confiance et espoir aux femmes qui ont un rapport trouble avec le vêtement, l’alimentation, la beauté, on tire à des milliers d’exemplaires des photos de femme-enfant, femme-pitoune, femme soumise, femme-agace, la folle du shopping, l’obsédée du ménage, la chialeuse qui se plaint de la situation de la femme. Misère!

Aujourd’hui j’ai un goût amer même si la chasse aux sorcières n’est plus ma tasse de thé. Je m’intéresse davantage aux dommages collatéraux de ces images qui empoisonnent la société. Ils sont insidieux et s’infiltrent à nouveau dans nos retranchements. Une fois de plus, le contact avec le consommateur se brouille. On rame à contre sens. L’image corporelle est un château de cartes.

Comment pourrais-je reprocher aux femmes qui assistent à mes conférences de ne pas soulever ce malaise alors qu’il m’affecte autant qu’elles? Il faut redoubler de vigilance, ne pas baisser les bras ni abandonner et surtout ne pas tomber dans le piège que le vêtement n’est que le prolongement de cette image négative de la femme.

La mode, le glamour et le marketing ont éloigné le vêtement de son sens véritable. La mode fait du show, le vêtement fait du sens. Le vêtement est un outil d’émancipation, d’éveil et de révélation de soi alors que la mode, dans sa structure commerciale, peut être source d’aliénation.
La mise en marché de la mode est un cirque médiatique basé sur des principes de vente et de marketing. Vendre un corps ou vendre un char repose sur les mêmes stratégies : acquérir ce bien symbolisant un idéal pour atteindre la réussite et m’accomplir.

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Le vêtement trompe-l’oeil

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Depuis quelques semaines je suis interpellé par deux thématiques très populaires dans les médias et les réseaux sociaux : la maladie mentale et le défi 28 jours (28 jours sans boire d’alcool). Ces deux thèmes me visent directement. Je me réjouis qu’enfin on puisse publiquement évoquer nos parties d’ombre sans soulever tout un tollé.

Dédouané de mes dépendances et réhabilité en 1984, il m’est apparu évident que les vêtements ont un pouvoir immense dans le jeu des apparences et dans cette notion de l’être et du paraître. Déjà sensibilisé à cette époque à la socio-psychologie du vêtement il relevait du simple bon sens et de la logique que je m’intéresse à ce phénomène social. Le vêtement trompe-l’œil qui laisse croire au mirage m’a permis de berner mon entourage sur mon état de vie d’alors. Qui souffre le plus, l’intérieur ou l’extérieur?

De 19 à 33 ans, j’accumule les jobs, mais les échecs sont cuisants et proportionnels à mes ambitions. Rien ne me satisfait. Ma vie affective est un désastre, une peine d’amour terriblement souffrante me mène à la dépression.

Découragé et persuadé que je n’aboutirais jamais à rien de bon, je consomme drogue et alcool pour taire cette voix intérieure qui me rabâche le refrain triste de ma condition et qui résonne comme un marteau piqueur dans ma tête. Convaincu d’être un homme peu sympathique, un personnage dessiné aux traits gras, sans aucun pouvoir de séduction, je végète dans les bars! La tristesse m’habite à temps plein, l’abattement aussi. La dépendance aux substances me rapproche de l’animal en quête de survie.Je me réfugie dans ma langueur. Ce mal de vivre et cette souffrance intérieure sont difficilement perceptibles tellement mon port de tête et mon style affichent une personnalité sûre d’elle et déterminée. Ma prestance et ma classe éliminent tout soupçon sur mes états d’âme. Souffrir en silence, mais en beauté. Le vêtement travestit non seulement mon alcoolisme et ma toxicomanie, mais aussi mon anxiété chronique. Il camoufle ma fragilité. Je peux sembler prétentieux quand j’évoque mon port de tête, ma classe ou mon élégance, mais mon intention est de démontrer le rôle du vêtement dans notre histoire personnelle, dans nos habitudes et dans nos comportements et non de faire étalage de mon sens esthétique ou encore de laisser croire en mes moyens financiers.

Lors de mes conférences et ateliers, il arrive parfois que quelqu’un s’insurge contre mon discours et riposte sèchement à mes arguments. Beaucoup de gens croient encore qu’une tenue vestimentaire adéquate est synonyme de vêtements griffés ou de grandes marques ce qui crée des frustrations et alimente le préjugé que la mode est accessible à un groupe restreint de citoyens.

J’avais une personnalité réversible contrairement à mes vêtements. Est-ce la raison pour laquelle les gens m’accordaient leur confiance et souscrivaient à mes projets, sans se douter de tout ce mal qui me rongeait? Je mentais inconsciemment aux autres, mais aussi à moi-même. Qui ment le plus, la raison ou l’émotion?

« C’est pour cela que vous êtes artiste. Vous avez trouvé par le chant, par l’art, par l’apparence, la posture, le moyen de vous faire accepter. » Boris Cyrulnik

Si fier de moi et heureux d’annoncer ma décision d’arrêter de consommer, les réactions ont été mitigées à mon grand étonnement quand j’ai partagé la nouvelle de ma sobriété à mon entourage. La plupart des gens se disaient surpris d’entendre les mots «alcoolique et toxicomane» venant de ma part, moi si confiant, fonceur, déterminé et bien stylé. Certains amis croyaient même qu’il s’agissait d’une boutade pour me donner de l’importance et que cette crise d’identité passerait. Je confondais «fêtard» et «ivrogne» selon certains. Un alcoolique n’est-il pas quelqu’un qui mendie, édenté, qui erre dans les parcs et qui porte des haillons?

La sobriété ne m’a pas épargné des mauvaises décisions d’affaires, des conflits familiaux, des deuils, ni de la maladie, mais elle m’a enseigné qu’inévitablement le soleil fait place à l’orage. J’ai retrouvé graduellement confiance en mes moyens et mon abstinence a été ma bougie d’allumage vers des jours nettement plus prometteurs.

On est loin de la coupe aux lèvres et la partie n’est pas gagnée concernant les maladies de l’âme, je sais, et la simple expression «maladie mentale» effraie encore un bon bassin de la population et les préjugés sont tenaces. C’est comme les punaises de lit, c’est malheureux pour ceux qui en hébergent, mais il demeure toujours un doute sur la propreté de leur maison. On tire vite des conclusions, occupés que nous soyons à juger, le cerveau lessivé par la désinformation.

Révéler ses secrets, même à l’âge adulte, est un risque à prendre. On ne parle pas de ces choses-là. Puisque je «porte» bien la boisson et que cela ne paraît pas, le déshonneur est moindre pour mon entourage au même titre que mon homosexualité d’ailleurs. Les familles tolèrent plus facilement les modes de vie des membres récalcitrants de leur communauté tant et aussi longtemps qu’ils ne sont pas révélés au grand jour et ne voient souvent dans leurs comportements que faiblesse et manque de volonté. L’ignorance est un poison. La perception donne le ton à l’évaluation que nous faisons des gens et des circonstances. Elle est un élément important à considérer dans la dynamique d’une lecture vestimentaire.

Être fier de soi, de ses réalisations, est crucial pour un rétablissement. Le manque de confiance en soi anéantit notre potentiel créatif et nous maintient dans une zone d’insatisfaction. Une fois de plus, le vêtement a participé à mon histoire. «Le vêtement est narratif, il raconte quelque chose» Anonyme

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Mon cher petit Jean Airoldi

Photo de Luc Breton, ACV.

On se connaît depuis longtemps, je t’ai déjà enseigné à Sherbrooke, nous sommes de la même région et tous les deux nous sommes de vaillants Capricornes, toi du premier décan, moi du dernier. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises dans ce petit univers québécois de la mode, avons partagé l’antenne à la radio et fréquenté les mêmes événements.

Je sais à quel point tu as travaillé avec acharnement sans jamais baisser les bras. Je salue ta résilience après tous ces commentaires mesquins sur ta personne ou sur tes performances. Avec le temps tu as gagné ton pari et on t’accueille sur toutes les tribunes, même Radio-Canada t’invite à ses émissions de variétés, c’est peu dire.

Ton sourire contagieux fait de toi une personne charmante et jamais en ta présence on se sent juger. Jamais tu ne déblatères contre les autres ni ne passes de commentaires désobligeants. Tu es le gendre parfait que tant de mères souhaiteraient avoir. Un homme élégant, avec de la classe et du goût et de surcroît qui n’est pas gay. Une pièce rare qui vaut un pesant d’or pour les mamans.

Mais, puisqu’il y a souvent un mais, tu n’as pas de vocabulaire. Tu surutilises le mot «petit» à outrance. Je sais, dans la culture québécoise, le terme petit a une connotation affective, c’est charmant. Mais l’utiliser jusqu’à 10 fois dans une même chronique dépasse l’entendement. Nous ne sommes pas un petit peuple avec de petites ambitions dans un petit pays. Petite robe, petite chaussure, petit collier, petite boucle, petit budget, je sais aussi.

Tu vois mon cher petit Jean, les auditeurs et les clients aiment entendre de nouveaux mots, de nouvelles expressions. Cela fait partie de l’expérience de se vêtir. Par exemple : asseoir des lunettes sur son nez, enfiler un bracelet, crinière de jais, poche poitrine, look suranné, look affiné, mortier, mantille, liquette, un style abouti, jeans avachis…

Aussi, l’utilisation d’un vocabulaire adéquat donnerait à la mode une chance d’atteindre ses lettres de noblesse et ne pourrait qu’ajouter en crédibilité à cette industrie qui encore aujourd’hui est bombardée de préjugés. Selon les ayatollahs de la «première impression» le langage, donc les mots, font partie de ce tout qui caractérise un individu. Habiller son corps et habiller son langage.

Je te propose mon cher petit Jean de te coacher, comme ça, pour le plaisir des mots et des auditeurs. En attendant, «slack» un peu sur les diminutifs.

J’attends ton appel.

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«Alors que suis-je si je ne suis pas vieux?»

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L’âge traumatise certaines personnes à la trentaine, d’autres à la cinquantaine alors que moi, c’est maintenant. J’aurai 65 ans dans quelques jours. Il n’y a pas d’âge pour s’arrêter, se questionner, se réaligner. Je fais le point à la mi-soixantaine. C’est beaucoup d’années 65, six décennies. On se lève un matin et vlan, c’est fait, on est là dans la soixantaine. Jeune soixantaine ou pas, who cares! Est-ce que continuer c’est s’accrocher? Est-ce qu’arrêter c’est abdiquer? Est-ce qu’en parler c’est radoter? Est-ce que je suis vieux? Je ne sais pas. Est-ce que je me sens vieux? Absolument pas. À quoi ai-je occupé toutes ces années?

L’âge est-il un concept ou une réalité? Un autre produit du marketing? Un statut social, un avis d’éviction pour faire place à « la relève »? Une assignation à résidence? Y a-t-il une différence entre vieillir et prendre de l’âge, avancer en âge et ressentir son âge?

Pour moi, ressentir mon âge est d’ordre physique. Les courbatures matinales, les genoux plus fragiles et moins dociles à mes exigences, des épuisements plus fréquents qui m’obligent à la sieste de l’après-midi, un peu de rhumatisme par-ci, un peu d’arthrite par-là, héritage familial. Des malaises physiques qui se présentent comme des invités qui sonnent à la porte, qui partent et qui reviennent sans invitation. Je me suis inquiété quelque temps pour mes pertes de mémoire craignant des symptômes d’Alzheimer puisque ma mère et ma marraine en sont décédées. Il ne s’agissait que d’oublis temporaires qui me faisaient échapper le nom d’une personne, le titre d’un film, la date d’un évènement. Quoi de plus amusant qu’essayer de deviner ce que les amis de mon âge, faute de trouver les mots justes, tentent de nous transmettre en gesticulant, en mimant une situation, en utilisant des onomatopées, des hyperboles, des grimaces? La charade quoi. Tant de choses à faire, à dire, à se remémorer, à ne pas oublier. Vive les autocollants sur le frigo.

L’expression « avancer en âge » résonne comme un poème et a une connotation de sagesse, de maturité. « Prendre de l’âge », quant à elle, symbolise la transmission du savoir, être le passeur de sa passion, de son expertise. Mais « vieillir » annonce le début de la fin. Qui souhaite être vieux? Encore moins faire vieux, avoir l’air vieux, faire son âge. Un grand-parent âgé c’est charmant, attendrissant, sinon qu’est-ce qu’on fait avec des vieux? Interdiction de voter après 70 ans, défense de conduire après 75 et quoi d’autre? Coupable de vieillesse.

Vieillir, un défaut? Une défaite? On a beau décrier que la vie suit son cours et que vieillir est naturel, telle n’est pas la réalité dans la société actuelle. On se doit de combattre le vieillissement comme on le fait avec la maladie. Avoir le courage de rester jeune. À 30 ou 40 ans, ces discours ne nous touchent pas; c’est trop loin, irréel, on ne vieillira pas, croit-on. Les seuls échos qui retentissent au sujet de l’âge avancé concernent la retraite. Aucune autre indication. Déjà, à la fin de la quarantaine, les gens nous questionnent sur le quand et le comment de notre retraite. En finir pour mieux vieillir.

Alors que suis-je si je ne suis pas vieux? Un vétéran? Un monsieur stylé d’un certain âge? Un mononcle coquet? Se définir, voilà toute la question et à tout âge. Mais se redéfinir implique de revoir les éléments de notre vie : la séduction, la coquetterie, l’amitié, la sexualité, la beauté, l’amour, le couple, le célibat, l’apparence, l’avenir. Ces aspects de notre vie ne s’éteignent pas avec l’âge mais se manifestent autrement. Je pense à cette jeune vendeuse dans un magasin à Sherbrooke qui m’a innocemment demandé « Qui cherchez-vous? » comme si je m’étais égaré et que je ne retrouvais plus mon chemin, tel le petit Poucet. Elle aurait dû m’aborder en s’informant de « ce que je cherchais », me traiter comme un client potentiel et m’offrir son aide. Ego blessé ou consommateur frustré? Se sentir exclu diminue l’importance que ressent un individu dans la société et lui donne l’impression qu’il est hors-jeu, marginalisé. Être ignoré est un sentiment profondément désagréable qui ramène à la surface les différents rejets vécus tout au long de notre histoire.

L’âgisme est un processus par lequel des personnes sont stéréotypées et discriminées en raison de leur âge et qui s’apparente à celui du racisme et du sexisme. (Dr Robert Butler, 1975) L’Association québécoise de gérontologie.

Mais « prendre de l’âge » a ceci de bien : une béatitude devant la vie, moins de barrières, de fausses gênes, de filtres, de pudeur, plus d’exhibition et de propos directs. Je m’identifie parfois à ces personnages de l’émission « Les détestables » et je crains bien sincèrement suivre leurs traces. En attendant, je me sauve en Amérique centrale célébrer cette nouvelle étape de ma vie et partager mon vécu avec les autres espèces menacées ou en voie de disparition.

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Qui se cache derrière le miroir?

miroir

La fascination pour le reflet de sa personne remonte aux débuts de l’humanité. Narcisse s’est noyé, épuisé qu’il était à trop regarder son image dans l’eau. Les conquérants français ont établi les bases du commerce avec les Autochtones en échangeant de la fourrure contre des morceaux de miroir. Ces objets brillants leur permettaient alors de mettre en image leurs corps, leurs costumes et la gestuelle de leurs rituels.

Combien de fois tout au long de notre vie nous arrêterons-nous devant un miroir ou un objet reflétant? Des milliers de fois sûrement. Se regarder pour s’assurer que rien de notre allure, telle qu’organisée le matin avant de quitter la maison, n’a bougé. S’épier dans la glace pour télescoper le moindre détail, un cheveu blanc, une peau morte sur l’épaule, un sourcil mal aligné; « Objects in mirror are closer than they appear » peut-on lire sur les rétroviseurs de nos voitures. Et cette cérémonie du rouge à lèvres appliqué avec précision telle une œuvre de maître. Ces manies peuvent se muer en obsessions tout comme l’habitude de se peser et de vérifier plusieurs fois par jour si le pèse-personne n’est pas défectueux. Notre visage, comme la ville de Montréal, est un chantier; maladivement nous pouvons en refaire la façade, améliorer les infrastructures et en modifier éperdument la géographie.

Ce geste, ou plutôt ce tic, alimente malheureusement son lot d’inquiétudes. Lors de mon atelier, à la question « que voyez-vous dans le miroir? », Madame S., une participante, m’a répondu ceci : « J’veux rien savoir d’aller voir les baleines à Tadoussac. J’en vois une à tous les matins devant mon miroir ». Hélène, elle, ressemble tellement à sa mère décédée il y a 12 ans, qu’elle se surprend à demander à cette apparition qui surgit dans la glace : « Qu’est-ce que tu fais là toi? ». Renaud, quant à lui, est hypnotisé par ses beaux yeux bleus piscine ourlés de noir. Il n’est aucunement affecté par les taches qui tavellent son visage ni par ses longs poils, épais comme du fil à coudre numéro 10, qui jaillissent comme un feu d’artifice de ses oreilles.

De ces trois personnes qui se regardent, se jugent et se voient, Hélène voit la similitude de son visage avec celui de sa mère, Renaud est envoûté par ses yeux alors que Madame S. entretient une image erronée d’elle-même. Voilà bien le danger de trop s’examiner. « L’identité se nourrit de la fréquentation régulière de son visage dans le miroir. Nous ne connaissons de notre apparence que des reflets fugaces. Pourquoi un tel aveuglement? Notre perception de nous-mêmes ne peut qu’être fausse, déformée par nos émotions, nos souvenirs d’enfance et le regard des autres. Cet hiatus inévitable, entre notre être de chair et d’os et l’image que nous avons, nous fait parfois souffrir. Nous ne voyons souvent que nos défauts, nous nous imposons des tares ». Laurence Lemoine, « La photo qui m’a révélée », Psychologies Magazine.

Imaginez un instant qu’au centre de ce miroir se trouve un judas, ce petit œil dans la porte d’entrée de la maison qui nous permet de lorgner à l’extérieur. Qui attend derrière la porte? Ouvrir ou feindre d’être absent? Qui se cache derrière le miroir? Notre histoire présente et passée? Qui sont ces fantômes derrière la glace qui faussent notre regard ou ces personnages qui s’invitent dans notre miroir? D’où proviennent ces bruits de fond dans nos pensées, ce vacarme qui nous empêche de nous concentrer sur nos atouts, qui nourrit l’image négative que nous avons de nous-mêmes et qui ressasse nos sentiments de colère, de joie, de honte, de gêne, nos bons coups comme les moins heureux.

Le miroir et la loterie ont ceci en commun : certains jours sont plus heureux que d’autres, mais l’espoir que le gros lot apportera le bonheur est illusoire. Qu’on se regarde 100 fois dans la glace ou qu’on actionne 200 fois la machine à sous, il y a peu de chance qu’un changement se produise. N’apparaîtront jamais dans le miroir ni Angélina Jolie ni Brad. Le miroir nous renvoie notre intériorité exprimée en traits faciaux hydratés de crème anti-rires ou notre sérénité logée dans nos yeux heureux. Notre regard est traversé par toute la gamme des émotions et des sentiments. Semblerait que tous les muscles de notre visage participent à transmettre nos états d’esprit.

Comment réagiraient nos parents, nos enfants, nos amis, nos collègues de travail si un micro était intégré à notre miroir et leur transmettait ces phrases assassines que nous nous adressons via le judas de la porte? Persona non grata (personne qui n’est pas la bienvenue) semble crier le miroir. Gardons-nous secret ces malaises physiques qui nous hantent, les associons-nous à une forme de défaite voire d’échec, d’injustice? Ces dévalorisations devant le miroir laissent-elles supposer d’autres insatisfactions dans notre vie? N’est-ce que la pointe de l’iceberg?
«Souriez», commandera le photographe aux invités de la noce; «Cheese», lancera votre ami pour la captation d’un ego-portrait; «Sexe», marmonnera un fêtard à l’haleine avinée pour créer une ambiance à la photo. Autrement dit, forcez-vous et ayez l’air heureux, c’est dans l’air du temps tout comme la performance, le look gagnant et la musculation. Namaste!

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Mode: La guerre des trucs

Certains films, à l’instar des tendances de la mode, refont surface, adaptés au goût du jour. Le « remake » en 3D de La guerre des tuques en est un bel exemple. Réalisée en 1984 par André Melançon, cette production rejoint aujourd’hui un nouveau public et quelques nostalgiques de l’interprétation originale, 31 ans plus tard. L’essence du film est préservée malgré cette version améliorée.

Nos tenues vestimentaires sont-elles aussi un « remake », version plus moderne et actuelle de nos habitudes en matière d’habillement? Avons-nous tendance à répéter le même scénario faisant fi de notre âge, de notre morphologie et de nos occupations sociales et professionnelles? Notre pattern est-il de perpétuer un style de coiffure, une couleur, une forme de lunettes, un kit tellement exploité qu’il est devenu notre marque de commerce, notre étiquette? Par exemple, ces femmes qui portent, bon gré mal gré, une écharpe au cou. Artifice décliné dans différentes couleurs et étoffes, parfois sobres, souvent trop « ethnique » et qui accessoirise leur pull, leur chemisier, leur veston. Parlez-en à Pauline Marois. Et que dire de ces hommes à la chemise bleue, bleu pâle, bleu marin, bleu délavé, bleu indigo ou encore à la cravate trop large à motifs douteux, suspendue à un nœud pré-fait et démesurément bombé, en huit copies.

Se cantonner dans un style vestimentaire est une pratique insidieuse qui peut entraîner une résistance aux changements, laissant sous-entendre que la nouveauté nous effraie, que le passé est préférable au présent. Ce comportement, généralisé à divers domaines de notre vie, peut engendrer « la pensée en kit », pour paraphraser Marie-France Bazzo. « L’habitude commence comme un fil de soie et devient vite un câble d’acier » – anonyme.

À l’opposé, on retrouve un autre groupe de consommateurs pour qui le changement est synonyme d’avancement. Des gens qui s’enivrent aux conseils des grands de la cuisine, des coachs de vie, des relookeurs, des icônes de la décoration, des spécialistes en comportement canin et gourous de toutes sortes. S’agit-il de gens estropiés, de grands blessés de l’apparence, des concepts marketing, apeurés à l’idée de se tromper et de ne pas être à la hauteur? « M’aimera-t-on davantage si je suis «ze best»? Pas de chance à prendre. »

Au champ droit, cette pression sociale ambiante où le contrôle de son corps, de son image et de son alimentation est nettement obsessif et où souscrire aux idéaux de beauté, de succès, de réussite et de performance est un puit sans fond. Au champ gauche, cette idéologie du « Je me choisis ». Puisque toute chose attire son contraire, faut-il se surprendre de la poussée des écoles de yoga, des centres de méditation et de la grande variété de formations axées sur la quête du bien-être qui, par effet de balancier, tentent d’apporter un équilibre dans la société. Ce mouvement vers soi propose aux gens d’arrêter de s’éloigner de qui ils sont, de se désincarner.

Mais la réalité est tout autre. Matraqués par les avis des pros et les commentaires de certains idiots sur les réseaux sociaux, quelle place occupent nos choix personnels? Nous éloignons-nous de notre nature profonde? Comment se positionner entre « has been » et « would be », caduc et résolument moderne, haute en couleurs et out en couleurs? À consulter tout un chacun, on oublie de se fier à soi et il devient difficile de valider nos choix sans gangrener notre estime ou notre confiance.

Cela démontre bien à quel point se vêtir n’est pas un geste banal et que le regard de l’autre peut créer de l’insécurité. Étrange que nous devions nous habiller tous les jours de notre vie et que si peu d’informations concernant notre rapport au vêtement soient disponibles. Cette connaissance succincte de nos comportements vestimentaires ne peut qu’alimenter le doute sur notre signature et identité vestimentaires et explique pourquoi il est « naturel » de se méjuger sur son style. Où commence la quête et où s’arrête l’insatisfaction?

Les hommes et les femmes ont-ils la même dynamique face à ce phénomène des habitudes reliées au vêtement? Si on établit un lien entre vestimentaire et culinaire, cet article nous offre une partie de la réponse : « La majorité des hommes (54 %) jugent « facile » d’améliorer leurs habitudes alimentaires, contre 45 % des femmes. Plus précisément, 13 % des messieurs estiment que c’est « très facile », contre 8 % des dames. Les hommes sont plus tournés vers le plaisir et les femmes, vers le « Mange ce que dois » – Marie Allard, La Presse +, dimanche 22 novembre 2015.

« La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal » peut-on entendre dans le film « La guerre des tuques ». J’ajouterais que « Les trucs, les trucs, c’est bon pour le moral, mais…»

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Les Radieuses Magazine

7 novembre 2018

DÉMARCHE VESTIMENTAIRE

«Comme tous les matins le soleil se lève. Je m’habille, j’me maquille…mes lunettes, ma mallette, accessoires obligatoires. Les miroirs du couloir multiplient ma silhouette…». Diane Dufresne. «Donnez-moi de l’oxygène».

Machinalement, nous répétons le matin à notre sortie du lit une liste séquentielle d’actions, orchestrées au quart de tour, sans trop se poser de questions. Revoyons ce film au ralenti. Qui est cette personne devant la glace? Quelle facette de cette personne est dominante ce matin? Cette femme, cette fille, que souhaite-t-elle mettre en lumière par son choix de tenue? Une femme, déterminée, effacée, un brin désinvolte, provocante, sexy, séduisante, rebelle, moderne, ordinaire, interrogative, complexe…? Question embêtante, direz-vous.

Vous n’avez rien à vous mettre? Faux! Vous n’avez rien à porter dans lequel vous vous reconnaissez pleinement. «Rien à vous mettre sur le dos» est une mauvaise formulation de la situation. Au contraire, vous en avez «plein le dos» de figer devant votre placard, votre miroir, les vitrines de magasins et le regard des autres que vous ne savez comment interpréter.

Trop souvent les gens font une mauvaise évaluation de leur personne, de celle qu’ils doivent vêtir. Selon Mariette Julien, Ph.D. en Communication et Professeure associée à l’ÉSG-UQAM, «La majorité des gens n’ont pas conscience des véritables motifs qui influencent leur goût vestimentaire et corporel», La mode hypersexy mise à nu » in Le Corps dans tous ses états, 2007.

Puisque l’éducation vestimentaire au Québec ne fait pas partie de notre culture, nous n’avons pas développé avec le vêtement cette relation d’aisance, de complicité et conservons au fond de nous-mêmes cette gêne, voire malaise, d’aimer le vêtement, jouer des personnages, reconnaître notre sens du beau. Le regard et la validation de l’autre quant à nos décisions prennent encore une part importante dans nos choix vestimentaires. La peur «d’avoir l’air de» existe toujours et ce, chez tous les groupes d’âge. La «peur de» engendre les résistances, les résistances alimentent les blocages et les blocages nous font tourner en rond. Retour à la case départ.

Afin de mettre en exergue ce dilemme qui nous taraude, je propose une démarche vestimentaire. J’appelle «démarche vestimentaire» les moyens mis en place pour développer une relation saine avec son image tant visuelle que corporelle. Mais pour ce faire, nous devons travailler à contre-courant, déconstruire notre rapport au vêtement.
Comment? D’abord en se faisant confiance et en prenant à la légère les analyses à l’emporte-pièce de ces experts de salon qui se prononcent sur les tenues du jour, les tendances de la mode et les «comment être la plus belle» sans savoir avec précision à qui ils s’adressent.

Une démarche vestimentaire est d’abord une démarche vers soi qui exige de focaliser sur soi avant de focaliser sur le vêtement. Par exemple, plutôt que de faire l’inventaire des pièces de votre placard, faites l’inventaire de vos atouts, de ce que vous voulez transmettre, de votre état d’esprit et demandez-vous si la tenue choisie correspond à cela. Si cette tenue nous communique davantage vos résistances au changement, vos phobies vestimentaires et la perception erronée que vous avez de votre corps, vous aurez alors une charge affective négative avec le vêtement, inéluctablement. C’est ainsi que certains looks nous fragilisent.
Plutôt que d’étioler votre énergie à être «correcte» et à vouloir tendre vers les valeurs des autres, souvent pour être aimée, prenez un temps d’arrêt et écrivez vos sensations face au vêtement, vos émotions face au magasinage et vos réactions face à votre placard.

«Qui suis-je?» n’est pas la question existentialiste que nous croyons. Il suffit d’un peu d’honnêteté face à soi et observer nos comportements et habitudes vestimentaires. Nous avons tendance à prendre des raccourcis et utiliser des faux-fuyants pour justifier les décisions concernant notre apparence vestimentaire. Par exemple, on prétextera notre âge pour se priver d’un style qui assurément nous plairait ou on tiendra pour responsable un code vestimentaire silencieux au bureau pour se soustraire à une forme de lunettes qui mettrait un peu de joie dans notre allure austère. L’âge, la morphologie, le type de travail sont bien évidemment des éléments à considérer dans les choix de vêtements. La question de base est de se demander quelle place prennent ces éléments et les avons-nous exagérer au point de ne plus être capable de passer à l’action. Le danger d’alimenter une fausse croyance est quelle se transforme en certitude, en évidence et qu’elle nous piège. Il est peut-être temps de changer ce logiciel dans notre tête qui nous empêche de se réaliser pleinement avec le vêtement.
N’oublions pas que nos manières d’être face au vêtement se rapprochent curieusement de nos comportements face aux autres domaines de nos vies. Le vêtement est un moyen créatif de s’observer et de s’émanciper. Dommage qu’on le considère à tort comme «superficiel». Pourtant!

Article en ligne sur le magazine Les Radieuses


LE VÊTEMENT: ÉVOLUTION, RÉVOLUTION OU ADAPTATION?

Blogue numero 19, le 24 octobre 2018

Je donne beaucoup de conférences cet automne à travers le Québec et je m’adresse à différents groupes d’âge. Je constate que la relation au vêtement a changé, les consommateurs se sentent moins engoncés dans leur apparence vestimentaire.
Cependant, la question «de quoi ai-je l’air?» est encore bien présente et il ne faut pas confondre «plus affranchi dans son allure» avec « mon estime et ma confiance sont au zénith ».

La mode est-elle évolution, révolution ou adaptation? Un peu de tout cela. Le vêtement est révolutionnaire quant aux recherches sur les fibres intelligentes et performantes. Il est «adaptation» en s’intégrant aux différents courants sociaux, politiques et économiques des décennies. Mais est-il symbole d’évolution? Dans sa forme, oui, mais dans sa relation avec ceux qui le portent, la réponse est encore ambiguë.

Les «ça ne se fait pas», «trop vieux pour» et «qu’est-ce qu’on dira?» sont-elles des répliques générationnelles face aux propositions stylistiques du marché? Je ne suis pas certain. Je pense que l’inquiétude de bien paraître est dans notre ADN et s’exprime différemment selon les groupes d’âge. Alors que l’élégance est révolue selon certains qui en parlent avec nostalgie, être authentique et différent est le cri de ralliement pour d’autres. Se conformer pour certains, se rebeller pour d’autres.
À écouter les questions qui me sont posées lors de mes conférences je remarque que les dogmes et les vieux clichés véhiculés à travers les années concernant le «être à son meilleur» ont des effets délétères sur la démarche vestimentaire d’une personne.

À titre d’exemple, cet extrait tiré de « JE M’HABILLE MIEUX. LA GARDE-ROBE IDÉALE DE L’HOMME, Marabout Flash, 1961. «Il est ridicule de porter une chemise à manches courtes d’où sortent le plus souvent des bras blancs et maigres. C’est une des pièces les plus disgracieuses que je connaisse».

Ou encore : « répartir le petit matériel de l’homme moderne comme suit : »
• Poche gauche pantalon : mouchoir
• Poche droite pantalon : clés
• Poche droite veston : cigarettes
• Poche gauche veston : peigne et petit agenda
• Poche intérieure droite : grand portefeuille
• Poche intérieure gauche : stylos et stylos mines

Quant à lui, « JE CHOISIS MON MANTEAU DE FOURRURE. UN LUXE À LA PORTÉE DE TOUS», 1964, s’adressant aux femmes, nous démontre bien le chemin parcouru : « Dès l’entrée de l’hiver, le manteau de fourrure vient au premier rang des préoccupations et des rêves féminins».
Ou mieux encore : «On dit que la femme est devenue raisonnable (j’ose y croire) et qu’elle achète guidée par les impératifs suivants : nécessité de la profession, obligations familiales ou sociales».

Ces renforcements et ces endoctrinements sont peut-être plus subtils aujourd’hui mais leur présence dans l’espace public a encore un effet sinon dissuasif, du moins influent dans les étapes d’une démarche vestimentaire. Par exemple, ces pseudo spécialistes des tendances qui viennent nous ébranler en nous annonçant qu’on est «out» cette année parce qu’on porte 3 bracelets au lieu de 2 aux poignets droits.

Ma bibliothèque contient de nombreux guides de toutes sortes sur les bonnes manières, l’étiquette, la mariée parfaite, des trucs pour vieillir en beauté, comment accepter son image, «J’habille mieux mes enfants», «Dis-moi ce que tu portes, je te dirai qui tu es», «Convenances et bonnes manières», « Dress for success », «Dress Code », Amen!

Pourquoi autant de guides pour apprendre à «être» et «paraître»? Par simple besoin de culture, pour être à la fine pointe de l’information ou pour s’assurer qu’en faisant les bons choix vestimentaires nous serons non seulement acceptés, mais aimés de tous.
Avec toutes ces indications et contre-indications qui nous ciblent, nous nous devons de sélectionner les informations qui nous conviennent. Peut-être faudrait-il réintroduire le bon sens tant dans les tendances sociales que les tendances de la mode et se décider à se faire confiance.


Le Blogue

Blogue numéro 17, le 25 avril 2018

Mon premier article pour l’infolettre
Move50+, mon objectif, vieillir en forme.
Un projet propulsé par Sercovie
LES RÉSISTANCES AUX CHANGEMENTS

L’être humain est une créature complexe et son corps une machine au potentiel immense. Bien se nourrir, bouger, se reposer, dormir est essentiels à l’équilibre de l’humain. Mais encore! Ce beau discours est de la rhétorique et résonne à nos oreilles comme une vieille publicité qu’on entend à la télé sans vraiment l’écouter.

LA FACE CACHÉE DE NOS RÉSISTANCES AUX CHANGEMENTS

Nous écoutons davantage nos petites voix assassines qui tentent de nous dissuader de passer à l’action que le discours sur la santé et le bien-être physique. Le rapport à l’exercice et au sport selon moi se rapproche beaucoup du rapport que nous entretenons avec le vêtement. Pourquoi? Parce que ce que nous sommes intrinsèquement se reflète dans plusieurs domaines de notre vie.

Je m’explique. Les peurs (du ridicule, de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir, de moins bien performer que les autres), les fausses croyances (je n’ai pas de talent pour le sport, mon âge, mon poids, il est trop tard pour commencer, je ne trouve pas de vêtements qui me conviennent) et en tête de liste, l’importance accordée au regard de l’autre (que trop souvent nous refusons d’admettre et pourtant qui affecte nos décisions). Tous ces facteurs peuvent ralentir nos élans vers l’exploration d’un style vestimentaire comme ils peuvent aussi retarder notre décision de s’inscrire à un groupe pratiquant un exercice physique.

Conséquences : nous nous imposons alors des interdits, notre gendarme intérieur nous éloigne de notre bien-être physique et ces résistances sont une entrave à une vie épanouie.

L’ÂGE

J’ai 67 ans, toutes mes dents. Dans le cadre de mon travail, j’ai beaucoup réfléchi à l’impact de l’âge dans ma vie et dans celle des gens de ma génération. La documentation sur « prendre de l’âge », vieillir, avancer en âge, est abondante, mais comment tout cela se manifeste-t-il de l’intérieur? Je n’ai pas vu mon corps vieillir, trop occupé que j’étais. Et vlan! Comme par enchantement, un jour, je suis chauve, bedonnant et grisonnant. Je n’ai jamais pratiqué un sport assidûment ou si peu. Je déteste la plupart des sports. Pourquoi aurais-je fait de l’exercice? Hyperactif, système digestif à son meilleur, mince comme un fil jusqu’à l’âge de 55 ans, pourquoi m’embarrasser de cette humiliation d’aller transpirer en public et de faire le cancre avec mon manque de flexibilité et de dextérité? Et tout à changer, vous imaginez la suite.

BIEN DANS SON CORPS, BIEN DANS SON ÂGE

J’entends souvent dans mes ateliers l’importance du confort dans le choix d’un vêtement. Je pense que le sens du confort doit être élargi. Confortable dans son corps, dans son âge, dans ses décisions, dans sa tête.

Pour concilier mon corps et mon âge, j’ai dû, comme beaucoup d’entre vous, faire des deuils et me redéfinir. Se définir n’est pas banal, mais se redéfinir ne l’est pas moins. La coquetterie, la séduction, le charme, la sexualité ne disparaissent pas avec l’âge. Ils s’expriment et se vivent autrement.

CE QUE MON CORPS M’ENSEIGNE

Mon corps m’a enseigné la tolérance à mon égard, il a su mettre un frein à mes mauvaises habitudes sans quoi….

Grâce à mon corps, j’ai compris que mes hésitations, mes doutes, mes retenues face à l’exercice physique ne me mèneraient nulle part et qu’être volontaire et consentant à un meilleur régime de vie serait bénéfique non seulement pour ma personne, mais aussi pour ceux qui m’entourent.

Mon corps m’a enseigné que je ne suis pas qu’un ventre, une calvitie, des rides, un âge. Je n’ai pas moins de valeur à cause de mes modifications physiques, j’ai plus conscience des forces qui m’habitent.

Mais ces forces, pour les apprécier et en jouir, doivent être oxygénées sans quoi elles risquent de s’atténuer sans l’aide d’un corps en santé. Ainsi fonctionnent les vases communicants dans une forme de logique bien orchestrée jusqu’à ce qu’un écueil entrave le mouvement. Et ce mouvement bien souvent est ralenti par nos résistances à aller de l’avant.


Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 16, le 17 avril 2018

LE RETOUR DU BALANCIER

mensonge_homme_topJe m’intéresse aux habitudes et aux comportements vestimentaires de mes concitoyens et pour simplifier cette compréhension de la dynamique parfois tordue que nous entretenons avec le vêtement, je me plais à comparer nos croyances vestimentaires aux mythes que nous entretenons dans d’autres disciplines. Je crois profondément qu’une façon de faire, de penser, un lien, existe dans plusieurs secteurs de nos vies et que nous reproduisons inconsciemment des modèles, des patterns, dans certains de ces domaines.J’utilise parfois la métaphore et je fais des analogies entre le vêtement et la musique, le vêtement et l’écriture, le lien entre le garde-manger et la garde-robe, la façon de conduire et la façon de magasiner. Mes approches ne sont nullement scientifiques, mais elles permettent à celles et ceux qui participent à mes ateliers de comprendre que leur apparence vestimentaire est en grande partie dictée par leur environnement humain, social, professionnel et que trop souvent ils succombent à des ouï-dire, de la mauvaise information, des pressions non fondées et s’enlisent dans le «puisque tout le monde le dit et le fait» basé sur de l’air.Mon discours n’a jamais été de dénoncer les faiseurs d’image, les dizaines de stylistes qui jalonnent le Québec, les magazines de mode, les coachs de toutes sortes et les médias qui offrent encore et toujours des recettes de mieux-être. Mon cheval de bataille est d’amener les gens à comprendre leur rapport à l’habillement et les inciter à se faire confiance, oser, et mettre de côté leurs phobies vestimentaires et soigner la trop grande place que prend le regard de l’autre sur leurs choix.Suis-je un vête-mentor ou un vête-menteur? Cette question m’a longtemps interpelé. Mais en observant autour de moi, je vois que d’autres se sont penchés sur la même dynamique, mais dans leur secteur d’activités.ALIMENTATIONPar exemple, Bernard Lavallée, le nutritionniste urbain. «N’AVALEZ PAS TOUT CE QU’ON VOUS DIT, Superaliments, détox, calories et autres pièges alimentaires, aux éditions La Presse, écrit ceci : «On se pose des milliers de questions sur le contenu de nos assiettes, on veut bien manger (même si l’on a chacun notre idée de ce que ça signifie), on entretient des craintes concernant les aliments produits de façon industrielle et on s’interroge beaucoup sur l’impact de nos choix alimentaires. Bref, on est perdus.»Ne trouvez-vous pas que cela se rapproche de notre relation aux vêtements si je reprends quelques-uns de ses passages? On veut bien manger (s’habiller), les aliments produits de façon industrielle (fast fashion/mal mode), l’impact de nos choix alimentaires (vestimentaires).POLITIQUEMichel C. Auger, animateur et analyste politique, «25 MYTHES À DÉBOULONNER EN POLITIQUE QUÉBÉCOISE.» Pour en finir avec les idées reçues, les éditions La Presse, se prononce sur les mythes :

«Mais la force des mythes est telle que même quand on présente des faits, bien des gens qui les croient préfèrent se réfugier derrière des anecdotes plutôt que de changer d’avis. »

Ce discours s’applique à la mode. Les idées préconçues concernant le milieu de la mode sont tenaces. Une jungle, de l’artificiel, peut-on entendre. Pourtant, cette situation se retrouve dans les bureaux d’architectes, dans les grandes entreprises financières et même entre enseignants dans les collèges.

SCIENCE

Olivier Bernard, Le Pharmachien, qui souhaite que les gens développent le sens critique écrit ceci sur le web : «Je suis à la fois fasciné et exaspéré par les mythes scientifiques et médicaux.»

«Je ne donne aucun conseil pharmaceutique ou médical.»

J’ai aussi cette attitude avec mes participants. Je questionne, mais ne fais pas dans le truc ni dans la technique. Je cherche à comprendre l’origine de leurs comportements et à quel point leurs fausses perceptions les amènent sur de mauvaises pistes.

SANTÉ

Alain Vadeboncoeur, (urgentologue), DÉSORDONNANCES, CONSEILS PLUS OU MOINS PRATIQUES POUR SURVIVRE EN SANTÉ. La vérité sur la médecine, Lux Éditeur, 2017

«Nous voulons tous vivre longtemps et en santé. Chaque jour, des experts réels ou autoproclamés, nous prescrivent une nouvelle recette pour y parvenir. Mais comment les croire alors que leurs recommandations ne cessent de changer?»

Cela ressemble étrangement à tous ces oracles des tendances de la mode qui nous présentent un show de promotion extravagant comme si c’était la découverte d’un vaccin contre le cancer. On se calme.

J’apporte cependant un bémol à ces comparaisons que je fais avec d’autres milieux de travail. Ce que vous mettez dans votre assiette ou dans votre pharmacie attire moins de regards et de commentaires que votre style vestimentaire. Aussi, le vêtement est un puissant communicateur qui jase à votre insu de votre personnalité et révèle vos secrets, ce qui peut créer plus de malaises et d’inconfort que les aliments que vous consommez seuls à la maison ou de la pilule bleue qui agrémente vos soirées d’hiver.

Mon travail consiste à décortiquer tout cela pour le rendre limpide et permettre une percée dans la compréhension de votre approche vestimentaire.

Et vous, quelle habitude répétez-vous tant avec vos vêtements que dans un autre domaine?

ww.lucbreton.com

*Crédit photo : «Seigneur délivre-nous du mensonge de Dominique Dumond», Top chrétien


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 15, le 10 avril 2018
HABITEZ-VOUS LA PLANÈTE DU LISSE?
LisseLes préjugés, la discrimination et l’intimidation ont fait couler beaucoup d’encre et de larmes ces dernières années. Je me suis même demandé si mon implication dans le bien-être des gens concernant l’image corporelle n’avait pas altéré ma vision des choses et qu’en fin de compte, le discours sur le phénomène ne s’était pas trop emballé.Mais après la lecture du dernier bouquin de Jean-François Amadieu, LA SOCIÉTÉ DU PARAÎTRE, Les beaux, les jeunes…et les autres, je me suis ravisé. Recherches et statistiques à l’appui, l’auteur fait le bilan des discriminations associées à un handicap, à l’état de santé, à la silhouette, à la taille, à l’âge et à la couleur. Toutes se traduisent sous forme d’injustices au quotidien.La prime à la beauté, à la jeunesse, à la bonne santé, à l’érotique, au maquillage et autre, influence les choix des recruteurs, les relations de travail et évidemment les relations interpersonnelles.Le phénomène narcissique est amplifié par l’utilisation des réseaux sociaux et s’est infiltré dans presque tous les aspects de nos vies. Être beau, mince, performant, sportif; avoir de beaux vêtements, une belle poitrine, des traits parfaits, du beau, du beau, que du beau. Les produits de beauté ont fait place aux applications d’embellissement des photos. Si vous n’êtes pas beaux, point de salut. Il est préférable d’habiter la planète du lisse, une peau lisse, une pensée lisse et un comportement lisse. À titre d’exemple, selon l’auteur, une belle poitrine plutôt qu’une belle personnalité serait le nouveau fantasme des hommes.LES DOMMAGES COLLATÉRAUXJe m’intéresse aux dommages collatéraux de ces images qui empoisonnent la société. Les effets dévastateurs sont insidieux et s’infiltrent dans nos derniers retranchements. On rame à contre sens. L’image corporelle est un château de cartes.À titre d’exemple, Amadieu, qui est impliqué dans l’Observatoire des discriminations, université de Paris-l-Panthéon-Sorbonne, affirme que les utilisateurs de Facebook sont plus insatisfaits de leur corps et ont plus de désordres alimentaires que ceux qui ne sont pas sur ce réseau social….ils sont aussi plus préoccupés par leur silhouette et veulent, plus que les autres, être minces…Non seulement on est obsédé par son apparence, mais les images des autres rendent jaloux.…aux États-Unis, une femme qui pèse trente kilos de plus qu’une autre gagne 9% de moins, ce qui correspond à une année et demie d’études ou bien à deux années d’expérience professionnelle. Les hommes ne sont pas épargnés par les méfaits des apparences : «…les jeunes hommes aimeraient avoir 13 kilos de muscles supplémentaires et sont convaincus que les femmes apprécient les hommes plus musqués qu’eux.»«Nul n’échappe désormais à sa responsabilité face à l’image qu’il donne aux autres, il vaut ce que vaut son image». David LeBreton, Éthique de la mode féminine.
Et c’est là que le bât blesse. Non seulement sommes-nous assaillis par ces «winners» qui font partie du groupe sélect des beaux, jeunes et minces mais selon Danielle Bourque, auteure de À 10 kilos du bonheur, que j’ai consultée avant d’écrire mon blogue, « On ne peut plus nommer que cela est dur. On est censé être au-dessus de tout cela.»Marie-Claude Élie-Morin dans son bouquin LA DICTATURE DU BONHEUR, corrobore ces dires. «Le bonheur est devenu un impératif, au même titre que la minceur et le succès professionnel. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances : on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et «positive », parfois au mépris de la réalité.»Résultat : la culpabilité d’avoir failli à la tâche, de ne pas avoir réussi à mâter le corps, crée un sentiment d’échec, de dépréciation de soi. La comparaison aux images sans défaut qui nous sont offertes et qu’on envie donne l’impression d’avoir perdu le contrôle de sa vie et crée même l’humiliation. On ose se demander ensuite pourquoi tant des gens acceptent mal de vieillir, que d’autres obsèdent maladivement sur leur poids, que la demande pour des chirurgies esthétiques ne cesse d’augmenter, que l’estime et la confiance en soi sont en voie de devenir une industrie?Suite à mon blogue sur le phénomène Safia Nolin publié le 2 novembre 2016, quelqu’un m’avait  acheminé ce message : «Quel perte de temps…il y a tellement de choses dont on devrait s’indigner……..la pauvreté…..la violence…l’état de notre planète…….et Safia fait la manchette….??? est-ce que c’est juste moi ou……»Ce à quoi j’avais répondu : «Ce que vous affirmez est bien mal comprendre la détresse qui habite beaucoup de gens face à leur image visuelle et corporelle. Justement, à force de se faire répéter qu’il y a pire que cela dans la vie, les gens se réfugient dans le silence croyant qu’ils sont “anormaux” à cause de leurs inquiétudes. Si on pouvait parler librement de notre mal-être relié à l’image sans se faire rabrouer ou pire encore toujours ressasser la même vieille rhétorique de l’être et le paraître. Cela aussi m’indigne et je ne suis pas pour autant insensible à la pauvreté et la misère dans le monde. Souffrir dans son image est aussi une forme de souffrance ainsi que la pauvreté de l’âme. Mais je comprends que le dossier Safia prend beaucoup de place».Ne jamais oublier cette question, tirée de la Psychanalyse jungienne, «Qui es-tu quand personne ne te regarde? »LA RÉSISTANCE S’ORGANISEMichèle Marin, Styliste pour femmes et formatrice, dessert une clientèle féminine dans la soixantaine et constate un changement dans la relation au corps et au vêtement chez sa clientèle. « Les femmes ont changé leur façon de voir. La mentalité a évolué parce qu’on propose d’autres modèles qui leur plaisent. Elles ne veulent plus de ces modèles stéréotypés.» Mon style peut-être charmant même si je ne suis pas la beauté de l’heure, affirment ses clientes.Mon atelier «Je vêts bien» s’inscrit dans cette démarche de comprendre le lien que nous entretenons entre notre corps, notre vêtement et notre bien-être.Lisse 2«Il était inévitable que le culte de la beauté, de la minceur ou de la jeunesse finisse par provoquer des refus et des réactions dans l’opinion publique» Jean-François Amadieu. 

Blogue paru dans le Huffington Post Québec en janvier 2017

Crédits photos:
Le visage fissuré: Divine Elements; Dream, Believe, Love, Create. Big Dreams!

Le burger: The Disease called «Perfection». Single dad laughing

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Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 14, le 3 avril 2018

Slow food, slow mood, slow mode

Le Slow wear nous démontre bien ce phénomène. Précédé par le Slow life et le Slow food des années ’90, ce courant s’installe plus solidement avec  le concept du Slow design en 2004,  popularisé par Alastair Fuad-Luke. Quant à lui, le sociologue italien Carlo Petrini utilise plutôt le terme « Malfringue » qui s’inscrit dans la ligne de pensée de la malbouffe.
Slow wear, slow mode, slow fashion, tous ces termes nous renvoient à une mode éthique, c’est-à-dire connaître la provenance des vêtements, l’impact écologique et économique de nos habitudes reliées aux fringues. Le Slow fashion n’est pas tant de consommer moins que de consommer mieux en opposition au Fast fashion où les styles en magasin sont renouvelés à toutes les deux à six semaines. Notre univers personnel gravite autour de la consommation et de la surconsommation qui alimentent à leur tour la compulsion et  nourrissent l’impulsion. « L’hyperconsommation », terme utilisé par Gilles Lipovetsky dans son livre  Le bonheur paradoxal se définit comme la consommation basée sur l’insatisfaction permanente. La consommation, spécialement celle de produits éphémères comme la mode ne fait-elle pas office de calmant, particulièrement en cette période de crise?

L’intention est louable et on applaudit pareille initiative du Slow mais tout phénomène social émergent connaît des ratés et comme Analyste en comportements vestimentaires je suis préoccupé par les dérives possibles. Après les dictats du clergé dans les années 50, les dictats des tendances de la mode où les créateurs étaient vus comme des décideurs absolus dans les années ‘80, la pression et les dictats sociaux d’être les meilleurs en tout en 90, serons-nous maintenant sous la loupe des écolos? Les égos écolos remplaceront-ils les égos spirituels des zens, les égos culturels des intellos et les égos matériels de la finance? Remettrons-nous la mode au banc des accusés encore une fois?

« La slow fashion milite pour un retour aux vraies valeurs. L’essentiel, le vêtement utile. » Christel Carlotti, IFM. Quelles sont donc ces vraies valeurs?  Quelle définition donnons-nous à un vêtement utile? Cette école de pensée préconise aussi le retour du basique. Alors qu’on commence à peine à sortir de notre mentalité judéo-chrétienne où se trouver beau et élégant n’est plus signe de vanité et de prétention et que le style personnel fait son coming out, voilà que s’ajoute une nouvelle donne.

Les effets de ce courant seront bénéfiques ou pervers. Développer la conscience de la planète est primordial certes,  mais comment appliquerons-nous concrètement ces concepts dans une démarche stylistique ? Où logeront la coquetterie, la personnalité, l’identité et la profession de chacun? On ne peut se vêtir que de basiques, pas plus qu’on ne peut se décorer que d’accessoires ou ne porter que des vêtements « trendy ». L’équilibre suppose la balance de tous ces éléments.
L’éducation vestimentaire et la relation corps/vêture/conscience sont elles aussi embryonnaires chez nous. Leurs balbutiements s’harmoniseront-ils  à ceux des Slow? Évitons de développer le bien-être d’un côté et la culpabilité de l’autre.
Lentement mais surement!

Publié le 25 janvier 2010

Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 13, le 27 mars 2018

QUI FAIT LA PREMIÈRE PARTIE DE VOTRE SPECTACLE?
Ou comment vos atouts donnent vie à votre vêtement.

Scène- Twitter

Les artistes invités à faire la première partie d’un spectacle sont habituellement moins connus du public. S’associer à un grand nom du showbiz leur procure visibilité et expérience même si dans les faits leur mandat est de réchauffer la salle, mettre la table pour que l’énergie atteigne son summum quand la grande star ou le band de renom apparaîtra sur scène.

Certaines de nos caractéristiques personnelles jouent aussi ce rôle. On a tendance à diminuer leur importance et surtout la place qu’elles occupent dans notre apparence vestimentaire.

La question : «De quoi ai-je l’air?» est incomplète. Il faudrait ajouter ceci : «De quoi ai-je l’air avec ma tenue combinée à mes atouts?» Les  deux contribuent à notre mise en scène et donnent vie aux personnages que nous souhaitons jouer au bureau, dans notre vie sociale, dans les rituels de séduction, en voyage, partout. S’habiller c’est communiquer et cette communication vestimentaire est incomplète sans le support de nos atouts.

LES YEUX DE SYLVANA

J’ai commencé à enseigner dans un collège de mode en 1984. On m’avait alors assigné les cours du soir s’adressant aux adultes. À cette époque, pas de téléphone intelligent, pas de tablette ni d’ordi, le paradis. Que des gens attentifs concentrés sur la prise de notes. Pourtant, sans crier gare, les yeux de Sylvana, assise dans la première rangée de ma classe, m’ont bouleversé. À ce point subjugué et intimidé par ses yeux bleus ourlés de noir, un bleu si magnifique, irréel, jamais vu, j’ai senti que quelque chose m’échappait et que j’en perdais mes moyens.

Ce n’est qu’après coup que j’ai réalisé aussi que Sylvana avait un style vestimentaire singulier qui prenait tout son sens dans l’impact de son regard. La combinaison des deux forces était gagnante : l’œil pour la «réchauffer la salle» et le vêtement pour le spectacle.

LES BOUCLES D’HÉLÈNE

Hélène a mis du temps à aimer sa chevelure. L’expression «frisée comme un mouton» à l’école la blessait et ne faisait qu’amplifier sa gêne d’onduler avec autant de désinvolture. À l’adolescence, sa sœur et elle «défrisaient» les boucles rebelles avec le fer à repasser de leur mère, le cheveu bien couché sur la planche à repassage. Question de mode ou légendes urbaines, le cheveu raide attirait plus les garçons semble-t-il.

Comble de malheur, dans la trentaine son abondante chevelure d’un brun foncé, presque noir, s’est vue envahir par l’ennemi, le cheveu blanc. Le phénomène «going gray» n’existant pas alors, toute femme soucieuse de son apparence se devait de fuir et camoufler ce symbole de vieillissement précoce. Après maintes et maintes tentatives de coloration, Hélène a abdiqué. Aujourd’hui, ses boucles blanches et grises font l’envie de bien des femmes pour qui «faire naturelle» passe par le bouclé associé à une forme de liberté, d’indépendance face aux diktats non seulement de la mode, mais de la société. La coquetterie du « petit mouton » s’appuie maintenant sur un atout qui fait tourner les têtes. Sa crinière balaie les fausses perceptions qu’elle a si longtemps entretenues. Une première partie de spectacle qui occulte quasiment la vedette en titre.

«IL FAUT ÊTRE DEUX POUR DANSER LE TANGO»

Le vêtement a besoin de notre aide parfois pour remplir ses fonctions. Si notre parure n’est pas habitée, investie par notre personnalité et nos atouts, elle n’est rien d’autre qu’un quelconque tissu présenté sur une charpente humaine dévitalisée, peu importe sa valeur marchande. Comme disent si bien les femmes : « Cela fait toute la différence entre une bonne journée et un bad hair day.»

RECONNAÎTRE SES ATOUTS

J’aborde souvent le fait que reconnaître ses atouts est difficile. Nommer ses qualités, ses forces, ses pouvoirs est embêtant, voire intimidant. S’autoévaluer demande de l’humilité, mais attention à la fausse modestie qui elle, peut nous empêcher de nous révéler sous notre meilleur jour.

MAUVAISES PERCEPTIONS

Un des effets pervers de l’autoévaluation est la perception erronée de soi, une lecture incomplète, fausse même, de qui nous sommes, de ce que nous dégageons.

Dans mes ateliers je vois des femmes qui s’empêchent de chausser des sandales l’été prétextant que leurs affreux pieds ne doivent pas être révélés au grand jour. J’entends des femmes dans la jeune trentaine préoccupées de façon obsessive par leurs oreilles d’éléphant et qui se privent d’un style capillaire parce que ces «portes de grange» se dissimulent mieux sous une longue chevelure.

Un atout est une marque de commerce, une caractéristique qui nous différencient des autres. On peut tous se vêtir de la même façon, mais l’atout reflètera notre vraie nature.

LE NON-ATOUT, UN ATOUT?

Pourquoi un rire cristallin, un nez cabossé ou une mandibule accentuée ne serviraient pas de tremplin à notre tenue vestimentaire? Tant d’années à se diminuer, à s’inquiéter de sa différence alors que ces traits s’avèrent être des  trésors cachés.

Reconnaître ses atouts ne laisse nullement supposer que certains aspects de notre être ou de notre corps sont plus difficiles à accepter que d’autres mais on doit se questionner sur la place qu’ils occupent dans notre auto-évaluation et qu’ils ne font pas ombrage à ce qui nous met en valeur.

Joyeuses Pâques aux canards boiteux, aux chauves, aux petites tailles, aux genoux osseux, aux épaules en bouteille, aux bouches croches, aux doigts trop gros, aux sourcils épais, aux oreilles poilus. Amen!

Rideau de scène
Crédits photo: @l’arrière-scène-Twitter
& Appel de Boulieu, scène nationale d’Annecy-Les trois coups

Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 12, le 20 mars 2018

DES LETTRES ET DES LÉGUMES

silhouette sistacafe.comMalgré la neige qui tombe abondamment depuis quelques jours, je suis en mode printemps. Fou de joie, j’ai reçu mes semis dans ma boîte aux lettres ce matin et un espace pour les mettre en terre est prévu dans la maison, côté soleil. Comme chaque année les deux chiens et le chat se mêleront à l’opération d’empotage, la terre se répandra partout, ils pataugeront dans le surplus d’eau d’arrosage et ensuite ce sera le grand ménage.

Cette opération m’amuse aussi parce que chaque année, immanquablement, je pense à mes légumes qui pousseront et qui deviendront des symboles de silhouette humaine. Êtes-vous faites comme un céleri, une courge, une tomate ou encore un concombre? D’autres oracles du stylisme opteront pour des lettres pour imager votre gabarit. Cette façon de faire remonte à un certain temps même si on essaie de nous faire croire que c’est nouveau et que c’est «la plus belle invention depuis le pain tranché » (feu Jean Lapierre). Pendant que les enfants s’instruisent en mangeant leurs céréales Alphabet, maman panique dans son placard en se demandant si elle est un X, un H ou un gros 0 et se questionne même à savoir si elle peut mélanger les lettres. Il faut éviter les fautes d’orthographe et les fautes de goût.

Les plus zen trouveront réponse dans des symboles associés à la vie. Par exemple l’Eau où votre morphologie correspond à une goutte d’eau, le Bois associé au rectangle, le Feu à un triangle inversé, la Terre au rond et au carré alors que le Fer est représenté par deux ronds superposés formant un 8.

Connaître les bases du style vestimentaire et de l’harmonie des formes et des couleurs est un outil de base indispensable quand on entreprend une démarche vestimentaire. En plus, comprendre les principes de la morphologie aide à

résoudre certains questionnements. Tout cela est de la mécanique, de la mathématique et s’explique techniquement. Notre corps est une charpente architecturale qu’on doit protéger, habiller, parer. Il se compare à un pont : on en découvre des majestueux, des romantiques, des spectaculaires, des immensément longs, des atypiques, des tout petits qui enjambent un ruisseau, etc. Ma mère qui surveillait ma posture me faisait inlassablement cette mise en garde : «Si tu marches le dos rond, les Anglais vont croire que c’est un pont et marcheront dessus».

Voilà qui aide la compréhension de notre gabarit. Mais encore? Une fois établi que votre corps se rapproche d’un trou de beigne, d’un tournevis ou d’une poignée de porte, qu’en est-il de votre estime? Devant le miroir, le matin, cesserez-vous de vous juger moche, grosse, sans allure, hideuse, sachant enfin que vous ressemblez à une lettre, un légume ou une planche de bois sans noeud? Si peu!

LES DOMMAGES COLLATÉRAUX

« Dans les sociétés d’autrefois, les tenues disaient tout ce qu’il y avait à savoir. Aujourd’hui, nous existons par nous-mêmes et non plus par l’uniforme ou le code vestimentaire que nous impose notre position sociale. Cette liberté entraîne une importance accrue de l’aspect physique : nous sommes dévoilés ou jaugés là où nous pouvions avant, nous abriter derrière les conventions, le rang, la caste ou un statut social bien établi. Le culte du corps, le « corporéisme », traduit cette dérive. » Jean-François Amadieu

Les effets dévastateurs causés par la mauvaise perception de notre corps sont insidieux et s’infiltrent à nouveau dans nos derniers retranchements. On rame à contre sens. L’image corporelle est un château de cartes.

La femme davantage que l’homme est constamment en observation : au bureau, à l’épicerie, en voiture, dans son quartier. Cette forme d’oppression, d’apartheid,

devient presque une seconde nature. Doser féminité, maternité, esthétisme, modernité, sociabilité et satisfaction de son image relève de l’acrobatie. Le spectre de faire « pitoune » ou nymphette d’un côté, et « matante » et quétaine de l’autre, a de quoi insécuriser toute femme en quête d’une image équilibrée.

Le jeu des associations (fruits, lettres, métaux) nous réconforte parce qu’il met en image des sensations que souvent nous ne pouvons exprimer avec des mots. Nous serions-nous inspirés une fois de plus de la vie animale pour comprendre l’humanité : un chien saucisse, un poisson-chat, un requin marteau, un singe-araignée, faites votre choix?

*Crédits photo: sistacafe.com


Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 11, le 13 mars 2018

NE TOUCHEZ PAS À MA TORTUE

OU

QUAND LA PERSONNALITÉ TRANSCENDE LE CORPS

TortuesPour moi, le vêtement au sens large du terme inclut tous les éléments en sa périphérie: accessoires, looks, styles, magasinage, garde-robe, sentiments, émotions et non le moindre, le corps grâce auquel le vêtement et sa suite s’animent. Causer de l’aspect humain du vêtement est ma passion au point où j’en ai fait mon gagne-pain.

À titre d’exemple, « de quelle façon habitez-vous votre vêtement?» est une des questions les plus embêtantes posées dans mes ateliers. Les réponses sont multiples : on peut habiter son vêtement avec désinvolture, conviction, hésitation, doute, fierté, peu importe, mais il faut se rappeler que très souvent nos personnages prennent vie grâce à la participation du corps.

Mais voilà que le corps entièrement ou partiellement dénudé exige une lecture différente de celle d’un corps couvert de tissus, de couleurs, de breloques et autres apparats. Le corps parle, s’est connu, même sans vêtement pour l’appuyer, et ce, à tout âge.
À LA PLAGE

« La beauté sur la plage mêle plaisir, désir et esthétique. Elle s’éprouve dans les différents regards (concupiscents, envieux, indulgents, réprobateurs…) que suscite le corps». Francis Hofstein, L’AMOUR DU CORPS ».

Sur la plage à Ixtapa le mois dernier, j’ai vécu la situation inverse. Je vous explique : en marchant le long de la mer, j’aperçois un attroupement de

vacanciers qui se penchent au-dessus d’un trou creusé dans le sable par un membre du personnel d’un hôtel. Des tortues naissantes se fraient un chemin vers la mer. On ne les compte plus, 5, 10, 20, 40. La clientèle, plutôt âgée, donne l’impression d’un CHSLD on the beach.

Des gamins et des gamines de 60 à 85 ans à la peau cuivrée, burinée ou carrément brûlée par le soleil se mettent en mode « on sauve la planète, tortues en danger». Plus qu’un malaise, une crise humanitaire. La croisière ne s’amuse plus. Finis les discussions de surface sur tout et rien avec des amis de passage rencontrés dans un resto de l’hôtel. En français, en anglais, en espagnol, en serbo-croate et en gémissements, les chairs cramées s’empressent et s’énervent autour des créatures.

Et du coup, momentanément, les complexes physiques n’existent plus : varices, arthrite, cellulite, bedaine, seins pendants, dos courbés, trop affairés qu’ils sont à sauver l’espèce, les vacanciers focalisent sur autre chose, un événement polarisant.

«Même chevelure qui grisonne, même silhouette qui épaissit, même peau qui se ride, mêmes cuisses qui moutonnent. Et même ambivalence, exacerbée par la proximité de l’image d’autrefois avec le corps d’aujourd’hui…» Francis Hofstein, L’AMOUR DU CORPS ».

Des corps graciles, des silhouettes voûtées, des pas allègres, un monsieur pataud, une dame voluptueuse. Les marcheurs oublient leur routine matinale et se joignent par curiosité à l’essaim de têtes blanches rassemblé devant la terrasse de l’hôtel. La foule est galvanisée et voilà que la nature humaine reprend ses droits. Sauver les tortues devient une affaire personnelle et la personnalité de chacun transcende son image corporelle. On s’active rondement à cueillir les nouveaux nés dans les mains pour les mener à la mer évitant ainsi

les prédateurs. Tous ont une opinion sur la stratégie à adopter pour la survie des bébés tortues.

Une dame toute menue susurre à l’oreille imaginaire d’une tortue qui sèche à vue d’œil sous ce brûlant soleil. Un gringalet au regard médusé du chevreuil paniqué devant les phares d’une voiture ne sait trop quoi faire, une Allemande qu’une vague effleure à la cheville sursaute, se sauve en courant, écrasant au passage deux réchappées. Courte vie comme certaines tendances de la mode, aussitôt lancées, aussitôt périmées.

Un Américain du Texas, adepte de la méritocratie, s’oppose à l’aide qu’on apporte aux petites bêtes. La survie se mérite. Une Québécoise dans un anglais laborieux abonde dans son sens. Sa théorie judéo-chrétienne est claire, il faut souffrir pour réussir. Les tortues doivent se rendre seules à la mer, c’est inscrit dans leur ADN, sinon cela est contre nature.

Un gérant d’estrade prend la situation en main et malgré ses 30 kilos en trop cueille avec une rapidité déconcertante sept tortues d’un coup de main dont celle de madame Simoneau de Jonquière qui réagit d’un ton sec et convaincant: « Touches pas à mes tortues toé là». Blanc de colère mais foncé de peau, un Belge prêt à arracher la jugulaire de tout le monde s’insurge contre ce sauvetage improvisé. Un ado mexicain, à l’attitude débonnaire, le seul parmi le troupeau d’adultes à l’enthousiasme exagéré, reste coït devant cette tour de Babel.

Depositphotos

À peine 40 minutes se sont écoulées depuis mon arrêt au CHSLD on the beach et en si peu de temps l’humanité s’est manifestée sous tous ses travers. Les tortues sauvées, les touristes reprennent leurs malaises physiques, la gêne de leur corps et regardent à l’oblique ceux et celles qu’ils croisent sur leur route en portant jugements et commentaires. Comment une jeune tortue permet à quelqu’un de mettre en veille son image corporelle le temps d’un sauvetage.

*Crédits photo: Depositphotos


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 10, le 6 mars 2018

AUTHENTILASTICITÉ

masques

L’authenticité coule dans nos veines de Québécois et fait partie de nos cordes sensibles. Ne sommes-nous pas des vrais, des purs, des gens fiers de leur patrie?
Qui ne souhaite pas être reconnu comme étant authentique? Personne. Aussi bien demandé : qui ne veut pas être aimé? Ou encore : qui veut sonner faux? Être authentique c’est être vrai, naturel, sincère, soi-même. Amen!
L’authenticité est tentaculaire et s’accorde à la plupart de nos actions : être authentique dans l’art de la séduction, en amour, en société, en amitié et au travail.
Mais voilà que l’authenticité, en plus d’être une valeur québécoise bien installée, s’inscrit maintenant dans les tendances sociales de l’heure. À preuve, ces quelques exemples que j’ai dénichés sur le web :

• Mieux être : Développer son authenticité, Emilie Paquin.
• L’effet a : Êtes-vous vraiment authentique au travail?
2 décembre 2015, Caroline R. Paquette
• La Presse.ca : Accessoires en 2018: cocooning et authenticité
Côté déco en 2018, on poursuit sur la lancée du cocooning, mais on recherche aussi de l’authenticité, notamment avec tout ce qui est local et fait main, Sophie Ouimet, le 03 janvier 2018
• Le Journal de Montréal, 10 vedettes qui nous prouvent que l’authenticité est tendance en 2018, Le sac de chips Billie Jean :Jasmine Legendre, 22 janvier 2018

TENDANCE

L’authenticité se consomme donc maintenant au même titre que tout autre produit « à la mode et répond à certains principes plus ou moins tacites. Par exemple :

1. TOUTE CHOSE ATTIRE SON CONTRAIRE
L’authenticité correspondrait donc au retour du balancier après tant d’années où la performance était à l’honneur et la beauté et la minceur une religion. Être authentique signifie le droit à être ordinaire, quelconque, imparfait. Baisser les bras sans pour autant être «looser», être reconnu pour autre chose que ses réalisations professionnelles et être apprécié pour ses atouts autres que physiques. Arrêter de déployer autant d’efforts pour être ze best et cesser de compétitionner sur tout et contre tout, dont soi-même.
L’authenticité correspond en quelque sorte aux nouvelles valeurs sociales. À une certaine époque, ces valeurs étaient davantage axées sur le statut social, la profession, les revenus, les possessions. Aujourd’hui, au contraire, on valorise l’intériorité, les états d’âme, la conscience sociale et la solidarité. Il n’est donc pas surprenant que parmi les mots les plus utilisés par mes participant(e)s en atelier pour se définir, on retrouve ceux correspondant aux codes d’aujourd’hui: décontracté, authenticité, naturel et crédibilité.

2. TOUTE MODE MEURT DANS L’EXCÈS .
Comment oublier la période hippie avec ses accoutrements ou encore les années 1980 où les épaulettes surdimensionnées frôlaient le ridicule. Chaque époque laisse sa trace, pas toujours pour les bonnes raisons. Et l’authenticité en fait de même.
La mascarade de la famille Trudeau en visite en Inde est un exemple fort éloquent de ce dérapage et de cet abus d’un phénomène social étiré jusqu’au grotesque. L’élastique a atteint sa charge maximale.
Sophie Grégoire et sa marmaille donnent l’impression de jouer le rôle de la Vierge Marie qui apparaît à trois enfants à Fatima au Portugal ou encore à Bernadette Soubirous à Lourdes alors que son époux sonne faux et en joue de sa crédibilité à «beurrer» trop épais. Justin sans le savoir a enfoncé le clou de l’authenticité.
Ces mascarades pour bien paraître dénaturent ce terme en lui enlevant sa valeur initiale c’est-à-dire faire et être vrai. Il faut donc établir la différence entre ceux qui assument et ceux qui la jouent.

L’AUTHENTILASTICITÉ
L’authenticité a le dos large. Le terme est maintenant utilisé à outrance et il se consomme à toutes les sauces. Voilà où le bât blesse. Quand «authenticité» rime avec élasticité, j’appelle cela «l’authentilasticité».
Ce débordement «d’être authentique» se retrouve partout, entre autres dans le milieu du travail où les fautes de goût et les dérives vestimentaires se justifient sous prétexte d’authenticité et «d’être soi-même». L’interprétation qu’en font certains travailleurs dépasse l’entendement et plusieurs employeurs hésitent à intervenir, jouant malheureusement de leur image en laissant le «n’importe quoi vestimentaire» s’installer dans leurs entreprises.
Être et faire authentique est bien vu. Pour certains, cela correspond à jouer le rôle de la personne zen, qui contrôle son stress, qui «se choisit». Un laissez-passer direct vers l’ego spirituel. Une forme de snobisme du «Moi j’ai tout compris» à l’égard de ceux qui ne pratiquent pas encore la relaxation, le végétarisme, qui utilisent leur voiture plutôt que les transports en commun, ces pollueurs qui osent se parader avec un sac en plastique à la main, la plèbe quoi !
L’authenticité devrait aller de soi. S’il faut la mentionner, l’étaler, insister, la «tendancer, alors là on manque de sincérité. Il y a des limites à broyer du blanc.

HABILLER LA SINCÉRITÉ
Notre rapport à l’habillement est teinté encore aujourd’hui par cette obsession de faire authentique qui risque de nous piéger. En son nom, il est possible qu’on limite nos élans vestimentaires ou, à l’inverse, qu’on en abuse afin de se soustraire un peu trop des codes ambiants.
L’authenticité peut être un faux fuyant, un fourre-tout dans lequel on jette nos impuissances face à l’image, une façon de se mentir dans son rapport au vêtement et de se conforter dans ses habitudes et ses comportements vestimentaires.
Être vrai n’est pas un déguisement, un costume de théâtre ou de politicien, mais un état d’esprit qui se conjugue avec honnêteté et sincérité.

*Photo: Monsieur Mindfullness


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 9, le 27 février 2018

QC : LE QUÉTAINE ET LE COLON

BedaineTatou

Ma qualité de vie à la campagne est exceptionnelle, près du village, mais éloigné des gens, ma paix d’esprit est presque garantie. Trop parfois. Au printemps, la fébrilité des métropoles m’interpelle et me replonger dans la folie dans grands centres urbains me grise alors que les plages du sud en février répondent très bien aux demandes de mon corps, épuisé par l’hiver et son manque de lumière. J’ai remarqué dernièrement en me prélassant au Mexique que le style vestimentaire des hommes de mon âge en voyage s’était grandement amélioré. Plus de finesse, de couleurs, de motifs, de coupes au goût du jour. Un baume pour les yeux. Cela contraste avec la vieille garde, toujours présente dans le paysage visuel des voyageurs : le colon. On le retrouve partout, sur tous les continents, les pays, les villes et les villages, au bureau, dans nos familles. Il habite Westmount, Weedon, St-Hyacinthe, Cap aux Chnolles.

LE COLON
Le colon dérange par sa façon d’être, ses manières de chien non castré qui lève la patte et qui pisse sur tout. Il s’impose avec l’assurance du vainqueur, du dominant. Il parle des deux côtés de la bouche. C’est un personnage obtus qui a une attitude de sectaire et qui donne tout son sens à la culture du vide. C’est un roteux de service, rustre, qui fait fi de la présence des autres.

LE QUÉTAINE
Les idées voyagent et les goûts douteux aussi. Le quétaine survit aux propositions des gourous du style et aux recommandations des magazines de mode. L’ère du temps semble lui avoir échappé. Le quétaine vit dans un monde et une mode parallèles. Il y a une trentaine d’années, j’avais remarqué qu’il existait une forme de quétainisme régional. Le quétaine de Sherbrooke par exemple se différenciait du quétaine de Val d’Or. On reconnaissait la signature des différents villages gaulois alors qu’aujourd’hui, peut-être à cause de l’uniformisation des mêmes magasins dans toutes les villes, les quétaines forment une famille plus unie, un quétainisme national. Peut-être verra-t-on un nouveau parti politique aux prochaines élections : Le PNQ, le Parti national des Quétaines.

QC : LE QUÉTAINE ET LE COLON

Il ne faut pas confondre le colon et le quétaine même s’ils ont ceci en commun : l’absence d’antennes.
Le colon ne réalise pas que son propos est déplacé ou inintéressant et qu’on s’en torche des blasphèmes qu’il mitraille sans arrêt. Ses mots et ses sujets de discussion sont sans filtre, le king des inepties. Son timbre de voix résonne comme une classe d’élèves à la récréation.
Le quétaine lui, est en décalage non pas dans son attitude, mais dans sa présentation visuelle. Il mélange les éléments stylistiques comme le ferait un chef cuisinier avec les épices et les arômes. Il ne comprend pas le principe du moléculaire et la chimie des aliments. Croyant qu’il passera inaperçu, il revêtira une pièce datant de l’ère des dinosaures et ratera son coup. Tous les regards se retourneront vers lui.

Le quétaine n’est pas conscient de son impact. Le colon, oui.
Le quétaine confond fiançailles et funérailles dans son habillement.
Le colon confond brasserie et sacristie dans son comportement.
Dans les deux cas, on a un problème d’ajustement, de bon sens, de flair et un drapeau rouge qui s’agite n’a aucune signification pour eux.

Madame colonne, privilégie la quantité à la qualité comme cette eau de colonne achetée aux puces de Fort Lauderdale qui a séjourné de longues journées au soleil alors que Monsieur Colon, sans manière, remplira trois assiettes de tout ce qui lui tombe sous la main dans le «tout compris».
Madame quétaine abusera de l’autobrozant qui, sous l’effet du soleil, donnera l’impression d’une merguez oubliée sur la BBQ alors que son conjoint paradera dans la salle à manger en «speedo de plongeur olympique», sans chemise ni t-shirt en frottant sa bedaine à celle de Monsieur Colon, croisé au bar.

Tout cela est subjectif et basé sur mes observations et la lecture que j’en fais. Qui oserait s’afficher spécialiste de l’ADN du colon et du quétaine en cette période de rectitude et de commentaires assassins sur les réseaux sociaux? Faudrait être suicidaire. Mieux vaut prendre la voie de l’humour pour en discuter puisqu’au Québec l’humour a tous les droits et jouit de sa la liberté d’expression.

LE COLON ET LE QUÉTAINE ORDINAIRES
Je suis à mes heures un colon et un quétaine ordinaire comme ces Japonais retraités en voyage qui jouent du coude et se faufilent rudement pour les meilleures places dans les bus ou cette Française qui essaie de couper la file à l’aéroport feignant d’être lunatique et qui s’offusque quand on la ramène à l’ordre. N’est pas en reste cette Québécoise dans un «tout compris» qui se lève à 5h30 le matin pour aller déposer les 6 serviettes de plage de son groupe sur les chaises devant la piscine et qui retourne se coucher, toute fière de sa crosse.

Qui n’a pas dans sa «play list» de musique des chansons dites quétaines qu’on cache à nos amis par peur de «rechute culturelle»? Qui se dépêche à lire son horoscope le matin de peur d’être pris en flagrant délit de superficialité ou qui consulte la section nécrologie du journal du mercredi comme si c’était la première fois tout en espérant y reconnaître une connaissance? Le colon peut-être chroniqueur à TVA et la quétaine être miss météo à Radio-Canada. Les profils changent, mais les habitudes persistent. Les codes d’un groupe se frottent, violemment parfois, aux règles d’un autre, ce qui fait de nous le colon ou le quétaine de quelqu’un.

*Photos: ufunk et dirtymonkey


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 8, le 30 janvier 2018

QUAND LE VÊTEMENT APPELLE LES ÉMOTIONS

ValiseOn s’était bien juré qu’on passerait l’hiver au Québec, mais à l’instar des politiciens, on ne tiendra pas notre promesse. Les comportements atypiques du climat ont eu raison de notre bonne volonté. Bizarrement, nous n’avions pas entreposé nos vêtements d’été au sous-sol pour la saison froide. Ô subconscient quand tu nous mènes.
Aussitôt le forfait de voyage acheté, aussitôt à quatre pattes dans la penderie pour sélectionner mes tenues de plage. Et là est monté un sentiment d’allégresse, ou était-ce une émotion?
Je ne saisis pas toujours si je suis dans l’émotion ou le sentiment. J’aime bien cet extrait de Claude Boutin dans son livre J’achète (trop) et j’aime ça qui met en lumière la différence entre les deux: «L’émotion est une vague, le sentiment est le puissant courant marin qui la provoque… Le sentiment est discret, l’émotion est tapageuse».
Émotions et sentiments peuvent se chevaucher lors d’une virée magasinage, chez le coiffeur qui nous présente une nouvelle tête, en essayant de nouvelles montures de lunettes chez l’opticien, en dénichant la pièce de vêtement rêvée, en montant sur le pèse-personne, en enfilant nos vêtements mous après une journée de travail.

Le vêtement peut nous connecter à des émotions et des sentiments comme le font la musique, le chocolat, le cinéma. Il faut d’abord reconnaître ses pouvoirs et ses effets sur nos humeurs et l’ensemble de nos vies. «Le vêtement fixe une émotion, un pouvoir…» (Rien à me mettre, le vêtement, plaisir et supplice).

Notre penderie est une caisse de résonnance, un passage qui conduit au plus intime de soi. Seuls, en sous-vêtements, devant nos vêtements suspendus, pliés avec précision ou entremêlés dans un fouillis, nous devons choisir une tenue pour la journée ou pour un évènement précis. Et là s’entame un dialogue avec soi-même et une discussion silencieuse avec la bête à dompter. Cauchemar du placard ou agrément du vêtement. «Qu’est-ce que je mets? ».

Si mes chiens décodent que mon parka noir donne le signal qu’on va marcher dans la forêt et que le manteau rouge signifie « une ballade en voiture les amis», l’humain ressent à travers ses fringues, je pense, des vibrations, une forme de liaison spontanée et inconsciente. «Sur nous le vêtement se colore, à nos yeux, de nos humeurs, tristesse, fatigue ou joie.» «…on peut avoir l’illusion en changeant de tenue, de changer d’humeur, de se débarrasser d’une identité trop lourde à porter.» Déshabillez-moi, psychologie des comportements vestimentaires.

«…on ne se revêt pas de tissus et d’étoffes, mais de sentiments et d’émotions», Marie-Louise Pierson, L’Image de Soi.
Le vêtement établi le lien entre notre image réelle et notre image idéalisée, voire fantasmée et cela provoque des remous qu’on appelle émotions, sentiments, sensations, ressenti, peu importe. Nos vêtements nous murmurent des mots doux ou nous renvoient l’image d’une épave devant le miroir. Certains matins, ils nous apportent l’extase et d’autres ils sont d’un ennui mortifère. Parfois, l’audace est au rendez-vous et d’autres fois nous voilà pudiques de l’épaule ou du cou, pris d’une soudaine réserve.
«Si j’enfile telle ou telle fringue, j’imagine tout de suite quel sentiment cela va me procurer», Rien à me mettre. Et cette sensation peut-être de se sentir beau, bien, aimé, digne, à la hauteur, jovial, aguichant, sensuel, préoccupé, impassible, amorphe, prisonnier de sa carapace. Un magma de doutes, d’interrogations, de hauts et de bas. Pour certains, le vêtement est un «médicament de l’âme» alors que pour d’autres il n’est rien de plus qu’un mal nécessaire.
Chose certaine, notre tenue doit s’arrimer à notre senti, cette image sensorielle qui nous porte comme une Shéréazade élégante, un personnage à l’image guillerette ou encore comme un être flegmatique et de glace qui ne souhaite pas s’embarrasser d’émotions, faute de quoi la journée durant nous serons écartelés entre deux images.

L’IMAGE SENSORIELLE
« Si notre humeur influence nos tenues, le tissu influence nos pensées. Quels qu’ils soient, les vêtements éveillent en nous des comportements qui sommeillent. Si je porte du fluide et du flou, cela va réveiller en moi la souplesse, la légèreté. Si j’enfile un vêtement sévère, c’est ma rigidité qui s’éveille alors. Le vêtement fait vivre tour à tour des parties de nous-mêmes ». Aline Dagut, École parisienne de la Gestalt.

P.S. J’ai suivi le stage «Être et paraître» dirigé par Aline Dagut à l’École parisienne de la Gestalt, à Paris, en mai 2006 (ce stage a fait l’objet d’un article de Laurence Lemoine dans la revue « Psychologies », septembre 2006, sous le titre « J’ai appris à aimer mon image »).

Crédit photo : Archzine


Luc Breton, Le Blogue

Blogue numéro 7, le 23 janvier 2018

Marraine

COMPRENDRE LE VÊTEMENT PAR L’ÉCRITURE

À Marbleton, village dans les Cantons de l’est où j’ai grandi, la dictée à l’école primaire était une activité quotidienne inscrite au cursus du programme scolaire. J’adorais cette partie de la journée où l’enseignante dictait son texte devant un groupe d’enfants attentifs à toutes les subtilités de la langue française. Certaines religieuses le faisaient avec rigueur, empruntant un ton militaire alors que d’autres prenaient la voie du jeu, chantant le texte à écrire, actant les personnages et les situations pour la dictée.
Trois de mes tantes étaient «maîtresses d’école» et ma mère ne pouvait vivre sans son dictionnaire. Écrire sans fautes était un mode de vie dans notre maisonnée.
J’ai gardé cette habitude de toujours vérifier mes textes avant de les acheminer via les messages électroniques et les réseaux sociaux. D’abord par politesse pour ceux et celles qui les lisent et aussi par professionnalisme.

VÊTURE ET ÉCRITURE
Pour expliquer la relation que nous entretenons avec le vêtement, j’utilise différentes méthodes. Entre autres je m’amuse à faire l’analogie avec d’autres activités de notre quotidien. Par exemple, je compare les comportements vestimentaires aux comportements épistolaires. Cette comparaison est de l’exploration au grand dam des purs et durs de l’écriture et de certains intellos qui voient dans cette manœuvre un sacrilège et qui ont un mépris pour la mode, le vêtement et les apparences. Ces histoires de vêtement sont trop «people» pour eux. N’y a-t-il pas un fil conducteur dans nos vies? Pourquoi nos comportements vestimentaires seraient-ils diamétralement opposé à l’ensemble de nos autres comportements?

Dans notre culture québécoise, on a ignoré l’éducation vestimentaire et la dynamique sociale de l’apparence de sorte que tout au long de notre vie on se questionnera sur notre image et on craindra «d’avoir l’air de». Je persiste et signe : de la naissance à la mort nous porterons des vêtements et jamais personne tout au long de notre parcours ne nous guidera et surtout ne nous expliquera nos mécanismes reliés à notre image.

ANALOGIE
Il vous est déjà arrivé de relire cent fois une phrase dans un livre sans réussir à en comprendre le sens? On peut aussi se questionner sur la coordination des vêtements de quelqu’un et tenter de faire une lecture de son look.
«Les composantes du vêtement se comparent à la communication verbale:
1. le vêtement forme les mots
2. la garde-robe, le vocabulaire
3. la tenue, la phrase
4. l’agencement, la grammaire» Inconnu

«Un texte bien écrit, structuré, agréable à lire pour le correcteur, incite celui-ci à donner une meilleure note parce la compréhension du texte est plus facile et que le message est clair. Le sens est aussi important que la forme. On n’a pas à se demander ce que l’étudiant à bien voulu dire» Élaine Richer, conseillère pédagogique en français.

Même approche avec le vêtement. Une tenue cohérente en fonction de sa physionomie, des événements, des gens à rencontrer et de son rôle à jouer facilitera l’intégration de la personne.

FIGURE DE STYLE
Dans les cours de français, j’affectionnais particulièrement les leçons sur les figures de style. Comment oublier le fameux verbe «serpenter» sur utilisé par les élèves en quête de créativité (Le ruisseau qui serpente la vallée…).
En terme d’apparence vestimentaire, un style «C’est l’écriture vestimentaire. Pas forcément la joliesse ou la distinction. Plutôt une sorte d’assurance indiscutable dans la tenue.» Catherine Schvvaab, Fashion, mode d’emploi.

ORTHOGRAPHE
Autres temps autres mœurs. La nouvelle orthographe proposée ces dernières années est déroutante pour ceux et celles formés à la vieille école tout comme les composantes actuelles du style vestimentaire le sont pour ceux habitués aux règles de l’élégance. On ne parle plus de mode mais de style personnalisé, de branding personnel. «Écrire comme personne avec les mots de tout le monde » Colette. (Tiré de «Les écureuils de Central sont tristes le lundi», Katherine Pancol.

VOCABULAIRE, SYNTAXE ET COMMUNICATION
Le pourcentage est élevé au Québec concernant le nombre de gens au vocabulaire limité et à la compréhension d’un texte plutôt laborieuse. Selon Le Journal de Montréal du 3 octobre 2016, «Pas moins de 53 % des Québécois de 16 à 65 ans sont considérés comme des analphabètes fonctionnels.»
Il n’y a pas d’études semblables à ma connaissance sur le pourcentage de gens pour qui la mécanique de se vêtir avec logique est une énigme.

Certains ont de la difficulté à s’exprimer devant un groupe, par timidité ou peur du ridicule, d’autres n’ont pas le capital «style» aiguisé et portent n’importe quoi, n’importe où, et le «one size fit all» est leur devise.
«…qui fait qu’un costume a un sens comme une phrase, enfin la garde-robe, par laquelle quelqu’un se révèle lentement à son entourage, devient le discours articulé et nuancé tenu à autrui.» Marc-Alain Descamps, Psychosociologie de la mode.

S’il existe une intelligence émotive, une intelligence sociale, une intelligence sexuelle, etc., pourquoi douter qu’une intelligence vestimentaire soit possible? Idem pour le quotient vestimentaire.
Se vêtir en se basant sur son instinct et son intuition est aussi valide que d’écrire et communiquer avec la même intelligence.

«Il n’y a que sept notes dans une gamme, mais tant de mélodies possibles; il n’y a que vingt-six lettres dans l’alphabet mais tant de langages possibles.» Marie-Louise Pierson, L’Image de Soi.

*Photo de ma marraine Jeanne Monfette avec ses élèves à Sherbrooke en juin 1969


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 6, le 16 janvier 2018

MA VIE EN 67 TEMPS

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Le souffle court de la chatte qui dort et qui ronfle tout doucement en face de mon bureau est synchronisé au clic…clic….clic…. à peine perceptible mais constant et régulier de l’horloge. J’écoute le temps. Cela me détend (dé-temps). J’ai plutôt l’habitude de chercher du temps, manquer de temps, le prévoir, l’organiser, le fractionner et j’oublie d’en profiter, trop souvent.
Chaque année, à ma période anniversaire, j’écris d’instinct sur l’âge, mon âge, qui, complice du temps qui passe, suit son cours.
Combien de chanteurs, compositeurs et écrivains ont fait l’éloge du temps ou de ses frasques. Des chercheurs de tout ordre se sont intéressés à l’âge : prendre de l’âge, le vieillissement, ses impacts sur la société, l’économie (ça coute cher des vieux), la politique. D’autres se penchent sur leur sexualité, leur santé et leurs activités.

Cette année je n’ai pas le goût d’élaborer sur le jeunisme et l’âgisme. Je suis en plein dedans, je le vis, je le lis et je l’écris régulièrement. Oui, je sais, il y a de la discrimination reliée à l’embauche à cause de l’âge. Oui, les milléniaux, les X et les Y ont hâte qu’on décrisse. Oui les préjugés sont tenaces : «tasse-toi mon oncle» faisant allusion du danger au volant des «vieillissants» alors que les études démontrent le contraire. Il existe peu d’applications pour les gens de mon âge sur les téléphones intelligents et les tablettes parce que les manufacturiers croient à tort qu’on est trop tata pour les comprendre et les utiliser alors que la majorité d’entre nous se débrouillent très bien.

«Ce qui est terrible en vieillissant, c’est qu’on reste jeune.» Oscar Wilde

«PLUS ON EST ÂGÉ, PLUS ON SE SENT PLUS JEUNE QUE SON ÂGE!
Si en moyenne les gens se sentent sept ans plus jeunes que leur âge réel, plus ils sont âgés, plus cette différence augmente.
• Entre 18 et 24 ans, on se sent 2 ans plus vieux que son âge (on veut devenir quelqu’un à part entière dans la société);
• Entre 25 et 34 ans, on se sent 1 an plus jeune, mais en moyenne à 27 ans, on se sent de son âge;
• Entre 35 et 44 ans, on se sent 5 ans plus jeune;
• On se sent 8 ans plus jeune entre 45 et 54 ans;
• Plus jeune de 11 ans entre 55 et 64 ans;
• Et de 14 ans chez les 65 ans et plus!»
LE BLOGUE DE CROP, Sur notre radar cette semaine, Alain Giguère, 18 décembre 2017

UN ENFANT DE 67 ans
On se voit et on se sent peut-être plus jeune mais une partie de nous l’est encore davantage. Cette partie de l’enfance qui nous a forgés et dont on garde au plus profond de nous les empreintes. Des souvenirs heureux qui se heurtent à des situations tristes qu’on préférerait ne jamais voir remonter à la surface. Ce sont parfois nos réactions d’enfant blessé qui s’expriment et non l’adulte sensé et raisonnable qui parle.
Un enfant de 67 ans assis dans une chaise haute, en culottes courtes, le visage dégoulinant de pouding au caramel et qui s’affirme solidement pour en obtenir davantage. Cette image m’habite quand j’analyse certains de mes comportements que je tente en vain de corriger.
Notre environnement humain est une grande garderie pour adultes et malgré nos enveloppes extérieures qui simulent l’équilibre, nos comportements infantiles témoignent des traces laissées par nos premières années de vie.
Dans mes ateliers, le thème des empreintes de l’enfance surprend immanquablement les participants. Rien de mieux pour comprendre nos comportements vestimentaires actuels que de revisiter nos origines. Certaines de nos habitudes face à notre apparence trouvent leur explication dans notre histoire.

ÂGE, CORPS ET VÊTEMENT
“C’est la première génération qui met encore des jeans passé 60 ans. La seule chose qui peut parler du vieillissement de cette génération, c’est donc leurs corps…ces babyboomers pour qui le temps…à retarder les signes du vieillissement grâce au mélange des genres, des habillements et des mœurs [qui] se trouvent à présent face à la réalité d’un corps qui malgré tout, change et s’use.” Françoise Simpère, propos recueillis par Renée Greusard, 3 octobre 2017

Accepte-t-on de vieillir? La réponse classique est «oui si» je suis en possession de mes moyens et en santé. Est-ce que j’aime voir mon corps nu qui vieillit? NON! Y a-t-il une date de péremption sur la féminité et la virilité? Non plus!
Alors? Je vieillis mais…je ne baisse pas la garde pour autant. Ma vitalité accompagne le temps qui m’est imparti sur la terre. Et Le vêtement participe à cette vitalité. La question n’est pas de faire jeune mais sentir qu’on est de son époque, refuser d’être étiqueté et s’affirmer comme membre de la collectivité.

Vendredi pour mon anniversaire, mes amis d’enfance m’accompagneront au restaurant pour célébrer nos 60 ans d’amitié. Amitié, sincérité, sensibilité et vitalité, le plus précieux des cadeaux qu’un vieil enfant puisse recevoir.

«L’enfance appuie sur une touche du piano. Une note en sort dont la vibration fait la longueur de la vie, après quoi des déménageurs emportent le piano du cœur sous sa housse de sang rouge.» NOIRCLAIRE, Christian Bobin.


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 5, le 9 janvier 2018

SURVOL DE VOTRE PROFIL VESTIMENTAIRE EN 12 CLICS

clé front

Les gens n’aiment pas beaucoup se décrire. Dans mon atelier «Je vêts bien», cette étape est plutôt laborieuse. La plupart des participants se méconnaissent et les mots pour se définir leur échappent, surtout les mots positifs. Et oui, au Québec, on a encore tendance à se décrire par la négative. Aussi, on a cette difficulté à se proclamer comme étant «beaux», «excellents», «intelligents» voire «élégants» même, de peur d’être considéré prétentieux, vantard, grande gueule. Quoi qu’on en pense, nos vieilles racines judéo-chrétiennes nous collent encore à la peau et notre vocabulaire en témoigne.

Je vous propose donc un exercice simple qui vous permettra de mettre sur papier les traits qui vous caractérisent et qui vous aideront à comprendre votre relation au vêtement et à votre apparence vestimentaire, une fiche technique en quelque sorte.
Notre être est une mosaïque du passé et du présent, de nos sentiments et de nos émotions, de nos désirs et nos besoins, de nos peurs, nos joies, nos bons coups comme les plus terribles, de vérités et de faussetés.
Cet exercice se veut un premier jet, comme un texte qu’on écrit sans s’arrêter, sans se questionner pour ne pas perdre le filon suite à une idée qui a jailli et qu’on peaufinera plus tard. Autrement dit, oubliez la censure personnelle et la performance et écrivez à chaque étape le (s) mot(s) qui vous viennent en tête. Plus vous répondrez spontanément, plus vous éviterez de vous saboter.
Avec le recul, plus tard, il vous sera possible de faire des liens entre votre relation au vêtement et les autres activités de votre vie. Ne vous arrêtez pas au fait qu’à l’occasion vos réponses peuvent semblées contradictoires. Ce chassé-croisé est propice à cela.
Je vous propose à titre d’exemple, quelques histoires abrégées entendues dans mes ateliers ou que des gens m’ont racontées. Mais avant de débuter l’exercice, certaines expressions méritent des explications vulgarisées (dans le contexte vêtement, apparence et image afin d’éviter un débat sur les jeux de mots…).

LA MARQUE DE COMMERCE : Éléments auxquels on m’associe. Par exemple, mes bracelets que je porte depuis ma tendre enfance et mes styles de lunettes qui changent régulièrement.
LE CONCEPT DE SOI : comment je me définis. Personnellement je me vois comme un grincheux sympathique, curieux et ambitieux.
LA CICATRICE : empreinte causée par des situations du passé concernant mon rapport au vêtement et aux apparences et qui aujourd’hui me coince.
LE PRÉJUGÉ À CORRIGER : idée préconçue que j’entretiens et qui me mène sur de fausses pistes.
LA PHOBIE VESTIMENTAIRE : vêtement ou accessoire qui me conviendrait très bien mais que je refuse de porter à cause de l’association que j’en fais.
RÉFÉRENCE PROFESSIONNELLE : modèle qui m’inspire dans le monde des affaires. Par exemple, Peter Simmons pour moi.
L’INFLUENCE VESTIMENTAIRE : modèle du milieu des arts, de la télévision, du web, etc. qui est une référence vestimentaire. Par exemple, Pierre Lapointe m’inspire.
Le SOSIE : quelqu’un qui correspond à mon enveloppe extérieure. Par exemple, les fois où on m’a comparé à Elvis Costello ne se comptent plus.
La CITATION PRÉFÉRÉE: une phrase qui me revient souvient en tête et qui exprime bien mon état d’être.
LE DÉFI : garder ma signature vestimentaire malgré le fait que j’avance en âge et conséquemment mon corps qui se modifie.
L’ACTION À PRENDRE : quel changement (raisonnable et réalisable) dois-je effectuer pour développer une relation harmonieuse avec mon image (visuelle, corporelle, sensorielle).

L’histoire de Gloria Rodrigue

Toute sa vie Gloria luttera pour être mince et se défaire de ses habitudes alimentaires. «Des enfants dodus sont des enfants qu’on a pris soin» lui enseignaient ses parents.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 48 ans
Sa marque de commerce : s’excuse sans arrêt pour son poids
Son concept de soi : «Mon mari m’appelle son béluga d’amour»
Sa cicatrice : les minces sont «winners», les gros sont «loosers»
Préjugé à corriger : les minces ont plus de succès
Phobie vestimentaire : le fleuri
Référence professionnelle : Oprah
Influence vestimentaire (référence) : Marie-Josée Lord, art lyrique
Son sosie : Rosie O’Donnel, actrice et humoriste américaine
Son défi : ronde et sexy
Sa citation (phrase fétiche) : «Il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat», Jean-Jacques Rousseau
L’action à prendre : Risquer du fleuri (ou un imprimé) lors de son prochain achat sans s’imaginer qu’elle ressemble au Jardin botanique en fleurs

L’histoire de Dwight McGillivray
Ses parents l’ont ainsi baptisé en l’honneur d’Elton John, de son vrai nom Reginald Dwight. Né de parents anglophones, il a fréquenté les écoles francophones. Ses cheveux roux ont fait l’objet de nombreux sarcasmes à l’école.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 37 ans
Sa marque de commerce : ses cheveux roux
Son concept de soi : je suis trop différent
Sa cicatrice : l’exclusion. À l’école on le surnommait Nesbitt (boisson gazeuse à l’orange
Préjugé à corriger : aucune marque de vêtements ne s’intéresse aux roux
Phobie vestimentaire : les vêtements parfaitement coordonnés
Référence professionnelle : le prince Harry
Influence vestimentaire (référence) : Ed Sheeran
Son sosie : Rupert Grint dans Harry Potter
Son défi : la revanche des roux
Sa citation (phrase fétiche) : Orange is fashion
L’action à prendre : consulter un(e) styliste spécialisé dans la mode masculine qui lui ouvrirait l’esprit et les portes de produits lui convenant. Une seule rencontre peut suffire.

L’histoire de Johanne Beauchamp

Johanne a grandi en banlieue de Thetford Mines. Pour elle, tout était gris. La mine et ses rebuts, la couleur des maisons sans compter le peu d’éclat de son environnement humain. Quand sa tante de Montréal visitait sa famille, deux fois l’an, son accoutrement avec ses énormes chapeaux décorés d’un oiseau à leur sommet la transportaient dans un autre monde.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 55 ans
Sa marque de commerce : son élégance
Son concept de soi : «j’ai tellement l’air de rien»
Son préjugé à corriger : la vie est plus facile pour les belles personnes
Sa cicatrice : «sois comme tout le monde, sinon…»
Phobie vestimentaire : un jean et un t-shirt
Référence professionnelle : Lise Watier
Influence vestimentaire (référence sociale) : Sophie Prégent
Son sosie : Marie-Hélène Thibault, comédienne
Son défi : aller simplement au dépanneur sans se maquiller (soigner son perfectionnisme)
Sa citation (phrase fétiche) : « Le vêtement poétise le corps », Jean Cocteau.
L’action à prendre : élargir son champ d’action dans ses choix de vêtements. Un style plus détendu n’est pas synonyme de manque de classe ou d’élégance.

L’histoire de Maxime Morin
Maxime est gay, un gay ordinaire selon lui. Il ne comprend pas tous ces qualificatifs surfaits à l’égard des homosexuels : raffinés, stylés, cultivés, affables. Des potiches à ses dires.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 28 ans
Sa marque de commerce : il porte toujours les mêmes vêtements
Son concept de soi : «Je suis comme tout le monde» et rappelle à qui veut l’entendre que le mot gay est l’acronyme de «good as you»
Sa cicatrice : «pourquoi faut-il que ça paraisse?»
Préjugé à corriger : être stylé sans être gay
Phobie vestimentaire : paillettes, brillants, transparence et les imprimés Versace qui font vieilles tapettes de Miami
Référence professionnelle : Mark Zuckerberg (Facebook)
Influence vestimentaire (référence sociale) : Stéphan Bureau
Son sosie : Matt Damon, acteur américain
Son défi : détapettiser la mode
Sa citation (phrase fétiche) : «Il convient à l’homme de choisir un habit simple», Sénèque.
L’action à prendre : faire une recherche sur les looks du milieu gay depuis les années 1970 et réaliser qu’on est loin des «Village people», Liberace, et qu’aujourd’hui les hommes de sa génération portent un regard différent sur les looks à la mode.

L’histoire de Diane Guérin :
Les parents de Diane insistaient pour qu’elle soit différente du look uniforme de ses amies. Ils l’encourageaient à porter des chaussettes de couleurs différents ou des chaussures dépareillées, question de provoquer son entourage. «C’est trop comme tout le monde, affirme-toi», martelaient-ils. Son rêve, son signe de réussite, était d’avoir un job, un titre, lui permettant de porter un tailleur corporatif et un attaché-case.

SA FICHE TECHNIQUE

Âge : 45 ans
Sa marque de commerce : la rigueur vestimentaire, sans artifice
Sa cicatrice : être différent ne mène à rien et attire des problèmes
Préjugé à corriger : rigueur=crédibilité=succès
Phobie vestimentaire : un décolleté plongeant
Référence professionnelle : le costume des agents de bord
Influence vestimentaire (référence sociale) : Christiane Charette
Son sosie : Marie-Chantal Perron, comédienne
Son défi : assouplir ses tenues qui relèvent davantage de l’uniforme que du style
Sa citation (phrase fétiche) : «La simplicité est le secret de la réussite», André Rochette
L’action à prendre : casser sa rigueur vestimentaire en portant des accessoires simples, qui l’interpellent et non parce qu’ils sont «tendance»

À votre tour maintenant de résumé votre histoire et de compléter votre fiche technique

VOTRE HISTOIRE

VOTRE FICHE TECHNIQUE

Âge :
Votre marque de commerce :
Votre concept de soi :
Votre cicatrice :
Votre préjugé à corriger :
Votre phobie vestimentaire :
Votre référence professionnelle :
Votre influence vestimentaire (référence sociale)
Votre sosie :
Votre défi :
Votre citation (phrase fétiche) :
L’action à prendre :


Luc Breton, Le Blogue
Blogue numéro 4, 2 janvier 2018

Eugenie

ÉNIGME DU JOUR DE L’AN

Je vous propose pour débuter l’année cette énigme basée sur une histoire familiale. Toutes les familles ont une dynamique qui leur est propre et c’est souvent dans les rencontres de clan que le tempérament de chacun se manifeste.
Ces caractéristiques de la personnalité de chaque membre de la famille se retrouvent dans sa façon de socialiser, de se comporter au travail et évidemment dans sa signature vestimentaire.

UNE PHOTO SOUVENIR POUR EUGÉNIE ET ÉMILIEN

Eugénie, 87 ans, tient dans ses bras son arrière-petit-fils, né il y a trois semaines. Une fête est organisée pour célébrer l’événement. Un baptême symbolique sans cérémonie religieuse, un prétexte pour rassembler la famille et les amis et honorer en même temps les 92 ans d’Émilien, l’époux d’Eugénie.
Nathalie, l’aînée de la famille et l’instigatrice de la réunion, suggère que les invités portent du blanc pour l’occasion. Pierrot, son frère, considère cette idée ringarde, dépassée, et cela lui rappelle tristement les obligations dominicales de l’époque où il devait porter chemise blanche et cravate pour faire « propre » et «comme tout le monde».
Anne-Sophie, sa fille, n’y voit qu’un prétexte heureux pour s’enquérir d’une nouvelle robe. Elle sait très bien que son père, encore une fois, acquittera la dépense, trop fière du regard que les autres portent sur sa progéniture.
L’épouse de Pierrot, Francine, voit ce concept « du blanc » davantage comme une imposition qu’une suggestion. Elle supporte mal que Nathalie utilise ses droits d’aînesse pour imposer ses idées. Elle veut être libre de ses choix et maître à bord de son style.

Agathe, la cadette de la famille et bâton de vieillesse de ses parents, se plie à la consigne. Ce geste plaira à sa mère, si fière, et empêchera la discorde avec sa sœur Nathalie. Après tout, n’est-elle pas la grand-mère du faux baptisé?

Karolanne, sa fille et mère du bébé, se fiche de la couleur proposée et cherche un vêtement vaporeux pour cacher son ventre qu’elle ne réussit pas à perdre. Elle ne comprend pas pourquoi cette rondeur lui colle au corps.

Mélissa, la fille de Francine, issue d’une première relation, se fiche des conventions. Elle fréquente les friperies, est végétarienne, et ne comprend pas qu’on veuille simuler un baptême pas plus qu’un couple gay veuille se marier.
Anne-Sophie, sa demie sœur, résiste à l’envie de lui passer des commentaires acerbes sur sa tenue « Plateau ».

Eugénie, qui pose solennellement pour la postérité, laisse voir un cou emperlé alors qu’Émilien insiste pour porter ses bretelles. Chacun prend sa place. «Cheese! Souriez!» La famille est immortalisée.
***

Dans les ateliers que j’anime sur les comportements vestimentaires, je propose aux participant-es de revisiter leur dynamique familiale parce que très souvent s’y cache une explication à leur relation actuelle au vêtement.

Les buts de cet exercice peuvent se décliner ainsi :

1. Reconnaître la dynamique de groupe de votre famille.
Par exemple, est-ce que vous anticiper les comportements d’un frère ou d’une sœur? Y a-t-il des sujets délicats à éviter? Ces rencontres familiales sont-elles très importantes pour vous ou au contraire un passage obligé dans l’année?

Avez-vous l’impression de modifier votre apparence vestimentaire dans les réunions familiales pour éviter les remarques d’un frère ou la jalousie d’une belle-sœur?
À l’inverse, succombez-vous à la tentation d’en mettre plein la vue pour épater la galerie ou inconsciemment montrer aux autres que vous êtes créatifs et audacieux?

2. Reconnaître vos préjugés face aux «façons d’être» des membres de votre famille.
Par exemple, dans l’histoire présentée plus haut, Anne-Sophie semble avoir un préjugé sur le look « Plateau Mont-Royal». Avez-vous la manie d’étiqueter certains membres de votre clan qui selon vous sont «over dress», Bobo, Hipster ou «quétaine»?

3. Identifier votre positionnement dans la famille
À quel personnage vous associez vous et pourquoi?
Nathalie (l’organisatrice), Pierrot (le rebelle), Anne-Sophie (la fille à papa), Francine (la contrariée), Agathe (celle qui redoute la chicane et qui achète la paix), Karolanne (celle qui est préoccupée par son image corporelle), Mélissa (celle qui se veut à contre-courant), Eugénie et Émilien (d’une élégance classique et d’une autre époque»).

Selon le personnage auquel vous vous identifiez, quel aurait été votre style vestimentaire : couleur, tissu (coton, lin, soie, laine, cuir, synthétique), décontracté, chic, 5 à 7, artistique, romantique, sexy, etc.

Le temps des Fêtes est une période propice pour observer nos comportements vestimentaires mais toutes les rencontres et les célébrations en famille nous permettent de faire le lien histoire familiale/ rapport à l’image vestimentaire.

J’aimerais vous entendre sur le sujet. Je vous invite à laisser vos commentaires.

Que 2018 nous apporte une joyeuse complicité avec le vêtement et la fierté de notre audace.


Luc Breton, Le Blogue
Numéro 3, 26 décembre 2017

NoelImaginez un garçon de 12 ans en 1963 qui n’aime pas pratiquer les sports et qui déteste le hockey alors que son père, ses frères, sa soeur et ses oncles en raffolent. Qui plus est, cette activité est la seule offerte dans le village hormis la messe le dimanche. Sport national, symbole de virilité, de vrais gars, le hockey est une religion et y prêter serment vous assure l’appartenance à la gang et élimine tout doute sur votre orientation sexuelle. Un homme n’est pas complet sans le hockey. Ne pas s’adonner à ce sport, pis encore, ne pas s’y intéresser, vous exclut du monde des mâles et les autorisent à vous considérer comme un homme de seconde classe.

Sylvio est en froid avec son père, sans raison apparente, le courant ne passe pas. Les échanges sont polis quoique brefs. Aucune prise de bec depuis des mois, rien à signaler. Sylvio a des aptitudes pour la cuisine et semble coupé du monde des mâles. Il «fait le marché» avec sa mère et le plaisir est de la partie. Des larrons en foire. Monsieur Bertrand craint que son fils soit le confident de son épouse et qu’elle lui voue trop de délicatesse. Il se sent exclu de cette relation. «Ce garçon est trop près de sa mère» rétorquera-t-il. «On sait ce qui arrive dans ce temps là…». Il souhaiterait se rapprocher de sa femme qu’il sent distante. Pourquoi Sylvio ne l’aiderait-il pas à percer le mystère de son épouse? Peut-être connaît-il la cause de son insatisfaction et voudrait la partager avec son père.

Une fois par mois, ses économies en poche, Sylvio écume les boutiques de la ville la plus proche avec son amie Ninon et établit un plan d’action pour l’achat de ses vêtements. Bien au fait du « look tolérable et acceptable» dans son bled, il se coordonne des vêtements «bon chic bon genre» qui se rapprochent davantage du style de sa mère que ceux de son père et de ses frères. Cette tendance excède monsieur Bertrand qui voit dans les manœuvres vestimentaires de son fils une opposition au chef de la famille et un choix clair du garçon de développer davantage sa relation avec sa mère. Façon inconsciente de signifier au père qu’il refuse son offre d’être un mouchard et qu’il a choisi son camp.

Pour Noel cette année-là, les rituels de remises des cadeaux ont pris une autre tangente. Pas de cadeaux communs du père et de la mère mais plutôt des présents personnalisés de chaque parent. Pas de cartes de souhaits traditionnelles à la formule brevetée accrochées aux cadeaux «De tes parents qui sont fiers de toi» ou encore «Au meilleur des fils». Homme à la phrase courte, monsieur Bertrand griffonnera un simple «À Sylvio, de ton père» accroché au cadeau.
Vers 20 heures, toute la famille se rassemble près du sapin de Noël pour le partage des cadeaux. Fébrile, Sylvio attaque le présent que lui tend sa mère. «L’Encyclopédie de la cuisine canadienne (1963)» et «La psychologie des couleurs». Il hume le parfum dégagé par les pages d’un livre neuf, jamais utilisé et s’empresse à regarder les photos accompagnant les recettes. À son tour, son père lui offre une boîte, énorme, qui laisse à penser que s’y trouve un appareil pour cuisiner ou peut-être un téléviseur pour sa chambre où il pourrait se réfugier pendant les séries éliminatoires de hockey. Ces interminables soirées où les hommes monopolisent le salon et où les odeurs de cigarettes et de bière empestent la maison.
Tous s’interrogent sur le contenu de cette boîte, surpris par l’initiative de leur père d’offrir autre chose que des boutons de manchettes, des ceintures, des bas et des bretelles appareillés ou une boîte de cigares.

Sylvio est sceptique et doute soudainement des bonnes intentions de son père. «Trop de bonne humeur, le père» lui siffle sa petite voix intérieure. Sylvio imite un boxeur qui assaille son ennemi et se lance à l’assaut du gros cadeau et d’un coup sec déchiquette la boîte avec fracas. Son contenu se répand sur les restes des papiers d’emballage et de choux décoratifs. Des gants, des patins, des jambières, une tuque et le chandail de hockey du club Canadiens, le kit total, aussi bien coordonné que les vêtements qu’il déniche en ville avec Ninon. Pour mettre un peu de sel dans les plaies, son frère au regard narquois le somme d’essayer le chandail et la tuque en guise de remerciements pour son père.
Sylvio escamote un blasphème et se retire dans sa chambre. Par ce geste provocateur, son père délégitime ses goûts et son être tout entier, une mission pour ramener fiston à l’ordre. Un cadeau rempli de symbolique «Tu seras comme nous, les gars», un cadeau «affiliation». Sylvio n’oubliera jamais ce «black Christmas» rempli de tristesse, ce cadeau «punition».

«Son fils, ce garçon clairvoyant, perce à ce jour ce mensonge, se rend compte que le souci permanent des apparences n’a rien à voir avec le véritable amour….Il dirige donc cette haine contre lui-même, inconsciemment convaincu d’avoir mérité ce mensonge et cette froideur» Notre corps ne ment jamais, Alice Miller, Flammarion


Luc Breton, Le blogue
Blogue numéro 2.  19 décembre 2017

Le vêtement et le couple

LUC 1982

Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue

vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

REJEAN_YATCH2QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.

Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.


BLOGUE Numéro 1 
Le 12 décembre 2017

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OSER ÊTRE SOI…BONNE CHANCE, GOOD LUCK

Le 1er janvier approche à grands pas. Vite, pensez à vos résolutions pour la nouvelle année. Il faudrait, il faudrait, il faudrait…que je sois plus relaxe, plus zen, que je surveille davantage mon alimentation, fasse plus d’exercice, pense à moi un peu plus…La même liste que l’an dernier finalement.

Être bien dans sa peau est un must maintenant, voire une tyrannie. Le mieux-être, le bien-être, s’accepter, se choisir, s’estimer, s’affirmer, s’affranchir, lâcher prise et vivre le moment présent exigent une vigilance de tous les instants.
L’intention est louable et on se souhaite tous d’être libérés de nos démons pour enfin respirer par le nez et vivre le plus sereinement possible notre quotidien.

Quand j’ai commencé à m’intéresser et à me documenter sur les habitudes et les comportements vestimentaires des gens et par ricochet, de mes propres manies, cette question m’obsédait presque : «Pourquoi est-ce si difficile de s’aimer, de s’évaluer à sa juste valeur et d’être satisfait de son apparence vestimentaire?»
Le regard de l’autre s’avérait être une partie de la réponse. L’importance que j’accorde à ce que l’autre pense de moi conditionne mes comportements et l’interprétation que j’en fais, souvent erronée, peut me mener sur de mauvaises pistes.

C’était avant les réseaux sociaux.
Maintenant le regard de l’autre a un compère (ou une commère, je ne sais plus si je dois utiliser le féminin ou le masculin), l’opinion. L’opinion de tous, sur tout.

La semaine dernière par exemple sur Facebook, deux débats ont retenu mon attention. D’abord celui concernant le documentaire «Bye» dans lequel apparaît Alexandre Taillefer. Monsieur Taillefer utiliserait ce documentaire à des fins de propagandes personnelles et ferait fausse route en abordant la situation du suicide sous l’angle qu’il a choisi. Manipulation! Ranger vos mouchoirs.

Le deuxième débat vise la vente de livres au Québec. Un livre sur trois au Québec est un titre jeunesse. Mais la littérature jeunesse selon certains qui se prononçaient sur le sujet, serait de la sous-littérature alors que d’autres tiennent à faire la distinction entre littérature et divertissement. Et que dire de ce phénomène à vomir des livres de recettes qui sont au premier rang des 10 livres les plus vendus. Quant à lui, le «Guide de l’auto 2018» se classerait au cinquième rang. Quel petit peuple d’incultes et d’ignares sommes-nous. La GRANDE littérature au Québec fond comme la banquise du phoque en Alaska.

Pour nous achever, les grands titres des nouvelles à la télé nous informent que la cigarette est interdite sur la scène d’un théâtre, que matrimoine et patrimoine s’affrontent, que les Anglos sont irrités par le Hi-Bonjour et que Blanche neige n’était peut-être pas consentante à ce que les 7 nains lui fassent la bise et qu’il faudrait donc revoir cette histoire pour enfants.

L’INTOLÉRANCE
L’opinion accouche à son tour d’un autre monstre, L’INTOLÉRANCE. Le débat entourant le documentaire «Bye» et celui sur la littérature jeunesse résonne comme de la douceur si on compare à l’intolérance qui se manifeste maintenant.
Curieux hasard, comme je me prépare à publier mon premier blogue, une amie m’achemine cet article de La Presse de ce matin dont voici un extrait : «Elle (la peur) était le principal vecteur d’intérêt au Québec. Si le phénomène n’est pas nouveau, il a connu une croissance qui frôle les 300 % entre 2001 et 2016. La peur est universelle. Elle n’a pas de couleur, de genre ou de religion. Il n’est pas nécessaire de l’expliquer. Il suffit de vous la faire sentir. Les réseaux sociaux ont joué un rôle d’amplificateur important dans ce phénomène.»
EN 2017, DE LA PEUR À L’INTOLÉRANCE, Jean-François Dumas, président d’Influence communication.

Allons-y, on se prononce, on accuse, on juge, on commente, on ne fait pas dans la dentelle. Cœurs sensibles, s’abstenir. Et c’est là que le bât blesse. Toute cette volonté et cette détermination qu’on souhaite à chacun pour développer l’affirmation de soi risque d’être annihilée par ce derby de démolition sociale.

Oser être soi…bonne chance, good luck. Ce mouvement «d’opinions» se situe à l’opposé d’un autre phénomène social, celui du mieux-être. Mieux-être dans son image visuelle, corporelle et sensorielle. Il faut drôlement être blindé aujourd’hui pour «se choisir» et sortir le moindrement des rangs. Les voix discordantes se font entendre. «Just talking», qu’ils disent. Non, «bullshiting» serait plus approprié.

Alors, pour éviter les faux pas vestimentaires, on minimise les risques et l’audace en prend pour son rhume. Pourtant, notre instinct et notre intuition devraient primer sur le regard de l’autre. C’est ce que je dois me répéter quand j’écris sinon je courberai l’échine. Souvent, très souvent, je doute, je me questionne et me demande si je suis à la hauteur. Les commentaires parfois sur les réseaux sont si blessants, si bas, qu’ils m’ébranlent. À l’adolescence, j’entendais des remarques semblables sur mon style vestimentaire et pourtant j’ai rarement fait de concessions sur mon apparence.

Alors j’écris, je risque, je prends position et je résiste à l’envie de fermer boutique tout comme je le fais avec ma signature vestimentaire. Je ne plie pas sous les dogmes du «trop vieux pour porter ceci», trop ceci, trop cela, ou encore les «cela ne se fait pas».
Donc j’écris pour le plaisir de partager avec vous mes rencontres, mes histoires même si je ne suis peut-être qu’un écriveux qui fait dans la psycho-pop à 5 cennes et qui a une écriture pompier. Vous me lisez parce que vous vous reconnaissez dans mon propos même si vos propres doutes vous amènent peut-être à vous demander si vous êtes capables de vous élever à un niveau supérieur, de conscience plus élevée face à vos habitudes et vos comportements vestimentaires. Comment pourrait-il en être autrement dans ce climat de mésestime?

FAUX-FUYANT
Il est tentant de céder sous le poids de la pression sociale pour stopper notre évolution et de nous affirmer. L’opinion et le regard de l’autre peuvent servir de prétexte, de faux-fuyant pour «s’écraser» et tomber dans une forme d’obsolescence de notre pensée, de notre style de vie et de notre apparence vestimentaire.

J’abonde dans le sens de Geneviève St-Germain (Facebook, 10 décembre 2017)
«Bien sûr qu’il n’y a pas qu’une seule vérité. Mais il y a la complaisance dans l’ignorance aussi. Et le bonheur dans l’indifférence et l’absence d’aspiration…» «Oui, on peut vivre heureux et volontairement ignorants.»

Cela dit, qu’est-ce qu’on attend pour être beaux?

Photo tirée du film Psychose

OSER ÊTRE SOI…BONNE CHANCE, GOOD LUCK

Le 1er janvier approche à grands pas. Vite, pensez à vos résolutions pour la nouvelle année. Il faudrait, il faudrait, il faudrait…que je sois plus relaxe, plus zen, que je surveille davantage mon alimentation, fasse plus d’exercice, pense à moi un peu plus…La même liste que l’an dernier finalement.

Être bien dans sa peau est un must maintenant, voire une tyrannie. Le mieux-être, le bien-être, s’accepter, se choisir, s’estimer, s’affirmer, s’affranchir, lâcher prise et vivre le moment présent exigent une vigilance de tous les instants.
L’intention est louable et on se souhaite tous d’être libérés de nos démons pour enfin respirer par le nez et vivre le plus sereinement possible notre quotidien.

Quand j’ai commencé à m’intéresser et à me documenter sur les habitudes et les comportements vestimentaires des gens et par ricochet, de mes propres manies, cette question m’obsédait presque : «Pourquoi est-ce si difficile de s’aimer, de s’évaluer à sa juste valeur et d’être satisfait de son apparence vestimentaire?»
Le regard de l’autre s’avérait être une partie de la réponse. L’importance que j’accorde à ce que l’autre pense de moi conditionne mes comportements et l’interprétation que j’en fais, souvent erronée, peut me mener sur de mauvaises pistes.

C’était avant les réseaux sociaux.
Maintenant le regard de l’autre a un compère (ou une commère, je ne sais plus si je dois utiliser le féminin ou le masculin), l’opinion. L’opinion de tous, sur tout.

La semaine dernière par exemple sur Facebook, deux débats ont retenu mon attention. D’abord celui concernant le documentaire «Bye» dans lequel apparaît Alexandre Taillefer. Monsieur Taillefer utiliserait ce documentaire à des fins de propagandes personnelles et ferait fausse route en abordant la situation du suicide sous l’angle qu’il a choisi. Manipulation! Ranger vos mouchoirs.

Le deuxième débat vise la vente de livres au Québec. Un livre sur trois au Québec est un titre jeunesse. Mais la littérature jeunesse selon certains qui se prononçaient sur le sujet, serait de la sous-littérature alors que d’autres tiennent à faire la distinction entre littérature et divertissement. Et que dire de ce phénomène à vomir des livres de recettes qui sont au premier rang des 10 livres les plus vendus. Quant à lui, le «Guide de l’auto 2018» se classerait au cinquième rang. Quel petit peuple d’incultes et d’ignares sommes-nous. La GRANDE littérature au Québec fond comme la banquise du phoque en Alaska.

Pour nous achever, les grands titres des nouvelles à la télé nous informent que la cigarette est interdite sur la scène d’un théâtre, que matrimoine et patrimoine s’affrontent, que les Anglos sont irrités par le Hi-Bonjour et que Blanche neige n’était peut-être pas consentante à ce que les 7 nains lui fassent la bise et qu’il faudrait donc revoir cette histoire pour enfants.

L’INTOLÉRANCE
L’opinion accouche à son tour d’un autre monstre, L’INTOLÉRANCE. Le débat entourant le documentaire «Bye» et celui sur la littérature jeunesse résonne comme de la douceur si on compare à l’intolérance qui se manifeste maintenant.
Curieux hasard, comme je me prépare à publier mon premier blogue, une amie m’achemine cet article de La Presse de ce matin dont voici un extrait : «Elle (la peur) était le principal vecteur d’intérêt au Québec. Si le phénomène n’est pas nouveau, il a connu une croissance qui frôle les 300 % entre 2001 et 2016. La peur est universelle. Elle n’a pas de couleur, de genre ou de religion. Il n’est pas nécessaire de l’expliquer. Il suffit de vous la faire sentir. Les réseaux sociaux ont joué un rôle d’amplificateur important dans ce phénomène.»
EN 2017, DE LA PEUR À L’INTOLÉRANCE, Jean-François Dumas, président d’Influence communication.

Allons-y, on se prononce, on accuse, on juge, on commente, on ne fait pas dans la dentelle. Cœurs sensibles, s’abstenir. Et c’est là que le bât blesse. Toute cette volonté et cette détermination qu’on souhaite à chacun pour développer l’affirmation de soi risque d’être annihilée par ce derby de démolition sociale.

Oser être soi…bonne chance, good luck. Ce mouvement «d’opinions» se situe à l’opposé d’un autre phénomène social, celui du mieux-être. Mieux-être dans son image visuelle, corporelle et sensorielle. Il faut drôlement être blindé aujourd’hui pour «se choisir» et sortir le moindrement des rangs. Les voix discordantes se font entendre. «Just talking», qu’ils disent. Non, «bullshiting» serait plus approprié.

Alors, pour éviter les faux pas vestimentaires, on minimise les risques et l’audace en prend pour son rhume. Pourtant, notre instinct et notre intuition devraient primer sur le regard de l’autre. C’est ce que je dois me répéter quand j’écris sinon je courberai l’échine. Souvent, très souvent, je doute, je me questionne et me demande si je suis à la hauteur. Les commentaires parfois sur les réseaux sont si blessants, si bas, qu’ils m’ébranlent. À l’adolescence, j’entendais des remarques semblables sur mon style vestimentaire et pourtant j’ai rarement fait de concessions sur mon apparence.

Alors j’écris, je risque, je prends position et je résiste à l’envie de fermer boutique tout comme je le fais avec ma signature vestimentaire. Je ne plie pas sous les dogmes du «trop vieux pour porter ceci», trop ceci, trop cela, ou encore les «cela ne se fait pas».
Donc j’écris pour le plaisir de partager avec vous mes rencontres, mes histoires même si je ne suis peut-être qu’un écriveux qui fait dans la psycho-pop à 5 cennes et qui a une écriture pompier. Vous me lisez parce que vous vous reconnaissez dans mon propos même si vos propres doutes vous amènent peut-être à vous demander si vous êtes capables de vous élever à un niveau supérieur, de conscience plus élevée face à vos habitudes et vos comportements vestimentaires. Comment pourrait-il en être autrement dans ce climat de mésestime?

FAUX-FUYANT
Il est tentant de céder sous le poids de la pression sociale pour stopper notre évolution et de nous affirmer. L’opinion et le regard de l’autre peuvent servir de prétexte, de faux-fuyant pour «s’écraser» et tomber dans une forme d’obsolescence de notre pensée, de notre style de vie et de notre apparence vestimentaire.

J’abonde dans le sens de Geneviève St-Germain (Facebook, 10 décembre 2017)
«Bien sûr qu’il n’y a pas qu’une seule vérité. Mais il y a la complaisance dans l’ignorance aussi. Et le bonheur dans l’indifférence et l’absence d’aspiration…» «Oui, on peut vivre heureux et volontairement ignorants.»

Cela dit, qu’est-ce qu’on attend pour être beaux?

Photo tirée du film Psychose


Article La Presse+ Luc vêt Bien

CHANTAL LAMARRE COLLABORATION SPÉCIALE

Entete LaPresse LucVetBien« Pour tant de gens, des femmes surtout, les portes du garde-robe sont les portes de l’enfer ! »

Le ton est convaincant et le propos de Luc Breton, « analyste en comportements vestimentaires », est très pertinent.

L’homme devant moi porte des montures de lunettes à son image : étudiées et extravagantes à la fois, un t-shirt blanc impeccable et distinctif avec ses deux poches à la poitrine et, au poignet droit, des bracelets fins et ouvragés. Il me montre une photo de lui où il insiste pour que je remarque ce détail : « Regarde, je suis un petit gars de 8 ans qui vit dans un village à quatre heures de route de Montréal, un village où il n’y avait qu’un magasin général et tu vois, je porte un bracelet. D’où venait-il ? Comment se fait-il que j’avais la permission de le porter ? »

 

La photo, qui date des années 50, où j’ai principalement observé un petit garçon avec une chemise propre et un nœud papillon, est l’une des clés de sa méthode d’analyse offerte en conférences et en ateliers, et très justement titrée Je vêts bien. La photo constitue l’un des outils de connaissance de soi, des « empreintes de vie ». Luc Breton est formateur, animateur, conférencier, et ses recherches et son parcours légitimassent amplement son titre. Je devais rencontrer la bibitte.

« Je vous préviens, m’écrit-il, il faudra m’arrêter, je suis verbomoteur. » Pour ça, oui, il a de la jasette, mais aussi un solide bagage et des références infinies sur la signification profonde de nos choix vestimentaires. Sa vie entière le mena où il se trouve, en passant par de nombreux chemins de travers. « J’ai passé 35 ans dans le milieu de la mode, pas du côté noble du design, mais du côté payant, la promotion et la commercialisation. »

Puis, le pédagogue né enseigna dans les collèges et les écoles de mode jusqu’à une réévaluation de carrière qui le mena à suivre, au tournant des années 2000, une formation pour devenir intervenant en croissance personnelle.

Il précise aussitôt : « Chu pas un coach ni un thérapeute, j’ai vu tout de suite que je pouvais utiliser mon expérience pour créer un outil sous forme d’ateliers ou de conférences qui porteraient sur le rapport que nous entretenons avec le vêtement. Pas avec la mode, la mode, c’est du show, mais avec le vêtement, ça n’existait pas au Québec. »

Il s’est dit : « C’est ça que je veux faire. » Le sujet n’est pas documenté chez nous et Luc ira à Paris, plus précisément à l’école parisienne de La Gestalt, pour participer au stage Être et paraître. Puis, un peu plus tard : « Écoute bien, je ca-po-tais, j’ai rencontré la psychanalyste Marie-Louise Pierson, auteure du livre L’image de soi. » Luc m’instruit : « Savais-tu que Mme Pierson fut la dernière mannequin engagée pour défiler par Mme Chanel, de son vivant ? J’te l’dis ! » Après un stage avec madame, il fut autorisé à la représenter au Québec avec la méthode Lecture d’image.

Luc est une dynamo – « Je ne prends pas de café avant une conférence » –, un sage – « Je vends de la réflexion, de l’introspection, je ne donne pas de trucs, je tends des perches ». Et surtout, Luc est un stand-up comic qui s’ignore. Il faut l’entendre lorsqu’il se déclare exaspéré par les sempiternelles récriminations et faux-fuyants invoqués pour justifier que s’habiller soit si difficile. « J’entends tout le temps : ‘‘J’ai pas les moyens’’, ‘‘Y’a pas de service à la clientèle’’, ‘‘J’ai pas le corps qu’il faut’’. » Il répond, sans gants blancs, avec une palpable intolérance à la complaisance : « Y’a 2 % de corps parfaits, je comprends l’insatisfaction, passe à autre chose ! » Luc est à boutte d’entendre que les femmes voudraient projeter un style « décontracté », « naturel », « classique », « crédible ».

« Ça veut rien dire ! dit-il. Décontracté, c’est une attitude, pas un look. » Son approche est pourtant humaine : « Pour se réconcilier avec le vêtement, on doit pratiquer. » Il ajoute cette affirmation si vraie : « On n’a pas appris à se valoriser. »

Je jette un coup d’œil à sa photo professionnelle, où il se présente avec un complet bleu et une barbichette de psychanalyste, et à l’homme devant moi, barbe courte et sans veston. J’y vois toute sa passion à se transformer, s’habiller et aider les autres à se réconcilier avec leur image et, comme il le dit si bien, « à se donner du lousse ».

*Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.

AUTHENTILASTICITÉ

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L’authenticité coule dans nos veines de Québécois et fait partie de nos cordes sensibles. Ne sommes-nous pas des vrais, des purs, des gens fiers de leur patrie?

Qui ne souhaite pas être reconnu comme étant authentique? Personne. Aussi bien demandé : qui ne veut pas être aimé? Ou encore : qui veut sonner faux? Être authentique c’est être vrai, naturel, sincère, soi-même. Amen!
L’authenticité est tentaculaire et s’accorde à la plupart de nos actions : être authentique dans l’art de la séduction, en amour, en société, en amitié et au travail.
Mais voilà que l’authenticité, en plus d’être une valeur québécoise bien installée, s’inscrit maintenant dans les tendances sociales de l’heure. À preuve, ces quelques exemples que j’ai dénichés sur le web :

• Mieux être : Développer son authenticité, Emilie Paquin.
• L’effet a : Êtes-vous vraiment authentique au travail?
2 décembre 2015, Caroline R. Paquette
• La Presse.ca : Accessoires en 2018: cocooning et authenticité
Côté déco en 2018, on poursuit sur la lancée du cocooning, mais on recherche aussi de l’authenticité, notamment avec tout ce qui est local et fait main, Sophie Ouimet, le 03 janvier 2018
• Le Journal de Montréal, 10 vedettes qui nous prouvent que l’authenticité est tendance en 2018, Le sac de chips Billie Jean :Jasmine Legendre, 22 janvier 2018

TENDANCE

L’authenticité se consomme donc maintenant au même titre que tout autre produit « à la mode et répond à certains principes plus ou moins tacites. Par exemple :

1. TOUTE CHOSE ATTIRE SON CONTRAIRE
L’authenticité correspondrait donc au retour du balancier après tant d’années où la performance était à l’honneur et la beauté et la minceur une religion. Être authentique signifie le droit à être ordinaire, quelconque, imparfait. Baisser les bras sans pour autant être «looser», être reconnu pour autre chose que ses réalisations professionnelles et être apprécié pour ses atouts autres que physiques. Arrêter de déployer autant d’efforts pour être ze best et cesser de compétitionner sur tout et contre tout, dont soi-même.
L’authenticité correspond en quelque sorte aux nouvelles valeurs sociales. À une certaine époque, ces valeurs étaient davantage axées sur le statut social, la profession, les revenus, les possessions. Aujourd’hui, au contraire, on valorise l’intériorité, les états d’âme, la conscience sociale et la solidarité. Il n’est donc pas surprenant que parmi les mots les plus utilisés par mes participant(e)s en atelier pour se définir, on retrouve ceux correspondant aux codes d’aujourd’hui: décontracté, authenticité, naturel et crédibilité.

2. TOUTE MODE MEURT DANS L’EXCÈS .
Comment oublier la période hippie avec ses accoutrements ou encore les années 1980 où les épaulettes surdimensionnées frôlaient le ridicule. Chaque époque laisse sa trace, pas toujours pour les bonnes raisons. Et l’authenticité en fait de même.
La mascarade de la famille Trudeau en visite en Inde est un exemple fort éloquent de ce dérapage et de cet abus d’un phénomène social étiré jusqu’au grotesque. L’élastique a atteint sa charge maximale.
Sophie Grégoire et sa marmaille donnent l’impression de jouer le rôle de la Vierge Marie qui apparaît à trois enfants à Fatima au Portugal ou encore à Bernadette Soubirous à Lourdes alors que son époux sonne faux et en joue de sa crédibilité à «beurrer» trop épais. Justin sans le savoir a enfoncé le clou de l’authenticité.
Ces mascarades pour bien paraître dénaturent ce terme en lui enlevant sa valeur initiale c’est-à-dire faire et être vrai. Il faut donc établir la différence entre ceux qui assument et ceux qui la jouent.

L’AUTHENTILASTICITÉ
L’authenticité a le dos large. Le terme est maintenant utilisé à outrance et il se consomme à toutes les sauces. Voilà où le bât blesse. Quand «authenticité» rime avec élasticité, j’appelle cela «l’authentilasticité».
Ce débordement «d’être authentique» se retrouve partout, entre autres dans le milieu du travail où les fautes de goût et les dérives vestimentaires se justifient sous prétexte d’authenticité et «d’être soi-même». L’interprétation qu’en font certains travailleurs dépasse l’entendement et plusieurs employeurs hésitent à intervenir, jouant malheureusement de leur image en laissant le «n’importe quoi vestimentaire» s’installer dans leurs entreprises.
Être et faire authentique est bien vu. Pour certains, cela correspond à jouer le rôle de la personne zen, qui contrôle son stress, qui «se choisit». Un laissez-passer direct vers l’ego spirituel. Une forme de snobisme du «Moi j’ai tout compris» à l’égard de ceux qui ne pratiquent pas encore la relaxation, le végétarisme, qui utilisent leur voiture plutôt que les transports en commun, ces pollueurs qui osent se parader avec un sac en plastique à la main, la plèbe quoi !
L’authenticité devrait aller de soi. S’il faut la mentionner, l’étaler, insister, la «tendancer, alors là on manque de sincérité. Il y a des limites à broyer du blanc.

HABILLER LA SINCÉRITÉ
Notre rapport à l’habillement est teinté encore aujourd’hui par cette obsession de faire authentique qui risque de nous piéger. En son nom, il est possible qu’on limite nos élans vestimentaires ou, à l’inverse, qu’on en abuse afin de se soustraire un peu trop des codes ambiants.
L’authenticité peut être un faux fuyant, un fourre-tout dans lequel on jette nos impuissances face à l’image, une façon de se mentir dans son rapport au vêtement et de se conforter dans ses habitudes et ses comportements vestimentaires.
Être vrai n’est pas un déguisement, un costume de théâtre ou de politicien, mais un état d’esprit qui se conjugue avec honnêteté et sincérité.

*Credit photo: La Presse

Le Blogue

 


1963, LE NOËL DE SYLVIO

Noel

Imaginez un garçon de 12 ans en 1963 qui n’aime pas pratiquer les sports et qui déteste le hockey alors que son père, ses frères, sa soeur et ses oncles en raffolent. Qui plus est, cette activité est la seule offerte dans le village hormis la messe le dimanche. Sport national, symbole de virilité, de vrais gars, le hockey est une religion et y prêter serment vous assure l’appartenance à la gang et élimine tout doute sur votre orientation sexuelle. Un homme n’est pas complet sans le hockey. Ne pas s’adonner à ce sport, pis encore, ne pas s’y intéresser, vous exclut du monde des mâles et les autorisent à vous considérer comme un homme de seconde classe.

Sylvio est en froid avec son père, sans raison apparente, le courant ne passe pas. Les échanges sont polis quoique brefs. Aucune prise de bec depuis des mois, rien à signaler. Sylvio a des aptitudes pour la cuisine et semble coupé du monde des mâles. Il «fait le marché» avec sa mère et le plaisir est de la partie. Des larrons en foire. Monsieur Bertrand craint que son fils soit le confident de son épouse et qu’elle lui voue trop de délicatesse. Il se sent exclu de cette relation. «Ce garçon est trop près de sa mère» rétorquera-t-il. «On sait ce qui arrive dans ce temps là…». Il souhaiterait se rapprocher de sa femme qu’il sent distante. Pourquoi Sylvio ne l’aiderait-il pas à percer le mystère de son épouse? Peut-être connaît-il la cause de son insatisfaction et voudrait la partager avec son père.

Une fois par mois, ses économies en poche, Sylvio écume les boutiques de la ville la plus proche avec son amie Ninon et établit un plan d’action pour l’achat de ses vêtements. Bien au fait du « look tolérable et acceptable» dans son bled, il se coordonne des vêtements «bon chic bon genre» qui se rapprochent davantage du style de sa mère que ceux de son père et de ses frères. Cette tendance excède monsieur Bertrand qui voit dans les manœuvres vestimentaires de son fils une opposition au chef de la famille et un choix clair du garçon de développer davantage sa relation avec sa mère. Façon inconsciente de signifier au père qu’il refuse son offre d’être un mouchard et qu’il a choisi son camp.

Pour Noel cette année-là, les rituels de remises des cadeaux ont pris une autre tangente. Pas de cadeaux communs du père et de la mère mais plutôt des présents personnalisés de chaque parent. Pas de cartes de souhaits traditionnelles à la formule brevetée accrochées aux cadeaux «De tes parents qui sont fiers de toi» ou encore «Au meilleur des fils». Homme à la phrase courte, monsieur Bertrand griffonnera un simple «À Sylvio, de ton père» accroché au cadeau.
Vers 20 heures, toute la famille se rassemble près du sapin de Noël pour le partage des cadeaux. Fébrile, Sylvio attaque le présent que lui tend sa mère. «L’Encyclopédie de la cuisine canadienne (1963)» et «La psychologie des couleurs». Il hume le parfum dégagé par les pages d’un livre neuf, jamais utilisé et s’empresse à regarder les photos accompagnant les recettes. À son tour, son père lui offre une boîte, énorme, qui laisse à penser que s’y trouve un appareil pour cuisiner ou peut-être un téléviseur pour sa chambre où il pourrait se réfugier pendant les séries éliminatoires de hockey. Ces interminables soirées où les hommes monopolisent le salon et où les odeurs de cigarettes et de bière empestent la maison.
Tous s’interrogent sur le contenu de cette boîte, surpris par l’initiative de leur père d’offrir autre chose que des boutons de manchettes, des ceintures, des bas et des bretelles appareillés ou une boîte de cigares.

Sylvio est sceptique et doute soudainement des bonnes intentions de son père. «Trop de bonne humeur, le père» lui siffle sa petite voix intérieure. Sylvio imite un boxeur qui assaille son ennemi et se lance à l’assaut du gros cadeau et d’un coup sec déchiquette la boîte avec fracas. Son contenu se répand sur les restes des papiers d’emballage et de choux décoratifs. Des gants, des patins, des jambières, une tuque et le chandail de hockey du club Canadiens, le kit total, aussi bien coordonné que les vêtements qu’il déniche en ville avec Ninon. Pour mettre un peu de sel dans les plaies, son frère au regard narquois le somme d’essayer le chandail et la tuque en guise de remerciements pour son père.
Sylvio escamote un blasphème et se retire dans sa chambre. Par ce geste provocateur, son père délégitime ses goûts et son être tout entier, une mission pour ramener fiston à l’ordre. Un cadeau rempli de symbolique «Tu seras comme nous, les gars», un cadeau «affiliation». Sylvio n’oubliera jamais ce «black Christmas» rempli de tristesse, ce cadeau «punition».

«Son fils, ce garçon clairvoyant, perce à ce jour ce mensonge, se rend compte que le souci permanent des apparences n’a rien à voir avec le véritable amour….Il dirige donc cette haine contre lui-même, inconsciemment convaincu d’avoir mérité ce mensonge et cette froideur» Notre corps ne ment jamais, Alice Miller, Flammarion

Luc Breton, Le Blogue
Numéro 3, 26 décembre 2017

LE VÊTEMENT ET LE COUPLE

LUC 1982
Qui ne se souvient pas de cette époque pas si lointaine des couples qui s’habillaient à l’identique et qui fièrement, se promenant main dans la main, débordaient d’assurance en nous étalant toute leur quincaillerie? À l’opposé, on a traversé une autre période tout aussi déconcertante, celle des couples dépareillés. Elle, tirée à quatre épingles, et lui, directement sorti de son garage sans passer par la salle de bain, les mains enfoncées dans ses poches, le dos courbé à la manière de l’ado nonchalant. Le couple improbable.

 

REJEAN_YATCH2Je traite régulièrement de la relation qu’entretient un individu avec le vêtement, mais rarement je me suis penché sur la place du vêtement dans le couple. Place de grande importance lors de la première rencontre, décisive même, parce qu’avant même que vous ayez prononcé le moindre mot, votre tenue vestimentaire avait investi cupidon de son pouvoir magique.

L’idée du sujet m’est venue parce que je célébrerai le 22 décembre prochain (ce jeudi) mes 30 ans de vie commune avec mon mari. Le vêtement a été témoin de ces trois décennies de notre vie de couple. Nos différents looks, tout comme nos habitudes alimentaires, les mouvements musicaux, les tendances sociales, les fluctuations des marchés boursiers et l’évolution des réseaux sociaux ont modelé cette période de notre vie.

QUAND LE PRINCE CHARMANT DÉBARQUE

Arrive dans notre vie une personne qui nous enchante par sa personnalité et ses qualités compatibles aux nôtres. Mais «l’autre» se présente aussi avec ses habitudes vestimentaires, son esthétique, ses manies, sa façon de gérer sa section dans le placard, ses innombrables t-shirts roulés selon un code que lui seul décrypte et son obsession pour ses chaussettes classées par couleur.

«L’autre», lui,  doit supporter nos insécurités matinales face à la penderie, nos lamentations, nos idées fixes sur notre corps et nos interminables questionnements lors de nos virées shopping.

Comment sauvegarde-t-on son identité vestimentaire dans une relation amoureuse sans renoncer à ses goûts et son style? Jusqu’à quel point doit-on faire des concessions pour satisfaire l’autre? Avons-nous une emprise, peu subtile et persistante sur l’image visuelle de chéri qu’on souhaiterait inconsciemment aussi actuelle que la nôtre?  Une dynamique particulière s’est-elle installée insidieusement dans votre couple? Des règles se sont-elles  établies à la satisfaction des deux parties? Comment ne pas faire ombrage à l’autre ou s’effacer devant son style?

Chez nous par exemple, le look «salière-poivrière» du ti-couple vêtu presque pareil nous déprime littéralement. On doit donc se consulter. «Si tu portes ta casquette noire, je mettrai mon chapeau rouge»; «Si tu tailles ta barbe en pointe, la mienne sera carrée sous le menton»; ton parfum ou le mien, on se garde une petite gêne olfactive. Les looks parfaits, à la «Creton» de l’émission «La petite vie», déjà formatés, ne nous conviennent pas.

Ma singularité est ma signature vestimentaire, mais existe-t-il une signature de couple, une communion des styles? Cette osmose est possible dans le respect de la personnalité de l’autre parce qu’à travers les années, non seulement les styles se sont modifiés, mais il a bien fallu les adaptés aux changements de nos corps, inéluctablement. Nos chevelures noires de jais et abondantes ont cédé sous le poids des années pour faire place à des têtes dénudées grises et blanches. Nos tailles de guêpe si fièrement offertes au soleil de Key West ne sont plus que souvenir et on a dû faire le deuil de ces boutiques n’offrant que des pantalons à la taille basse et aux chemises cintrées. Qu’à cela ne tienne, la coquetterie ne s’éteint pas avec les années et l’allure de jeune premier est un état d’esprit.

LE REGARD DE L’AUTRE

Le regard du conjoint aussi s’est adapté aux remous causés par les années. Alors que le regard des autres, celui de la société, de nos collègues de travail, peut être interprété comme du jugement, de la désapprobation, au point de modifier voire même sacrifier notre élan stylistique,  LE regard de l’autre, le bon regard, nous console, nous réconforte dans nos choix et nous stimule. Cet oeil du conjoint sait nuancer nos commentaires assassins et nos critiques démesurées sur notre allure. C’est que l’autre ne me voit pas comme je me vois et la valeur qu’il m’accorde va au-delà de mon image visuelle. Il sait mieux que moi décoder mes humeurs et mes variations de styles. L’amoureux a vite compris que mon langage vestimentaire s’inscrivait dans une suite logique de mes comportements dans la vie et que mon passé et mon présent pictural ne sont qu’une question d’interprétation de ma personnalité, sans simulacre.